Parution : 22 novembre 2007
La barque de Pierre ou le Titanic ?
Par Golias

Des thérapies sauvages initiées et pratiquées dans la communauté des Béatitudes sont aujourd’hui dénoncées par leurs victimes. Les personnes s’y font piéger au nom de leur foi, dans l’Eglise, en se croyant dans une démarche spirituelle.

La confusion qui découle du mélange des plans psychologique et spirituel, permet aux thérapeutes “ pardon aux dérapeutes - de la foi de s’interposer entre la personne et Dieu, entre la personne et sa famille. Il entre ainsi par effraction dans le vécu familial qu’il interprète au nom de Dieu et selon son bon vouloir. Des pratiques qui brouillent la mémoire par des techniques induisant de faux souvenirs qui vont remplacer le vécu. Avec les dégâts humains que l’on constate.

Dans ces « dérapies débilo spirituelles », la blessure remplace le péché, la dérapie le chemin de conversion, la guérison remplace la sainteté. Dans ce tour de passe-passe primaire Jésus est devient le grand guérisseur d’adeptes réduits à leur seul nombril. On retrouve tous les ingrédients du nouvel âge qui font de ce néo-catholicisme débilo-psychologisé la nouvelle religion romaine de l’Ere du Verseau. Elle n’est pas née d’une génération spontanée puisque sa gestation a été longuement couvée et abritée dans de nombreux diocèses d’Evêques protecteurs dont la séduction pour ces nouvelles oeuvres annihile l’esprit critique. Ils auraient du savoir que séduction rime avec réduction puisque l’ennemi de Dieu est le grand Séducteur. Le menteur.

O๠est la pensée construite ?

Ces pratiques galopantes qui font appel à l’irrationnel et au merveilleux dans le ressenti épidermique du moment, se banalisent dans l’Eglise non seulement dans les communautés, dans les grands rassemblements et les groupes de prière mais pénètrent depuis longtemps dans des monastères. On pourrait croire les couvents à l’abri dans leur vie de prière mais si le responsable séduit, ouvre la porte, tout devient possible. De la même manière on reste étonné que des journalistes sortent des papiers aussi stupides qu’admiratifs. Stupides parce qu’ils ne sont l’écho que de leur seul ressenti, admiratifs parce que la séduction remplace la raison. C’est grâce à ces réseaux porteurs et référentiels qui sécurisent le catho lambda en déconnectant son esprit critique, que le phénomène avance.

O๠sont les responsables ?

Mgr Carré connaît toutes ces déviances depuis mars 2001. Il était à cette époque le seul responsable des Béatitudes dont il était l’ardent défenseur puisqu’en septembre 2002, dans une réponse à l’Unadfi qui avait publié un article sur les dérives des Béatitudes Mgr Carré parlait de diffamation. C’est donc lui qui a mené cette communauté jusqu’à sa reconnaissance, ad experimentum pour cinq ans, par Rome en décembre 2002. Une communauté pour le moins déviante considérant déjà les victimes déniées pour la cause. Mais il suffisait de lire les écrits de son fondateur Ephraïm qui ne cachait pas ses déviances dans une foi chamanisée amalgamée à toutes ses théories « évangélisées » version nouvel âge néo catho pour constater qu’il n’était plus dans la foi catholique.. Nous avons même appris dans le discours fait le jour de la reconnaissance qu’il avait eu la « révélation » de la fondation dans une église évangélique. Tous les chemins mènent à Rome, la preuve en est faite puisque qu’Ephraïm y était encensé à la première place. Un monsieur qui fait tâche aujourd’hui sur la séductrice façade qui se fissure de partout¦

Que fait l’institution ?
Une institution informée à son plus haut niveau mais qui préfère ne pas être dérangée et pour cela veut faire confiance à ces gourous déviants qui susurrent d’une voix douce et sécurisante qu’ils sont de pauvres victimes innocentes de personnes paranoïaques. D’ignominieuses calomnies proférées par les gourous, ce qui reste un procédé habituel à toutes les sectes. Salir les personnes qui dénoncent en les faisant passer pour fous permet de les décrédibiliser. Mais aux yeux de qui ? Car les pouvoirs publics ne s’y sont pas trompés. C’est donc derrière ce misérable paravent que pensent se cacher les responsables¦
Plusieurs questions cependant doivent leur être posées :
- Comment se fait-il que les victimes supposées paranoïaques aient eu suffisamment de discernement, d’analyse et de jugement pour démonter et analyser les déviances psycho spirituelles et suffisamment de courage pour les dénoncer ?
- Comment se fait-il que ces hautes personnalités n’en aient rien vu ? ¦
- Comment se fait-il que ces mêmes personnes aient pu rencontrer et aider des victimes et que ces mêmes personnalités ignorent des personnes brisées ?
L’humanité et la charité, c’est bien connu ne se trouvent que dans l’humilité. Tout comme la raison et l’intelligence ne peuvent être éclairées que par la charité.

Nous souhaiterions entendre aujourd’hui un seul responsable d’Eglise nous dire « oui, j’assume la responsabilité de ce que l’Eglise a laissé faire et je suis prêt à aider les victimes » O๠se trouve un tel homme alors que les Béatitudes ont embarqué les forces vives de l’Eglise non pas dans la barque de Pierre mais dans le Titanic¦ Il faut se rappeler que dans la cale de cet orgueilleux navire était inscrit « Ni Dieu, ni maître ». Ce qui semble être le comportement fou de tous ces déviants dans leur toute puissante narcissique qui détruit l’amour en pervertissant l’intelligence et le raisonnement. Il faut se souvenir aussi du nombre de victimes de ce naufrage. Et curieusement pendant que les soutes prenaient l’eau, on dansait dans les salons¦Un désastre dont l’histoire garde la mémoire.

C’est pourquoi il est temps que l’Eglise nous dise dans quel bateau elle fait la traversée. Est-ce la barque de Pierre, l’humble pécheur de Galilée ou l’orgueilleux Titanic ?

Nina Bessi

MIGUEL UNAMUNO & LA GUERRE D’ESPAGNE

S’il voulait qu’on parle (encore) de lui et de son initiative malheureuse ce fut un succès : la lecture imposée ou fortement suggérée de la lettre de Guy Moquet a suscité tout compte fait pas mal de réactions et souvent des plus saines. N’avez-vous pas l’impression d’avoir quelque peu joué les voyeurs passifs dans cette affaire. Car, enfin, de quoi s’agissait-il ? Voilà une lettre émouvante pour le moins qu’un gamin adresse à ses parents quelques heures avant d’être fusillé comme otage. Même pas comme auteur d’un acte de guerre, mais comme otage, ce qui doit être ressenti comme encore plus absurde et plus injuste.

Ces derniers mots, d’une force et d’une simplicité désarmante étaient destinés à ceux qu’ils quittaient et non à servir de faire valoir à un président en mal de récupération de symboles. Il y a au départ quelque chose de malsain dans cette opération de "communication" et on ne peut que remercier les enseignants qui ont eu à coeur de refuser, sous des formes diverses, une certaine forme de complicité.

Faut-il faire grief au président de la République de n’avoir pas le même degré de culture que son prédécesseur ? A l’évidence, il n’a pas été élu sur ce critère même si c’est bien dommage car ce "plus" aurait déjà pu lui éviter quelques bourdes magistrales ( que peuvent même commettre en d’autres circonstances des personnages dotés en la matière d’un solide capital : Benoît XVI en est le parfait témoin).

Mais puisque nous en sommes à construire l’Europe dans le cadre d’un traité maintenant simplifié, les collaborateurs de Nicolas Sarkozy feraient bien d’aller patrouiller dans les lettres espagnoles et de prêter quelque attention à la dernière leçon de Miguel de Unamuno, à Salamanque, pendant la guerre civile. Le texte est magnifique, il est lourd de sens, bien au delà d’une émotion facile, trop facile pour ceux qui, répétons le, ont quelque peu joué les voyeurs dans cette affaire. Dans un monde o๠le clinquant et l’intoxication tiennent le haut du pavé il est indispensable “ et urgent “ d’accepter de telles "leçons".

œVous êtes tous suspendus à ce que je vais dire. Tous vous me connaissez, vous savez que je suis incapable de garder le silence. En soixante treize ans de vie, je n’ai pas appris à le faire. Et je ne veux pas l’apprendre aujourd’hui. Se taire équivaut parfois à mentir, car le silence peut s’interpréter comme un acquiescement. Je ne saurais survivre à un divorce entre ma parole et ma conscience qui ont toujours fait un excellent ménage.

Je serai bref. La vérité est davantage vraie quand elle se manifeste sans ornements et sans périphrases inutiles. Je souhaite faire un commentaire au discours, pour lui donner un nom, du général Millan Astray, présent parmi nous. Laissons de côté l’injure personnelle d’une explosion d’invectives contre basques et catalans. Je suis né à Bilbao au milieu des bombardements de la seconde guerre carliste. Plus tard, j’ai épousé cette ville de Salamanque, tant aimée de moi, sans jamais oublier ma ville natale. L’évêque, qu’il le veuille ou non, est catalan, né à Barcelone.

On a parlé de guerre internationale en défense de la civilisation chrétienne, il m’est arrivé jadis de m’exprimer de la sorte. Mais non, notre guerre n’est qu’une guerre incivile. Vaincre n’est pas convaincre, et il s’agit d’abord de convaincre ; or, la haine qui ne fait pas toute sa place à la compassion est incapable de convaincre¦On a parlé également des basques et des catalans en les traitant d’anti-Espagne ; eh bien, ils peuvent avec autant de raison dire la même chose de nous. Et voici monseigneur l’évêque, un catalan, pour vous apprendre la doctrine chrétienne que vous refusez de connaître, et moi, un Basque, j’ai passé ma vie à vous enseigner l’espagnol que vous ignorez.

(Premières interruptions, « Viva la muerte ! » etc)

Je viens d’entendre le cri nécrophile « Vive la mort » qui sonne à mes oreilles comme « A mort la vie ! » Et moi qui ai passé ma vie à forger des paradoxes qui mécontentaient tous ceux qui ne les comprenaient pas, je dois vous dire avec toute l’autorité dont je jouis en la matière que je trouve répugnant ce paradoxe ridicule. Et puisqu’il s’adressait au dernier orateur avec la volonté de lui rendre hommage, je veux croire que ce paradoxe lui était destiné, certes de façon tortueuse et indirecte, témoignant ainsi qu’il est lui-même un symbole dela Mort.

Une chose encore. Le général Millan Astray est un invalide. Inutile de baisser la voix pour le dire. Un invalide de guerre. Cervantès l’était aussi. Mais les extrêmes ne sauraient constituer la norme Il y a aujourd’hui de plus en plus d’infirmes, hélas, et il y en aura de plus en plus si Dieu ne nous vient en aide. Je souffre à l’idée que le général Millan Astray puisse dicter les normes d’une psychologie des masses. Un invalide sans la grandeur spirituelle de Cervantès qui était un homme, non un surhomme, viril et complet malgré ses mutilations, un invalide dis-je, sans sa supériorité d’esprit, éprouve du soulagement en voyant augmenter autour de lui le nombre des mutilés. Le général Millan Astray ne fait pas partie des esprits éclairés, malgré son impopularité, ou peut-être, à cause justement de son impopularité. Le général Millan Astray voudrait créer une nouvelle Espagne- une création négative sans doute- qui serait à son image. C’est pourquoi il la veut mutilée, ainsi qu’il le donne inconsciemment à entendre.

(Nouvelles interruptions » A bas l’intelligence ! « etc.)

Cette université est le temple de l’intelligence et je suis son grand prêtre. Vous profanez son enceinte sacrée. Malgré ce qu’affirme le proverbe, j’ai toujours été prophète dans mon pays. Vous vaincrez mais vous ne convaincrez pas. Vous vaincrez parce que vous possédez une surabondance de force brutale, vous ne convaincrez pas parce que convaincre signifie persuader. Et pour persuader il vous faudrait avoir ce qui vous manque : la raison et le droit dans votre combat. Il me semble inutile de vous exhorter à penser à l’Espagne. J’ai dit. »

Ce fut la dernière apparition publique de Miguel de Unamuno. Retiré de la vie publique il mourut peu de temps après.

Paul Gauthier

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