Parution : 2 janvier 2009
Palestine : la prophétie de Mgr Khodr
Par Golias

à‰vêque orthodoxe du Mont-Liban, Mgr Georges Khodr, reste, à 85 ans, une des grandes figures de l’arabité chrétienne. Son rôle a été grand dans le renouveau de l’orthodoxie au Proche-Orient. Mais il reste très engagé dans l’oecuménisme et le dialogue avec l’islam. Nous reproduisons ci-dessous la presque totalité de son témoignage à la première Conférence des chrétiens pour la Palestine qui se tint à Beyrouth en 1970 ; elle reste d’une brulante actualité avec les nouveaux et scandaleux massacres perpétrés par Israà« l dans la bande de Gaza contre la population palestinienne.

Le témoignage que je voudrais apporter ici est lié au souci du renouveau de l’à‰glise en Orient. (...) La notion même de l’à‰glise locale telle qu’elle était vécue dans notre tradition nous tournait non seulement vers le chrétien mais aussi vers le musulman. (...) Nous pourrions théoriquement être gênés en face de l’engagement historique par une vie liturgique exubérante, exaltante par sa splendeur. Mais cette liturgie même, avec le ferment évangélique qui marqua notre départ, nous livrait à la dimension de profondeur. En nous libérant d’un christianisme étriqué, conceptuel et traumatisé par les déboires de l’histoire, nous nous livrions à la grande catholicité de l’à‰glise, promesse de l’homme transfigué. Notre démarche devint, à partir de l’annonce de la Résurrection, l’affirmation du triomphe de l’homme dans la justice et ce, à partir des structures sociales.

Le souci de l’homme dans sa vie de tous les jours, dans la conjoncture sociale devint nôtre. La justice proclamée dans l’à‰vangile devait être vécue et prophétiquement réclamée. Nous retrouvions d’ailleurs l’accent des Pères qui ont créé les droits des pauvres. L’à‰glise de la grande tradition de l’Orient nous sensibilisait ainsi aux problèmes de l’homme actuel. Nous devenions, au-delà de tout confessionnalisme de stricte obédience le symbole d’un renouveau de toute l’à‰glise syro-libanaise. Placés sous le signe d’Antioche, centre historique et spirituel de notre chrétienté levantine, nous suscitons avec d’autres frères de plus en plus nombreux un noyau de chrétiens de plus en plus sensibles à l’homme jeté sur les routes de l’histoire de cette région du monde. Le 5 juin 19671 fut pour nous le véritable réveil de l’homme. Musulmans et chrétiens étaient unis dans le sang, parce qu’il n’y a pas d’autre sang que le sien qui coule à travers le monde. Le drame de la Palestine se confondait avec celui de la Passion. D’autres Pierre, d’autres Judas reniaient le Christ. Notre sort, notre destin se jouaient donc là . Etre chrétien signifiait se situer par rapport à la Palestine. Elle était pour nous le visage même de l’homme de douleur. Ces hommes, ces femmes rejetés de chez eux vers le désert pour y étouffer c’est-à -dire pour subir la mort même que Jésus subit constituaient « l’à‰glise sous les tentes » selon une ancienne expression de la littérature spirituelle de notre pays. L’à‰glise n’était plus seulement la communauté des baptisés mais l’ensemble de tous les persécutés de la terre. Ainsi je ne me définis plus simplement par rapport à un dogme mais par rapport à une blessure. La Palestine devient ainsi un critère de loyauté à l’égard du Christ.

Le destin de l’homme arabe

Aujourd’hui c’est sur cette terre et à cause d’elle que se joue le destin de l’homme arabe. C’est lui qui est descendu aux enfers.Tous ceux qui sont descendus aux enfers appartiennent au Christ. Entre ces hommes qui aspirent à leur liberté et à la justice se sont noués ces liens d’arabité. Je n’ai pas de définition essentialiste ou nationaliste de l’arabité. Je la saisis à l’heure actuelle comme une communauté de souffrance. Mais elle était dès le début, sur le plan de la culture, comme une promesse d’universalité. Dans un congrès tenu récemment au Liban entre des représentants de diverses religions, un intellectuel musulman d’une grande piété disait : j’ai besoin du chrétien parce qu’il croit à un Dieu qui souffre. Je voudrais proclamer ici que le monde a besoin des arabes à l’heure actuelle pour retrouver chez eux ce Sauveur qui partage leur douleur. Pour ma part j’ai choisi l’Arabité depuis que Jésus de Nazareth est devenu un réfugié palestinien. C’est seulement à l’intérieur de cette Arabité aimante, humble et confiante que l’islam et le christianisme peuvent dialoguer. C’est ici que le rôle du christianisme oriental peut devenir très grand. La chrétienté des démunis de l’Orient arabe, la chrétienté qui ne s’identifie pas à la civilisation pseudo-chrétienne de l’Occident est capable dans une même lutte pour les humiliés et les offensés de s’adresser à l’islam. Les doux et les pauvres de l’Orient et du Tiers-Monde pourront entraîner l’Occident à un oecuménisme en profondeur. Toute cette à‰glise régénérée ensemble pourra parler aux Juifs restés pauvres.

En attendant, la violence continue. Il ne s’agit point pour l’à‰glise de donner à ce fait un statut théologique. Dans ce monde de la chute les non-violents sont d’une exceptionnelle valeur. Il ne s’agit pas davantage dans le monde de la chute de confondre un peu trop facilement la non-violence avec la paix du royaume. La force est un fait de l’ordre politique et historique. Elle entre comme une plaie dans la chair d’un peuple. C’est elle qui nous choisit. L’action de l’à‰glise chrétienne est moins d’adopter une attitude doctrinale à l’égard du fait révolutionnaire que d’être une force d’amour, de service et de consolation auprès de ceux que la lutte a choisis comme révolutionnaire. L’à‰glise reste elle-même, aussi bien dans les situations les plus tendus de l’existence que dans les temps de paix. L’à‰glise n’est ni révolutionnaire ni conservatrice. Cette liberté à l’égard des structures établies comme des structures qui se font, constitue l’élément majeur de notre renouveau ecclésial et partant du salut du monde ».

1. Le 5 juin 1967 marque le début de la guerre dite des Six Jours qui aboutit à l’occupation de la Cisjordanie, de Gaza, du Sinaï et du plateau du Golan ; cette occupation provoque un nouvel exode de Palestiniens.

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