Parution : 6 août 2007
Lustiger : un bilan pastoral globalement négatif
Par Golias

La situation de l’à‰glise catholique à Paris, caisse de résonance de la vague néo-conservatrice, est très profondément marquée par la bonne vingtaine d’années de l’ère Lustiger, caractérisée par un verrouillage de la pensée et de la doctrine et la mise en place d’une alternative au modèle conciliaire, sous la forme d’un nouveau tridentinisme peu enclin à célébrer l’autonomie, la créativité et la liberté.

Pour le cardinal de Retz, de toutes les passions la plus redoutable est sans nul doute la peur. Son successeur sur le siège de saint Denis aurait bien fait de s’en souvenir. En effet, trop craindre les dérives conduit à une certaine paralysie, ennemie de la vie. Sans rien risquer, on n’obtient rien et on ne craint rien. Or, en pro-fondeur, le diocèse de Paris va peu à peu s’effriter y compris chez ceux qui prétendent défendre une vision intégraliste du monde et de la religion. La crise des certitudes wojtyliennes s’accentuera probablement à Paris comme ailleurs. L’effet de retour, pour parler comme Michel Foucault, de jeunes en quête d’iden-tité, d’une assurance de foi, s’estompera même si, sans doute, il devrait encore persister plus d’années que nous ne le souhaiterions. Néanmoins, à plus long terme, ces sources vont se tarir ou se raréfier et le christianisme aura encore perdu beau-coup d’une crédibilité déjà largement entamée, c’est un euphémisme, mais ce peut être pire !
Les enjeux de fond de la succession de Jean-Marie Lustiger sont considérables. Ils se comprennent à la Lumière du bilan de l’actuel porporato et la mise en place d’un système, certes composite, mais dominé par une note néo-conservatrice qui se fait toujours plus forte. Les dix années à venir seront décisives et sans doute très riches de surprises et de retournements, d’explosions aussi, et peut être de drames existentiels. En fait, au-delà des cas particuliers, même si nous ne sommes pas la pythie de Delphes, c’est la tentative de restaurer le modèle tridentin qui va subir quelques avatars.

Sans doute, Paris n’est pas - et l’est de moins en moins - le centre du monde vers lequel tous les peuples auraient les yeux tournés, vieux rêve nombriliste. Les évolutions à venir dans le catholicisme ne se feront peut-être pas tellement au niveau universel, mais d’abord localement, de manière diverse et éclatée, sans exclure la cohabitation de propositions de sens et de sacralité très différentes. La fragmentation est une note décisive de l’ultra-modernité. En même temps, se trouve périmé un certain mode de fonctionnement vertical et descendant, holiste (o๠toute l’existence est gouvernée par un système énonçant le vrai et le juste), fondé sur une vérité immuable, déjà toute comme enserrée dans des bandelettes. Lazare sors du tombeau !

Les nouveaux prêtres

Les chiffres parlent plutôt en faveur de Jean-Marie Lustiger, au moins celui des ordinations En effet, il a beaucoup misé, en bon tridentin, sur la reclérgification, calquant de plus en plus la vie du prêtre sur celle d’un religieux obéissant à son évêque comme à un supérieur religieux ayant avalé l’Esprit Saint - et les plumes avec. D’o๠la mise en place d’un style de formation, dans le but de tisser un maillage très serré autour du jeune en formation. Jadis, le chanoine Fulbert porta atteinte aux génitoires du savant Maître Abélard de manière artisanale ; l’équipe de l’à‰minentissime Lustiger s’ingénie à châtrer les esprits et les volontés de résistance, triste besogne, qui n’est pas toujours payée d’un grand succès, car le refoulé revient. Le regroupement par maisonnées de jeunes, émasculés de l’esprit critique, permet de mieux les contrôler et de les rendre tout à fait diaphanes et transparents à la lumière qu’irradie l’Eminence paternelle.

En 1984, le cardinal Lustiger a créé une année spirituelle « la maison saint Augustin », confiée au jeune abbé Eric Aumônier, avant de mettre sur pied peu après un premier cycle exclusivement parisien. En 1991, Jean-Marie Lustiger a annoncé, évidemment sans rien dire aux sulpiciens, que dorénavant l’ensemble de la formation presbytérale serait assurée par ses soins. C’est un coup de pied au séminaire d’Issy et à celui des Carmes, qu’il n’aime pas.

Récemment, dans une excellente étude, Louis-Paul Astraud, après les avoir rencontrés, présente les derniers ordonnés de Paris, entièrement formatés par le circuit Lustiger (Louis-Paul Astraud, Les jeunes prêtres. Génération Lustiger, à‰ditions Golias, 2003). L’un des points les plus exacerbés est l’exaltation morbide de l’autorité même dans les ques-tions qui ne relèvent pas de ce que l’on appelait jadis le for externe. Les jeunes convertis feraient bien de songer à un vrai et grand converti anglais, John Henry Newman, créé cardinal par Léon XIII en 1879 et qui buvait à sa conscience et au pape ensuite. Là aussi, les jeunes des séminaires Lustiger qui ont le culte de l’ordre se posent en opposition radicale aux Lumières. Pour l’un d’entre eux, cité par Louis-Paul Astraud, « relativiser les pensées à propos de vérité ou de vie religieuse est un grand ma ! ». Beaucoup d’entre eux jugent sévèrement la décadence morale de nos sociétés et se veulent absolument à contre-courant. Ils développent l’intransigeantisme, même dans les situations concrètes (alors que le conservatisme latin allie l’abrupt des principes au compromis dans la pratique). « C’est la raison pour laquelle tous les prêtres interrogés - excepté un - ont jugé légitime que l’on puisse refuser le baptême à un homosexuel (Louis-Paul Astraud, p. 146). » Les jeunes prêtres et séminaristes rejoignent la position de Jean Paul Il sur la contraception. Un curé de Paris a même commis jadis un livre sur le sujet, réaffirmant la distinction - artificielle selon nous - entre la méthode « artificielle » et la méthode « naturelle » (Michel Aupetit, Contraception, la réponse de l’à‰glise, Paris, Téqui, 1999). Pour ces jeunes clercs, l’à‰glise a bien toutes les réponses.

La formation donnée à la prêtrise se révèle tout simplement un conditionnement mental, l’inculcation d’une norme ecclésiale solidement implantée. à€ l’évidence, un tel système pour boucher les trous s’accommode des candidats actuels. Comme le dit un prêtre plus âgé, critique : « Quand une institution devient aussi marginale que la nôtre, elle ne recrute que des marginaux. C’est vrai que Ies jeunes qui se pointent aujourd’hui pour être prêtres, c’est un peu des extrater-restres, ou des illuminés qui ont eu une inspiration subite ! (Louis-Paul Astraud, p. 217) » La « fuga mundi » est à l’honneur dans une formation donnée en immense majorité par des prêtres proches de jean-Marie Lustiger, souvent jeunes et sortis du même moule rassurant (voir notre
enquête plus haut). « Le clonage, cela n’a jamais travaillé beaucoup dans le sens de la fécondité. Et là , on est en plein clonage : les formateurs sont eux-mêmes des jeunes prêtres qui n’ont jamais été mis en paroisse. On clone, on clone, on clone et on obtient des clones de clones de clones (cité par Louis-Paul Astraud, p. 223). » Voilà ce que dit un ancien séminariste qui a eu bien du mal à s’en sortir : « Vous comprenez, ce n’est pas qu’il n’y a pas de liberté d’expression, c’est qu’il n’y a pas moyen de penser par soi-même, la pensée ne s’exprime même pas, elle ne se forme même pas (Louis-Paul Astraud, p. 221). » Couvés et sur-protégés, en même temps entravés dans l’exercice de leur esprit critique, des jeunes sont formatés sur le modèle Lustiger. Souvent, dans de tels milieux, on critique - mais sans trop le dire franchement - le modèle des prêtres conciliaires, des traîtres qui sont les véritables responsables de la situation actuelle de sécularisation. Au fond, les prêtres diocésains semblent formés sur un modèle quasi religieux, deviennent des moutons soumis, dociles, tondus. La mission passe au second plan ; ce qui compte, c’est une certaine fierté sacerdotale retrouvée, pas moins. On peut voir dans une telle pastorale des
vocations et de la formation des prêtres « rien d’autre qu’un recul devant les avancées passées, une réaction de peur, un repli identitaire, un retrait du monde présent, autant d’attitudes que, si nous ne connaissions pas l’à‰glise, nous pourrions qualifier de sectaires » (Louis-Paul Astraud, p. 261). Le « si » ne serait-il pas de trop ?
Ces nouveaux prêtres se situent résolument en opposition avec la génération précédente, les prêtres progressistes et conciliaires, ceux nés entre 1925 et 1955 ou 1960 en gros, en tout cas ordonnés avant le début des années 1990. Ils tiennent au céli-bat sacerdotal obligatoire comme un signe en contre-position par rapport au monde décadent d’aujourd’hui. Ainsi, un jeune prêtre nous dit (cité par Louis-Paul Astraud, p. 171) : « Je crois aujourd’hui que ce témoignage du célibat, à condition qu’il soit vécu d’une manière claire, nette (...) est un véri-table signe prophétique dans un monde qui est désarticulé au niveau de tout et de n’importe quoi. » Parfois, notons-le, l’argumentation est évasive ou circulaire : « C’est surtout que c’était une très bonne idée d’ordonner des célibataires consacrés, alors je ne vois pas pourquoi il faudrait arrêter cette bonne idée (cité par Louis-Paul Astraud, p. 172). » à€ l’évidence, le sacerdoce éventuel des femmes fait horreur à ces jeunes lévites. Pour eux, « un homme est un homme, une femme est une femme (cité par Louis-Paul Astraud, p. 177) ». Grande découverte : nous sommes ici au niveau zéro de la réflexion. Un jeune prêtre cite la réflexion que lui fit une vieille dame de 103 ans : « Jésus Christ était un homme non ? Alors, pourquoi on discute... » Pour des jeunes prêtres, une femme ordonnée serait comme un homme enceint ! Cléricaux au possible, nos bébés Lustiger précèdent leur nom, en général d’un « Père » très explicite (Monsieur l’Abbé étant devenu désuet, sauf en Belgique). Ils portent souvent un col romain (jamais abandonné) et certains regrettent secrètement la soutane aux trente-trois boutons. « Le port de l’habit a tendance à s’apparenter à un droit, en même temps qu’il confère une certaine reconnaissance : avoir le droit
de porter l’habit ecclésiastique c’est, pour certains prêtres, rendre manifeste leur mérite et leur élection (Louis-Paul Astraud, p. 186). »

La reconquête en col romain

Un certain nombre de prêtres formatés sur le modèle voulu par le Cardinal sont en poste, et en ascension dans leur carrière cléricale. Au début, jean-Marie Lustiger a misé sur un petit nombre de gens de confiance et a peu à peu tissé sa toile dans le clergé. Les prêtres sont divisés ; il n’y a pas de continuité avec le modèle conciliaire favorisé sous l’épiscopat de François Marty. Jean-Marie Lustiger est néanmoins obligé de composer avec des clercs qui ne l’aiment guère ; il s’est cependant adroitement organisé pour reconquérir les meilleurs quartiers, isoler et neutraliser les pôles conciliaires avancés ou progressistes, lâchant du lest à condition de contrôler l’en-semble du système, dans l’idée que, dans un certain nombre d’années, la génération montante s’imposera définitivement. L’oeuvre du cardinal est de longue haleine en effet.
Actuellement, à Paris, on compte une dizaine d’ordinations par an, ce qui en soi est peu, mais nettement plus qu’ailleurs, hormis Belley, Toulon ou les diocèses concordataires, et, dans une moindre mesure, Lyon.
On raconte, ma se non è vero è ben tro-vato, que dans les années cinquante un prêtre en vue fut convoqué par l’Excellentissime nonce afin d’avoir son opinion sur un prêtre candidat à l’épiscopat. Voilà qu’au fil des questions, l’Excellentissime en vint à celle-ci : « Mais quelles sont donc ses idées ? » Gêné, le prêtre consulté fixa le bout de ses souliers, puis, après hésitation, finit par répondre : « Des idées, Excellence, il n’en a... aucune. » Parfait, répondit le nonce, c’est exactement ce qu’il nous faut ! L’idée de Jean-Marie Lustiger, fort adroite en vérité mais justement pour cela très dangereuse, consiste à isoler d’abord les futurs lévites, à éviter toute contagion délétère des prêtres trop progressistes et trop conciliaires, ceux dont jean-Marie Lustiger considère qu’ils font partie de la génération perdue. Une fois formés, ils pourront entamer le processus de reconquête. D’o๠la Fraternité missionnaire des prêtres pour la ville, qui rayonne en particulier à Pontoise et à Créteil, deux diocèses jugés sinistrés et qui sont vus avec mépris par Jean-Marie Lustiger.

L’enseignement de la doctrine

Les choix pédagogiques et intellectuels en matière de catéchèse et de transmission de la foi ont été radicalement modifiés depuis une vingtaine d’années. En effet, jean-Marie Lustiger est allergique à une catéchèse qu’il juge sans contenu et insuffisamment verticale et explicite dans l’annonce de la foi. En 1983, le cardinal Ratzinger a tenu une conférence remarquée à Notre-Dame, à la demande de Mgr Lustiger : il s’agissait de remettre en cause la catéchèse française. L’affirmation centrale du prélat allemand est la suivante : « Il faut distinguer le texte du commentaire.
Salva reverentia, pour nous c’est une pure et simple ânerie. Tout texte ne se livre que dans la lecture qui en est faite ! C’est au travers de l’interprétation qu’un message se donne, mais jamais chimiquement pur. Le texte est déjà son propre commentaire et de plus tout ce qui est reçu est reçu en fonction de qui reçoit (sans que pour autant la réception se limite à la pars recipientis, ce qui serait pure subjectivité). Le cardinal Ratzinger, prenant le contre-pied de l’herméneutique, révèle là une tendance fondamentaliste (toujours le besoin de certitude et... la peur). En France, à Paris, on est bien obligé de composer avec les catéchistes en place. En même temps, le plus possible, il faudra veiller à l’orthodoxie des enseignements ; on privilégiera, dans les séminaires du cardinal jean-Marie Lustiger, de bons répétiteurs, même s’ils n’ont pas inventé la poudre et ne pensent pas beaucoup par eux-mêmes. On évitera donc, en partie, mais pas totalement car une part de compromis s’impose pour que la chaudière n’éclate pas, des Antoine Delzant ou des Claude Geffré, ou alors on les laissera dans leurs aréopages de toute façon jugés contaminés, en les entourant d’un cordon sanitaire.

La neutralisation, ou l’auto-neutralisation, de la pensée critique constitue l’une des régressions les plus déplorables. Elle traduit de toute façon un processus inquiétant, mal compensé par la multiplication quantitative et par certains enseigne-ments ouverts et fructueux, que nous ne remettons pas en cause. On aurait tort de présenter l’ensemble des formations comme dominé par une répression, encore moins par une attitude pré-conciliaire. Il y a une pluralité qui permet des ouvertures. La note dominante crée pour-tant une atmosphère d’ensemble oppressante et même dangereuse. Une autre manière d’approcher des aspects périphériques de la foi, comme celle d’un Jacques Duquesne ou d’un Dominique Cerbelaud à propos de Marie, serait impensable à Paris, censurée ou autocensurée (intériorisation de la censure).

Un autre laïcat

Une certaine usure de l’Action catholique, qu’on le veuille ou non, pour des raisons sociologiques de fond, cruellement évoquées autour de 1980 par Gérard Defois, qui depuis a coiffé la mitre, a laissé le champ libre aux nouveaux mouve-ments et aussi aux groupes catholiques très rangés, le doigt sur la couture du pantalon et Famille chrétienne dans la poche du loden vert. La soumission de ces néo-intransigeants au discours romain et leur propension aux liturgies rangées, à une identité fièrement assumée sinon affichée, leur respect de la hiérarchie, la fixation sur une position défensive, en particulier dans le domaine moral et sexuel, face aux évolutions sociétales, donnent ainsi un autre visage, moins avenant, moins libéral au catholicisme. La déclaration des évêques français contre la peine de mort, le courage de Mgr André Fauchet, le témoignage de Mgr Guy Riobé en faveur de l’objection de conscience, l’appui aux grévistes et même la bienveillance du cardinal Renard (pourtant peu suspect de progressisme) en faveur des prostituées en révolte à Lyon, l’engagement de la Mission de France, André Bossuyt et Jean Rémond premiers évêques au travail, la réforme de la catéchèse et « Pierres Vivantes », les séminaristes en civil, en stage dans les facs ou les usines, la bonhomie de François Marty qui discutait volontiers dans les cafés parisiens, tout cela donnait un certain visage au catholicisme qui peu à peu va s’effacer. Certes, il y a des restes : le témoignage solitaire et prophétique de Jacques Gaillot, la liberté de parole d’Albert Rouet mais globalement l’institution se fige, se durcit, défend des positions intransigeantes (par exemple sur le Pacs). La ligne Famille chrétienne semble presque l’emporter sur La Vie (tancée par l’évêque ultra-conserva-teur de Tulle Patrick Le Gal) et France catholique sur Témoignage Chrétien. Jean-Marie Lustiger n’a pas tout seul suscité un tel retour, une telle involution. Il l’a en partie suivie, mais aussi encouragée. En fait, le cri de victoire devrait être plus discret. Ce n’est pas tant un camp qui a gagné, que de nombreux déçus qui se sont éloignés. La droite consomme des schismes ; la gauche se limite à des hémorragies, mais à long terme l’institution se révèle exsangue. Il faut relativiser, sans le nier, l’effet de retour : ce ne sont pas eux qui ont gagné ; ce sont les autres, ces hommes et ces femmes vraiment d’aujourd’hui qui se sont exprimés avec les pieds et qui sont désormais bien loin.

La conception lustigérienne du laïcat est paradoxale : d’un côté il mise beaucoup sur les laïcs, et dans une certaine mesure sur leur autonomie relative (pour que les laïcs mieux pensants selon lui échappent aux
structures des soixante-huitards) ; en même temps, le thème mobilisateur de la nouvelle évangélisation, avec certainement plus de training que de vraie réflexion de fond sert de fil rouge... car les laïcs doivent rester dans la droite ligne pour l’Eminentissime ! Ainsi, l’autonomie relative d’un laïcat exalté est adroitement subordonnée à une vision verticale et docile de l’autorité... sur fond de désaveu savouré de ce qui constituait l’aile marchante du clergé. Il y a là quelque chose d’un peu pervers sans doute : une récupération toute cléricale d’un processus de repli de ceux qui restent sur un certain conservatisme, la nostalgie de l’identité et aussi sans doute un moindre intérêt pour le social au profit du spirituel. L’attitude parfois cléricale et dirigiste d’une certaine gauche ecclésiale il y a une trentaine d’an-nées - il faut le reconnaître - a quelquefois favorisé, hélas !, l’évolution que l’on sait.
La puissance réelle des associations familiales catholiques et autres associations du même ordre, s’explique bien en partie par ce qu’elles peu-vent avoir de rassurant pour Jean-Marie Lustiger et les autres évêques d’une même tendance. Dans le diocèse de Paris, l’engagement prophétique dans un milieu semble un souci très relativisé par rapport à la défense abstraite des valeurs morales menacées. L’urgence est donc pour les catholiques selon Jean-Marie Lustiger d’incarner ces valeurs, d’o๠aussi l’insistance pastorale sur l’accompagnement spiri-tuel. En même temps, comme rien n’est jamais simple, une dynamique de conquête vers l’extérieur, très démonstrative, très active, qui a trouvé son apothéose comme peut-être son grand moment de lance-ment lors des journées de Toussaint 2004. Marcel Gauchet jette un regard positif sur cette semaine missionnaire : selon lui, en effet, elle manifeste un tournant, celui d’une à‰glise qui sait désormais qu’il faut aller vers les fidèles et non plus attendre qu’ils viennent vers elle. A notre sens, c’est à la fois vrai et faux. Vrai au sens o๠de fait la démarche va dans le sens
indiqué ; faux en ce sens qu’il y a deux conceptions de la mission « vers » : selon la première, dont déjà un cardinal Jean-Baptiste Montini, alors archevêque de Milan, se faisait l’écho, il faut aller vers les hommes, mais dans une vraie démarche d’in-carnation (c’était déjà l’intuition de la Mission de France, celle d’une pastorale du large) ; selon la secon-de, il faut certes sortir des sanc-tuaires mais avec tous les falbalas, toutes les certitudes, non pas pour s’implanter là o๠les hommes sont, mais pour aller les chercher, les atti-rer, pour les reconduire à l’intérieur du sanctuaire. La démarche semble tout à fait opposée.

La dimension culturelle, dans la pastorale de l’après-concile, n’a pas tou-jours été assez développée : en effet, l’art, par exemple, nous dit plus que bien des discours et des projets. Il faut laisser au cardinal d’avoir donné plus d’importance à cette dimension, plus de place à des
hommes comme Dominique Ponnau, le directeur de l’à‰cole du Louvre. Sur ce point précis, nous ne pouvons que féliciter Jean-Marie Lustiger ! Pourtant, une véritable politique culturelle ne saurait se limiter à l’aspect patrimonial mais inclut une dimension créatrice, innovante. Hormis quelques étrangetés architecturales, comme la crosse informe de Jean-Marie Lustiger, et quelques réussites parfois, le bilan est pauvre. Enfin, le dialogue avec les cultures contemporaines semble absent, tout comme la relecture critique de l’héritage chrétien cherchant surtout à repérer les leviers de libération et d’évolution. L’histoire façon Jacques Le Goff nous a toujours davantage convain-cus que cette façon de Michel Rouche, très lustigérien, intellectuel de très grande classe lui aussi, mais dont l’apologétique suspecte hérisse au plus haut point les milieux intellectuels chrétiens.

Le véritable enjeu est de savoir si dans l’avenir la restauration néo-conservatrice actuellement bien réa-lisée sera poursuivie, ou freinée et contre-balancée. La personnalité du nouvel archevêque, Mgr André Vingt-Trois, sera importante. En effet, à long terme l’effritement de la contre-réaction néo-tridentine

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