Parution : 4 mai 2007
Le célibat des prêtres en question
Le dernier grand tabou de l’Eglise

Sans bruit, une crise importante secoue l’à‰glise catholique romaine : la diminution inquiétante du nombre de prêtres célibataires. Une hémorragie si catastrophique que nombre de paroisses se trouvent dans l’obligation de fermer. Au cours de ces trente-cinq dernières années, on dénombre en effet près de cent mille prêtres qui ont quitté l’à‰glise pour se marier. Soit, environ un prêtre sur cinq. Cela représente un nombre considérable de pasteurs disponibles, à condition toutefois que l’à‰glise opère en la matière un changement radical. D’autant que rien dans la Tradition authentique ne fonde une telle exigence. Le concile Vatican Il le rappelle d’ailleurs dans le texte Presbyterium Ordines 16 : « Le célibat n’est pas essentiel au sacerdoce. » La crispation de la hiérarchie catholique sur cette question ne fait que retarder l’évolution inéluctable du sacerdoce, quand elle ne génère pas un fonctionnement hypocrite de l’institution : l’évêque n’intervient pas tant que la relation de son prêtre avec une femme reste clandestine. Il en va tout autrement lorsque ce dernier officialise sa situation..

Officiellement 57 000 prêtres ont quitté l’Eglise, en réalité entre 90 000 et 100 000. Une hémorragie considérable au regard des 500 000 prêtres que compte aujourd’hui l’Eglise catholique. Dans ce contexte grave, la question des prêtres célibataires entretenant une relation amoureuse, est un des derniers grands tabous de l’à‰glise. D’autant que la clandestinité des liens soumet les personnes concernées - les femmes surtout - à une pression intenable.

« Un père-prêtre est un prêtre catholique, ordonné selon les règles, qui, après son ordination, a engendré un enfant. La paternité biologique le fait père-prêtre et il n’y a pas de différence s’il est père d’un seul enfant auprès d’une seule femme, de plusieurs enfants chez la même femme ou chez plusieurs femmes. Les pères-prêtres sont dans l’Eglise un fait incontestable, une réalité vraiment douloureuse et un phénomène constamment troublant qui est résolu, selon les circonstances, de différentes façons ou n’est pas résolu du tout. De toute manière, les pères prêtres doivent abandonner leur fonction. » Ce sont quelques lignes d’un document important à partir duquel l’évêque Oscar V. Cruz, du diocèse de Lingayen-Dagupan aux Philippines, provoquait, l’année dernière, une discussion nationale dans son pays. Quelques prêtres disaient (anonymement) ne se soucier nullement du document, d’autres se demandaient pourquoi le document ne parlait pas des pères-monseigneurs...

De son côté, le président de la Fédération philippine des prêtres mariés, Justino Cabazares, avertissait que la mesure préconisée par l’évêque - « Les pères-prêtres doivent abandonner leur fonction » - « pourrait bien causer un déficit important de prêtres, étant donné qu’au moins deux tiers des 6 800 prêtres philippins sont d’une façon ou d’une autre concernés par une relation sexuelle ». Dans son document Mgr Cruz donne plusieurs raisons pour lesquelles il serait souhaitable, à son avis, que les pères-prêtres s’en aillent : s’ils exercent leur ministère, ils ne pourront plus prêcher d’une façon crédible ; leurs collègues célibataires pourraient s’inspirer d’idées similaires ; pour les séminaristes, ils représentent de mauvais exemples ; les enfants engendrés ont besoin d’un père des laïcs et surtout des non-catholiques pourraient commencer à douter de l’intégrité et de la crédibilité de l’à‰glise (catholique), etc.

Les femmes oubliées

L’évêque apporte au total une dizaine de raisons pour justifier le départ de ces prêtres en situation illégale. Mais, en célibataire endurci, il oublie de parler de l’un des aspects les plus importants de cette « réalité douloureuse » : la femme ou les femmes concernées. Cependant, l’attitude de l’à‰glise aux Philippines est semblable à celle d’autres à‰glises, ailleurs dans le monde : ce n’est qu’au moment o๠un prêtre se marie officiellement, que les évêques réagissent. En revanche, si un prêtre qui entretient une relation suivie avec une femme le fait dans la discrétion, les évêques s’en moquent éperdument sous prétexte qu’ils ne connaissent pas la femme et que cela ne les concerne pas.

L’estimation de Justino Cabazares, selon laquelle aux Philippines, deux tiers des prêtres auraient une relation intime et secrète avec une femme, vaut aussi dans bien d’autres pays o๠de nombreux prêtres ont dà » abandonner leur ministère parce qu’ils désiraient contracter un mariage. L’Eglise ne donne pas de chiffres exactes, mais selon des calculs très fiables, on peut estimer entre 90 000 et 100 000 le nombre de départs (10 000 en France) depuis la fin du deuxième concile du Vatican en 1965. Ce qui ne veut pas dire qu’au moment o๠ces prêtres étaient bannis de l’à‰glise. les autres vivaient leur célibat sans problème. En Europe on estime en effet qu’un prêtre célibataire sur cinq entretient une relation clandestine ; en Amérique latine deux sur cinq ; en Afrique et en Asie trois sur cinq.

L’évêque auxiliaire de Vienne, Florian Kurtner, récemment décédé, le savait bien. Lors d’un entretien confidentiel, il admettait que dix pour cent maximum de son clergé n’avait pas de problèmes avec le célibat. Pour les autres, il avait rencontré tous les cas de figure : la souffrance pure, des relations prolongées avec femmes ou hommes, les visites régulières aux bordels, l’encouragement à l’avortement, des relations simultanées avec plusieurs femmes mariées, etc.

Somme de la clandestinité

Voici dix ans qu’aux Pays-Bas le problème des amies des prêtres a été mis en lumière avec la publication d’une enquête faite auprès de vingt-trois femmes entretenant une relation avec un prêtre. « Des femmes qui y trouvent leur bonheur mais souffrent de la clandestinité. Des femmes qui ont eu de mauvaises expériences, des femmes qui sont années pour affronter lu situation, des femmes. qui vivent une crise de la foi ou qui ne veulent plus rien connaître de l’à‰glise ». Voici le condensé des différentes attitudes psychologiques des amies de prêtres selon l’auteur, Tineke Ferwerda, dans son livre Soeur Philorhea - les relations entre des femmes et des prêtres catholiques (paru en hollandais et anglais, SCM Press, Londres).

Interrogé à cette occasion, le cardinal-archevêque d’Utrecht, Adrianus Simonis concédait qu’il y a peut-être « quelques dizaines, peut-être une centaine » de prêtres pour qui le célibat pose problème, mais « ces chiffres ne sont pas plus importants qu’un saut de puce ». Or, après la publication de son ouvrage, Tineke Ferwerda reçut une centaine de lettres de femmes décrivant leurs relations secrètes avec des prêtres. La pointe de l’iceberg. Le travail de Tineke Ferwerda provoqua rapidement la création d’une fondation pour des femmes victimes du célibat, l’association Magdala. Puis, le temps passant, on assiste progressivement à un changement des mentalités.

Des paroissiens protestent¦

Dans le village de Traboch, en Autriche, 80 % des 1 180 habitants ont signé une lettre à l’évêque qui voulait déplacer le prêtre de la paroisse à la naissance de son quatrième enfant. à€ Pedrogâo Grande, au Portugal, 90% des 3 000 paroissiens qui désiraient garder leur curé, Carlos Costa, ont protesté auprès de l’évêque qui désirait le suspendre parce qu’il rendait visite à sa femme et sa fille pendant le week-end.

à€ Mà²rrope, au Pérou, 3 500 fidèles ont protesté en occupant leur église lorsque l’évêque a voulu renvoyer leur curé. Jorge Abaruil Rico, au motif que ce dernier ne suivait plus son célibat. Jorge Abanil a femme et enfants. Ce cas permit de montrer qu’au Pérou, 50 à 80% des prêtres ont des enfants, spécialement hors des grandes villes. Toutefois, un prêtre qui a une relation suivie avec une amie, court de plus grands risques s’il occupe une fonction pastorale publique, dans une paroisse. Par exemple, lors de la messe dominicale du 18 juillet 1999, les paroissiens de Saint-Armand-Montrond (Cher) ont appris - de la bouche même de leur évêque, Mgr Pierre Plateau (Bourges) - la révocation de leur curé, Didier Robert, au motif de « sa décision de poursuivre sa relation avec la femme qu’il aime ».

Une décision qui a surpris le conseil pastoral de Saint-Armand-Montrond, ni consulté, ni informé préalablement. La responsable de cette instance s’est d’ailleurs exprimée dans les colonnes du quotidien régional, La Nouvelle République, en déclarant, entre autres, sa désapprobation personnelle de l’obligation du célibat, qui n’est « mentionnée nulle part dans la Bible ». De leur côté, les membres du mouvement "Nous sommes l’à‰glise" dans le Cher, ont adressé une lettre ouverte. à Mgr Plateau pour critiquer, et le fond et la manière de sa prise de décision. Et de s’étonner en conclusion de leur missive du souhait exprimé par l’évêque, de voir Didier Robert « trouver rapidement, hors des limites du diocèse, une profession laïque que ces brillantes qualités devraient lui permettre d’exercer »...

La situation est plus facile pour les membres des congrégations religieuses qui ne dépendent pas de la juridiction de l’évêque. Aux Pays-Bas, par exemple, des pères ont été élus par leur congrégation comme supérieur provincial alors qu’ils ne faisaient point mystère de leurs relations depuis des années avec des religieuses.

Une telle situation reste assez stable tarit que les personnes concernées ne font pas trop de bruit, par exemple dans les médias. Sinon, les autorités de l’à‰glise sévissent. Ainsi fonctionne le système ecclésial catholico-romain : le transfert ou le renvoi. En revanche celui qui veut éviter ces mesures disciplinaires prend soin de cultiver le secret. Dans ce cas, les autorités feignent d’ignorer le problème et s’habillent du manteau de l’hypocrisie.

Le thème des prêtres-avec-amies est un des derniers grands tabous de l’à‰glise. à€ cause de sa clandestinité, la relation humaine est entachée d’une pression intenable. Le couple est en alerte permanente : il lui faut éviter d’être aperçu dans des situations compromettantes. Ainsi lorsque le prêtre et son amie prennent des vacances, ils partent séparément, se rencontrent quelque part en route avec l’espoir de ne pas croiser des connaissances. Bref, il est impératif de maintenir la clandestinité de la relation pour préserver le travail du "conjoint" prêtre, le renvoi étant inévitable lorsque la relation devient publique. En règle générale, la femme s’adapte à la situation de clandestinité. Elle ne veut pas être !a cause du départ de l’Eglise de son ami prêtre, ce dernier lui faisant clairement comprendre, parfois jusqu’au chantage, que le chômage serait inévitable pour lui si le secret était révélé.

Simone (38 ans, depuis seize années en relation avec un prêtre) : « Je désirerais faire reconnaître cette relation moi mais également pour le monde extérieur, je désirerais pouvoir dire ouvertement : nous nous aimons, nous sommes l’un pour l’autre... Seulement, si nous rendons notre relation publique, il perdrait son travail. C’est scandaleux. Nous pouvons faire ce que nous voulons tant que nous ne le disons pas ».

« Comme le nuage de lait dans son café »

Les autorités ecclésiastiques estiment que les prêtres sollicitant une dispense pour se marier, ne veulent plus avoir affaire à l’à‰glise. Elles commettent une erreur monumentale. De nombreuses enquêtes montrent en effet que nombre d’entre eux seraient prêts à reprendre du service dans l’à‰glise, si celle-ci les acceptaient dans le cadre de leur nouvelle situation. Le service de l’à‰glise est toujours leur vie et leur bonheur. Raison pour laquelle des prêtres ne veulent pas prendre le risque d’être renvoyés. Ils gardent alors leur relation secrète et demandent à leur partenaire d’accepter cette situation. Le service de l’Eglise est toujours leur vie et leur bonheur. Raison pour laquelle des prêtres ne veulent pas prendre le risque d’être renvoyés. Ils gardent alors leur relation secrète et demandent à leur partenaire d’accepter cette situation.

Andrea (45 ans) raconte qu’elle « disait à son ami prêtre : on ne peut pas poursuivre comme ça... ces rencontres dans une voiture, dans des cafés louches, dans des petits hôtels minables. -"Tu as raison, ma chérie. Mais je serais très malheureux si je ne pouvais plus être prêtre. C’est pourquoi un mariage est exclu ». - J’avale ma déception, capte le mot "chérie", m’adapte de nouveau et attend, continue Andrea. Il arrange quelque chose avec l’évêque, est promu curé et moi, je suis soumise à mon "chéri" qui a dix huit ans de plus que moi. Il n’a pas choisi pour moi, je le sais maintenant. II a choisi pour lui- même, pour son travail ; pour l’institution qui lui donne un statut et un pouvoir. II voulait moi en plus, comme le nuage de lait dans son café ». Ces "nuages", les prêtres savent les trouver, sans difficulté. Mais, avec l’évolution des moeurs. les femmes ne se laissent plus convaincre aussi facilement.

Attachés à l’Eglise

Depuis Vatican II, l’image du prêtre s’est fortement sécularisée. Le médiateur de grâces d’antan, célibataire, est tombé de son piédestal. Du choeur de l’Eglise, les évènements !’ont déplacé, petit à petit, vers le parvis des fidèles, homme parmi les hommes, homme parmi !es femmes.

Cette évolution a également revalorisé les prêtres mariés. D’abord fustigés connue pécheurs, rayés des fichiers et abandonnés. ils refont surface et fondent des associations dans les années quatre-vingts. Enfin, dans la dernière décennie, ils donnent ouvertement des preuves de leur attachement à l’à‰glise. De plus en plus d’évêques commencent à dire publiquement (hélas ! le plus souvent quand ils partent à la retraite) que le célibat ne devrait plus être obligatoire.

Aujourd’hui, les amies de prêtres s’organisent. Des associations comme Magdala existent dans différents pays Plein Jour en France, Vom Zolibat betroffene Frauen (les femmes touchées par le célibat) en Allemagne et en Autriche, et Aide pour des gens dégradés par des clercs en Pologne.

Ces femmes se soutiennent mutuellement et s’épaulent dans les moments difficiles de leur clandestinité. Confrontant leurs problèmes, elles tentent aussi - parfois vainement - de convaincre leur ami prêtre de participer à leurs rencontres. En Belgique, récemment, une dizaine de prêtres-avec”amies se sont réunis pour la première fois toute une journée. Mais à la demande des participants. rien n’a filtré des échanges. Et surtout les noms sont restés secrets !

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