Parution : 20 juillet 2007
Rwanda : l’abbé Wenceslas arrêté
Par Golias

L’abbé Wenceslas a été arrêté ce jour 20 juillet suite au mandat d’arrêt international lancé contre lui par le TPIR d’Arusha. Retour sur un combat que Golias a mené depuis 12 ans (jour pour jour)...

Enfin ! pourrait-on dire. Enfin, un prêtre, qui traîne derrière lui, depuis plus de douze années, des accusations de génocide et de crimes contre l’humanité, va avoir à rendre des comptes devant la justice des hommes, celle des Nations Unis, en l’occurrence moins arrangeante sur terre que celle de Dieu. Vous pourrez lire plus loin les morceaux les plus significatifs du texte officiel de l’acte d’accusation établi contre l’abbé Wenceslas MUNYESHYAKA par le Tribunal Pénal International des Nations Unis pour le Rwanda (TPIR). Ce texte parle de lui-même. Il est impressionnant par la liste de crimes reprochés à un prêtre.

Nous ne voulons pas ici en faire le commentaire. L’exposé des faits se suffit à lui-même et nous laissons les lecteurs à leurs propres réactions. Le prêtre ainsi accusé est actuellement, ou était jusqu’à il y a peu, rappelons-le, en ministère paroissial dans notre beau pays de France depuis pratiquement 14 années après avoir été exfiltré du pays de ses crimes. Le Tribunal des Nations Unis qui réclame son jugement résume ainsi les accusations qu’il porte contre lui : Génocide, Viol constitutif de crime contre l’humanité, Extermination constitutive de crime contre l’humanité, Assassinat constitutif de crime contre l’humanité. Ce ne sont donc pas des peccadilles, tout ça, et dans le dossier d’un seul individu, prêtre de surcroît et qui vint se réfugier en France comme une victime, caché sous le manteau d’éminentes autorités épiscopales françaises. Bien sà »r qu’aujourd’hui en France il s’est refait une virginité, qu’il est sacrément sympa avec tout le monde, les gamins du caté, les fiancés, les gens en deuil, les scouts, les joueurs de boules, les anciens du Club des aînés, bien sà »r qu’il fait tout pour séduire. Qui, à sa place, pensant au tribunal et aux précieux témoins de moralité ne chercherait pas à apparaître sous son jour le meilleur ? Mais que penser de cette simple phrase au paragraphe f de l’introduction que vous lirez plus loin, o๠il est simplement dit : (le Père Wenceslas) était armé d’un pistolet et portait un gilet pare-balles en mai, juin et juillet 1994 à la paroisse Sainte“Famille, au CELA (Centre d’éducation de langues africaines)et au centre pastoral Saint-Paul de Kigali ? Au milieu des miliciens auxquels il prétend aujourd’hui avoir été opposé ? On imagine bien, dans les années 40, les résistants français se baladant en armes et comme chez eux au milieu des gens de la Gestapo et de la Milice ¦

Ces crimes, à lui reprochés, bien des dossiers et des articles de Golias les ont exposés, depuis le fameux numéro d’aoà »t 1995, (Golias N° 43) Rwanda : "La machette et le goupillon" qui faisait suite déjà à de nombreuses informations dans les numéros précédents. Sa couverture représente en montage photographique sur fond de l’église de la Sainte Famille à Kigali, un immense tas de machettes et en premier plan le Père Wenceslas distribuant la communion¦ Cette couverture n’a pas pris une seule ride¦

Le dossier de ce numéro 43 présentait ainsi une enquête : Le "Touvier" rwandais sous haute protection de l’Eglise de France. L’abbé Wenceslas Munyeshyaka a collaboré et participé au génocide. Des témoignages irréfutables “nous en publions plusieurs- l’accusent. Or, il exerce son ministère sacerdotal dans l’Ardèche en toute impunité, protégé par les autorités catholiques françaises¦"

Et depuis, ce fut douze années de polémiques, d’attaques non contre un homme accusé de génocide, mais contre Golias, l’affreux journal, le traître, le manipulé, le menteur, qui ne cherche rien d’autre qu’à nuire à l’Eglise¦

Le combat solitaire de Golias.

Après tant d’années, en se retournant sur le passé, on peut dire sans forcer la vérité, que depuis 1995, dans ce combat pour qu’un prêtre génocidaire ne puisse plus parader à l’autel du sacrement d’Amour, Golias n’a jamais reçu d’appui dans la presse d’Eglise, et guère en dehors¦ Seuls, parfois, avec nous, des organismes de défense des droits de l’homme, ou des avocats de victimes du génocide. Il y a quelque chose de désespérant dans le fait de voir comment l’ensemble des médias cathos a tourné le dos à la vérité, l’a fuie, l’a niée, dans le meilleur des cas l’a mise en doute, tous, même les plus ouverts. La liste serait longue, trop longue si on devait citer tous les coups de pied, les allusions perfides, les leçons de morale de "La Croix", les commentaires fielleux de tel ou tel journaliste de la Vie, voire même de Témoignage Chrétien, pourtant souvent proches de nous dans tant d’autres combats ¦ Mais qu’est-ce qui a pu les rendre aussi aveugles, qu’est-ce qui a pu les pousser à ainsi refuser la recherche de la vérité ?

Pourtant des indices nombreux auraient dà » alerter nos censeurs. Très vite, l’Eglise rwandaise, fortement encadrée par des missionnaires, francophones pour la plupart, n’est plus apparue aussi innocente qu’elle le clamait. Nous avions, dès ces années de sang, dans nos colonnes parlé du cas de deux religieuses rwandaises accusées de génocide et qui s’étaient réfugiées en Belgique. Aujourd’hui, elles sont en prison (voir N° 70 juin 2001). Les complicités ecclésiastiques évidentes, découvertes assez rapidement, et même reconnues par le pape Jean-Paul II, n’ont pas mis en route dans l’Eglise et chez ses journalistes le travail de recherche et la réflexion que tous les hommes de bonne volonté étaient en droit d’attendre.

Le refus de la vérité combinée avec l’éreintage de celui qui la crie.

Cette "aventure" rwandaise que nous avons vécue à Golias nous a appris que l’incrédulité est la première réponse à la découverte d’une trop écrasante réalité comme celle de l’implication de gens d’Eglise dans un génocide. C’est une réaction normale : on ne peut pas penser qu’autant de gens, apparemment sains d’esprit, formés à la lecture de l’Evangile, puissent être aussi cruels, aussi sanguinaires. Cette expérience, nous l’avons faite aussi à Golias : Comme beaucoup de citoyens du monde, en avril et mai 1994, nous avions été profondément bouleversés par les informations qui nous arrivaient sur ce génocide : comment la moitié d’un peuple peut-elle chercher à exterminer son autre moitié¦ Mais lorsqu’un soir à Golias, au cours d’une réunion de rédaction, nous avons appris que des prêtres, des religieux, des religieuses et même des évêques avaient participé au génocide, soit dans un engagement idéologique, soit même la machette à la main, ce fut la stupeur absolue. Nous avons plusieurs fois rendu compte dans cette revue de cette soirée tant elle nous a marqués, et encore aujourd’hui. Nous étions tous là , muets, silencieux, incrédules : Non, mais c’est pas vrai, c’est pas possible : un curé qui assassine ses paroissiens ou qui les désigne aux bourreaux ¦ Il a fallu des jours pour en accepter l’idée, devant l’abondance, la précision et le sérieux des témoignages. Notre incrédulité était si grande qu’il fut décidé d’aller voir sur place. Il fallait une enquête sérieuse, c’était trop grave. Et le directeur de Golias est parti au Rwanda, (par deux fois, même). Et un envoyé spécial de la revue a, par ailleurs complété et confirmé les informations. Voyage risqué, même physiquement, il faut le reconnaître, c’était quelques semaines après les événements. Ils furent bien seuls. Sur ces terres aux Mille Collines, quand les cendres étaient encore chaudes, les journalistes, censeurs de Golias, ne se sont jamais marché sur les pieds.

L’affaire Wenceslas, de par la démesure des faits reprochés, a provoqué un renversement total des réactions et des engagements. L’info paraissait si énorme que, plutôt que d’aller voir sur place, beaucoup de journalistes, surtout dans la presse catho, ont crié au scandale, mais non sur le ou les auteurs des crimes, mais sur le journal, le petit tout seul, qui osait les dénoncer. Dans l’affaire Wenceslas, Golias a été ciblé, pris à partie, mené au tribunal, alors que personne ne faisait le travail de contre-enquête que nous avons toujours souhaité et qui aurait été la seule base acceptable des attaques contre notre revue.

Ainsi, après le fameux numéro 43, Wenceslas a été convoqué devant la justice, la première fois à Privas en Ardèche, o๠il a même été incarcéré. Ensuite il a fait des procès à Golias qu’il a pratiquement tous perdus. Mais qu’importe, tout au long de ces années, l’accusé, le méchant a toujours été Golias¦Et malgré la médiatisation de cette affaire, personne n’est, sur-le-champ, parti voir sur place, pour vérifier les accusations portées et éventuellement contredire les affirmations de nos dossiers. Personne n’a fait le voyage et Golias a dà » ferrailler contre des journalistes qui n’avaient jamais mis les pieds au Rwanda. Jamais facile de se battre contre des a priori.

Puisque vous fouillez votre collection de Golias dans votre bibliothèque, regardez donc le numéro suivant, le 44. On y parlait encore, bien sà »r, du Rwanda, mais plus spécialement des réactions de certains journaux comme "la Croix" qui affirmait que Golias pourrait bien être "manipulé" pour nuire à l’Eglise . Dans le même numéro on rendait compte d’un procès dans lequel "Reporters sans frontières" et l’abbé Sibomana (prêtre rwandais, mort, depuis, de maladie) étaient déboutés de leurs demandes contre Golias. Car, il faut le rappeler, si Golias a eu des procès à propos du Rwanda, cinq en tout, il n’en a perdu qu’un seul, pas sur le fond, mais uniquement sur une expression maladroite concernant la présomption d’innocence de¦ Wenceslas, avec le 1 franc symbolique à verser. Et puis, toujours dans ce numéro 44, on trouve un article de Jean-François Soffray intitulé "la meute" qui répond à un article du Père Valadier paru dans l’Actualité religieuse de septembre 1995 et s’en prenant à Golias. Et dans le même numéro, un autre article portait un titre lui encore plus clair "Cherche journalistes curieux", dénonçant justement le désintérêt des journalistes pour le "concret" des événements du Rwanda. Ce n’est qu’une année plus tard que le journal La Croix envoyait une journaliste, Agnès Rotivel, sur les traces de Wenceslas. Le journal catholique publiait, dans son édition du 6 octobre 1996, un reportage avec interview de plusieurs victimes de Wenceslas. Après la parution de ce dossier, qui avait été précédé de l’habituelle leçon de morale à destination de Golias , nous avons reconnu l’intérêt du travail fait et nous disions que les témoignages rapportés par la journaliste ressemblaient beaucoup à ceux de Golias et donc les confortaient, puisqu’ils émanaient d’autres personnes, inconnues de nous. Mais le quotidien catho ne s’est jamais étonné qu’avec de telles charges portées contre lui, crédibilisées par les témoins directement entendus, Wenceslas puisse continuer à exercer un ministère paroissial en France¦ Il faut dire que le reportage, courageux, était suivi d’une interview de Wenceslas, qui manquait de toute audace et qui tendait à le faire apparaître comme la victime.

Voilà par exemple, une des questions : - "Pourquoi portiez-vous un gilet pare-balles et une arme, alors que ni le P. Célestin ni aucun prêtre n’en portait ?" La question est excellente de précision. La journaliste, pourtant, va se contenter de cette réponse : - "Vous m’abordez avec des préjugés. Le gilet pare-balles, je l’ai porté pour me protéger lorsque je circulais en ville." Voilà c’est tout. Il y avait trois points dans la question, Wenceslas ne s’explique que sur un seul, le plus facile. Il oublie les deux principaux : il était armé, ce qui est plus questionnant que le gilet pare-balles, et aucun de ses confrère n’avait ni cet équipement ni d’arme. Pourquoi n’a-t-elle pas relancé la question sur l’arme, signalée par tant de témoins et qu’il a reconnue par ailleurs, et qui est choquante sur un prêtre, surtout quand il se trouve au milieu de miliciens dont il prétend aujourd’hui qu’il n’était pas le collaborateur. Le port d’arme, signe manifeste de complicité, est d’ailleurs dans l’acte d’accusation du tribunal International. Nous l’avons signalé plus haut.

Même des journaux sérieux comme le Monde se sont contentés de regarder ce qui se passait en France, sans essayer de savoir ce qui s’était passé là -bas. Ainsi Henri Tincq écrivait dans "le monde" du 31-07-95 : "Aussi, mercredi 19 juillet, à Paris, a-t-il (le P. Wenceslas) décidé de contre-attaquer et de clamer son innocence, également mise en doute par les organisations de droits de l’homme et un mensuel français Golias, spécialisé dans les scandales au sein de l’Eglise, qui fait du jeune prêtre hutu un "Touvier" rwandais." La quête de vérité n’ira pas plus loin que ce méprisant coup de patte à Golias. Nos archives sont pleines d’articles de quantité de journaux qui parlent des problèmes judiciaires de Wenceslas et des procès faits à Golias . Alors qu’il n’y a rien sur ce qui est réellement reproché à Wenceslas. D’ailleurs, concernant les procès faits à Golias, l’information est relativement abondante lorsqu’il s’agit d’affirmer que la revue est attaquée devant le tribunal. Par contre, lorsque, ensuite, les adversaires de Golias sont déboutés, l’information est pratiquement absente ou alors cachée dans un discrète brève. Ceux qui lisent rapidement sauront que Golias a un procès, donc que c’est un méchant. Il y a de grandes chances qu’ils ne sachent jamais que le tribunal n’a rien trouvé à lui reprocher¦ Ainsi va la presse, même chez les cathos.

Dans une lettre au Monde, Christian Terras, directeur de Golias écrivait : "¦ au lieu de remettre en cause notre dossier ou de démentir nos informations par leurs propres éléments d’enquête, des groupes de pression catholiques et plusieurs associations nous ont accusés de dénonciations sans fondements¦" Devant ce manque de curiosité, on ne peut pas ne pas penser à ces nuées de journalistes en particulier catholiques qui, en ces années, ont accompagné Jean-Paul II dans tous ses voyages, sans autre intérêt que celui de nous resservir ce que tout le monde avait vu à la télé et de répéter des sermons qu’on pouvait lire partout. Pourquoi là tant de journalistes, pourquoi tant d’argent dépensé, tant de temps passé, alors que, en dehors de Golias, une seule est allée au Rwanda sur les lieux o๠officiait Wenceslas. Avaient-ils peur de la vérité ? Avaient-ils peur tout court ? Craignaient-ils de découvrir les implications de la France, qui reviennent aujourd’hui en surface, dans la préparation et l’exécution du génocide. Affronter en même temps la raison d’Etat et la raison d’Eglise, était-ce trop dé-raisonnable, trop risqué ?

C’est l’honneur de Golias d’avoir tenu. Il eà »t été plus confortable, pour nous, de plier, de dire : "d’accord on arrête, on s’est trompé¦" On rentrait dans le rang et la paix paraissait retrouvée¦ jusqu’à ce que le TPI R débarque dans cette fausse tranquillité. Et on se retrouverait avec un accusé criminel, exflitré et bien défendu par l’Eglise, toute l’Eglise, unanime à le couvrir. Un scandale de plus frappant des chrétiens pas préparés à ce nouveau choc, après les affaires de pédophilie¦ Eh bien cette belle unanimité de Tartufe, n’en déplaise à nos censeurs, Golias l’a refusée, depuis le début. Il y aura au moins eu un journal chrétien qui aura refusé l’omerta¦ il y aura au moins un journal et des chrétiens qui sauveront leur honneur et aussi, un peu, celui de l’Eglise.

Certains lecteurs pourraient s’étonner de nous entendre ainsi défendre notre action, notre bilan, comme des candidats en campagne. Mais tous doivent savoir ce que représente, pour nous, équipe de rédaction de Golias, le combat pour la vérité au Rwanda : des années de critiques, d’insultes, de perfidie qui n’ont pas pu ne pas peser lourdement sur nous, y compris dans des nuits au sommeil troublé. Des lecteurs nous ont quittés, à cause du Rwanda et des doutes nés des campagnes menées contre nous. Ce type d’abandon ne se rattrape guère. D’ailleurs qui saura en dehors de vous, lecteurs, que notre combat était juste et en valait la peine. Y aura-t-il un seul journal, de ceux qui nous ont traînés dans la boue, pour avoir le courage de dire : finalement Golias n’avait peut-être pas complètement tort. On n’en demande pourtant pas plus.

Nous ne crions pas victoire. Il n’y en aura pas, sinon celle de la vérité. Tout d’abord parce que, nous ne l’ignorons pas, le procès n’a encore pas commencé. Mais qu’on ne nous oppose pas trop vite la présomption d’innocence. Sans préjuger des décisions de juges, l’énormité des faits reprochés, la multiplicité des témoignages concordants ne peuvent être passées sous silence. Et que le Tribunal fasse son travail. Le seul fait que Wenceslas soit appelé à s’expliquer sur les accusations des rescapés est déjà une grande avancée de la vérité. Les criminels de tous poils, en tenue de combat ou en soutane, doivent savoir qu’ils ne seront plus jamais en sécurité, même dans les placards d’une sacristie. Si les évêques ont peur d’aller y mettre leur nez, c’est l’ONU qui s’en chargera.

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Golias
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