Parution : 5 février 2009
Les cinq graves erreurs de Benoît XVI
Par Golias

La décision de Benoît XVI de lever l’excommunication des quatre prélats sacrés par Marcel Lefebvre en 1988 se présente comme choquante, dans la mesure o๠elle exprime le revirement de la "Rome actuelle" (pour parler comme les intégristes) par rapport à Vatican II. Outre le scandale suscité par les propos négationnistes de l’un des quatre évêques consacrés, qui exigeraient à l’évidence une sanction très sévère, faute de laquelle les excuses du pape ne seront guère convaincantes. Sur le fond, c’est une très grave erreur qui vient d’être commise, à plusieurs niveaux.

Une erreur théologique, d’abord. En effet, le schisme se compose d’abord d’une scission de la communion de l’Eglise, avant d’être une désobéissance à l’égard de la personne du pape. Le schisme est une rupture avec le corps vivant formé par l’assemblée chrétienne. C’est pourquoi, les déclarations, plus ou moins sincères, d’allégeance dévote à la personne de l’évêque de Rome, de la part de ceux qui ne sont même pas ses diocésains, ne suffisent pas à recoudre la tunique déchirée. Benoît XVI, se coupant lui-même de plus en plus de l’Eglise vivante par son intransigeance bornée et par le refuge qu’il semble chercher dans le retour à un faste parfois carnavalesque de char de "Gay Pride" (le Pape est dans "sa bulle"), sans même parler de sa croisade anti-relativiste, perd de plus en plus toute crédibilité doctrinale à défaut d’alimenter son Magistère de cet échange permanent qui doit circuler au sein de l’"ekklesia" christique et... trinitaire !
Une erreur canonique, car la levée d’une semblable peine supposait une évolution de fond quant à la raison pour laquelle la condamnation a été portée, sauf si cette dernière devait être reconnue comme abusive ou invalide. Or, ce n’est pas le cas ! En 1988 déjà , l’archevêque rebelle Marcel Lefebvre multipliait les déclarations de soumission dans l’abstrait au Pontife romain.

Une erreur pastorale ensuite car le retour des uns pourrait bien s’accompagner de défections plus nombreuses. Prenant arbitrairement partie en faveur d’une frange extrémiste, arrogante, politisée et sectaire du catholicisme sociologique (et non de la communion ecclésiale), le pape Benoît épouse ainsi la logique de secte et de schisme qui ne peut au bout du compte que susciter d’autres initiatives de rupture, fà »t-ce en un sens diamétralement opposé.
Une erreur historique, car elle suppose que l’éloignement d’un grand nombre de nos contemporains du christianisme et surtout du catholicisme est une conséquence de certaines évolutions au sein de ce dernier, alors que c’est l’inverse qui est vrai. Si le monde se sécularise, si les églises se vident et si les candidats ne se bousculent guère aux portes des séminaires, c’est en raison, non du Concile, mais d’une crise (d’une mutation importante) globale de civilisation, dont les premiers soubresauts se situent très loin dans le temps, comme l’a bien analysé Paul Hazard, grand historien des mentalités. Le Concile, voulant un "aggiornamento" a cherché bien plutôt à y répondre, peut-être avec une audace insuffisante, car beaucoup de compromis ont été faits en faveur des conservateurs de ce temps, et certainement "trop tard" car le train de la modernité et de la sécularisation était déjà lancé.

Une erreur sociologique, car le très conservateur Joseph Ratzinger, effarouché par mai 68, ne sait lire les signes des temps que de façon arbitrairement négative. Un monde s’effondre ; un autre naît. L’arbre tombe, mais la forêt reverdit. A titre personnel, cela est excusable, mais alors quelle erreur fut celle de ceux qui lui confièrent les clés de Saint Pierre destinées à ouvrir des portes et non à bétonner des fenêtres. Incapable de dépasser certains schèmes mentaux rigides, l’intellectuel surévalué qu’est Joseph Ratzinger se contente d’oppositions binaires d’une affligeante indigence spéculative, opposant ainsi l’autonomie de l’homme et l’exaltation de Dieu, sans voir qu’il s’agit d’une problématique complexe, qu’il est envisageable d’articuler autrement, car la gloire de Dieu c’est l’homme vivant (dixit Irénée de Lyon tout de même).

En définitive, il était logique que le pape actuel en vienne à cette réhabilitation, même partielle. Le mouvement profond de sa pensée, qui oriente ses initiatives diverses et variées déclinées petites touches par petites touches, est une fuite d’un monde qui devient de plus en plus mauvais, dans la ligne de l’"augustinisme" sensibilité religieuse pessimiste et incapable de faire confiance à la nature et aux hommes.

Une sensibilité que ne renia jamais totalement le théologien Ratzinger, même à ses heures d’ouverture et d’audace et avec laquelle il renoue de façon plus nette avec l’âge. C’est son point commun "théologique" avec l’intégrisme (au-delà de sa sensibilité liturgique traditionnelle). La peur du monde et de la vie qui justifie une citadelle bien fortifiée et protectrice. Benoît XVI et ses nouveaux "graciés" oublient simplement que l’histoire n’a jamais connu de citadelle absolument imprenable et toujours inexpugnable. Une autre erreur.
Golias

| © Le site officiel de GOLIAS pour les informations d’actualité 2009-2017 | Fait avec : SPIP et Thélia plugin thelia |

| Courriel à la Rédaction | RSS RSS | Adresses Postale et bancaire | Mentions légales | à propos de Golias |

article jeune