Parution : 22 septembre 2007
2 septembre 22ème dimanche ordinaire C Lecture du livre de Ben Sira le Sage (3, 17-18. 20. 28-29)

A nous les patiences qui évitent de brusquer, à eux les capacités d’accueillir et de reconnaître ?

Si nous avons des idées novatrices et une volonté réformatrice¦ mieux vaut être prévenu, les lectures de ce dimanche seront désagréables à nos oreilles ! Du Livre de Ben Sira nous ne lisons ici que quelques versets en lien avec l’Evangile mais le report à l’ensemble 3, 17-29, montre qu’outre les « orgueilleux » sont visés toutes celles et tous ceux qui prétendraient sortir du cadre fixé par les textes officiels : « médite ce qu’on t’a prescrit, tu n’as pas à t’occuper des choses cachées. Ne sois pas curieux de ce qui te dépasse¦ » et n’écoute pas les idéologues en tout genre¦ « Ne cherche pas ce qui est trop difficile pour toi ».

Au seuil de cette nouvelle année « pastorale », il nous serait demandé d’être des paroissiens dociles et « sans histoires »¦ de ne pas importuner les autres paroissiens par des idées ou propositions qui nous propulseraient au premier rang de l’assemblée de « rentrée »¦ Nous aurions toute chance alors de nous voir déloger au profit des indéboulonnables notables de nos augustes assemblées « communales » (cf. l’Evangile de ce dimanche). Par nous, la rentrée paroissiale ne pourrait pas être novatrice, les nouveaux venus devraient se conformer aux pratiques en vigueur sans grand espoir de voir triompher les changements qu’ils espéreraient. Seule perspective réformatrice : que les équipes pastorales soient elles-mêmes porteuses d’idées neuves¦ les légitimistes qui forment toutes nos majorités sociétales suivraient ce qui est accepté par les autorités authentifiées.

Ainsi va l’Eglise d’aujourd’hui¦ c’était déjà vrai hier¦ ce sera vrai demain. Pour autant la particularité n’est pas ecclésiale, bien que sans doute elle soit davantage cultivée chez nous¦ Passées une ou deux décennies de « fondation », de « création » les situations ont tendance à se figer dans toutes les sociétés humaines : les francs-tireurs, les avant-gardistes, les novateurs, les prophètes auront toujours plus de mal à s’intégrer, plus de mal à se faire entendre¦ Grande simplement est la responsabilité des gens d’Eglise (dans toutes ses structures y compris les nôtres), lorsqu’elles sont incapables d’accueillir la nouveauté, l’inhabituel, l’anticonformisme¦ celles et ceux qui les portent.

Ben Sira correspond aux candidats recherchés à la tête de nos instances « pastorales » : communion ecclésiale, prudence, reconnaissance de ses pairs, prière et « crainte de Dieu ». Il est solide, cultive amitié et fidélité, connaît bien les textes officiels, se garde de cautionner les débats aventureux, vénère le Grand Prêtre¦ (sic : il s’agit alors de Simon¦).

Ben Sira est aussi et d’abord un coeur fidèle en amitié, un authentique chercheur de Dieu¦ Pour quoi ne pas aller le voir, discuter avec lui, faire valoir des points de vue nouveaux ? Par dessus tout il se doit d’être homme sincère, capable d’adhérer à des propositions constructives voire nouvelles pour l’idéal religieux qu’il professe et poursuit. Sa capacité à authentifier les vrais prophètes est au centre de toute son oeuvre. « Beaucoup d’hommes sont haut placés et glorieux, mais c’est aux humbles que le Seigneur révèle ses secrets ». A priori, il n’aurait aucune raison de ne pas nous écouter¦ et pourtant le fera-t-il vraiment, jusqu’à défier les « autorités » ?

Sans doute est-il ici paternaliste : « Mon fils, accomplis toute chose dans l’humilité, et tu seras aimé plus qu’un bienfaiteur ». Mais lorsque l’amitié s’est nouée, elle est pour toujours : « N’abandonne pas un vieil ami, nous dit-il, le nouveau venu ne le vaudra pas. Vin nouveau, ami nouveau, laisse-le vieillir, tu le boiras avec délices » Si 9,10. Remuer et faire évoluer nos communautés locales ne se situeraient pas d’abord du côté des idées, mais des relations entretenues au fil du temps. Vaste et impossible programme, vues les urgences ?

A nous seraient imposés patience, recul et longueur de temps¦ A eux est dictée une vraie capacité d’écoute et d’accueil¦ Si ensemble nous pouvions exprimer ces souffrances communes, car pour les uns et les autres, voir venir les nouveaux est une espérance tandis que chacun peut se sentir coupable de voir le plus grand nombre partir « sur la pointe des pieds »¦

© Jean Doussal

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