Parution : 12 février 2009
Le hold-up intégriste stoppé par le peuple de Dieu
Par Golias

Face à un tollé aussi général, en train de s’intensifier et de prendre une ampleur inégalée, la Secrétairerie d’Etat a été contrainte de publier une note explicative le 4 février exigeant de l’évêque Williamson qu’il se rétracte, condition pour lui à l’exercice futur - seulement éventuel d’ailleurs - d’un ministère dans l’Eglise. Le texte rappelle aussi que "le Saint Père s’attend à ce que les quatre évêques fassent preuve d’une égale disponibilité en totale adhésion à la doctrine et à la discipline de l’Eglise". Sauf que, depuis, Mgr Williamson persiste et signe en demandant des preuves sur l’existence de la Shoah...

Les points mis sur les "i" enfin ! : "La levée de l’excommunication a libéré les quatre évêques d’une peine canonique très grave, mais elle n’a pas changé la situation juridique de la Fraternité Saint-Pie X qui, à l’heure actuelle, ne jouit d’aucune reconnaissance canonique dans l’Eglise catholique." Cette notification, en regard du discours des intégristes qui refusent toujours d’accepter Vatican II et plus encore le combattent furieusement, permet de parvenir à un pronostic désormais clair à Rome et ailleurs : la réintégration des intégristes se heurte à une impasse. Le coup est raté.

Interrogé sur le décret levant l’excommunication, le jésuite Federico Lombardi, porte-parole du Saint-Siège, estime quant à lui que les données n’étaient pas claires, façon subtile de se renier : "Le problème de ce décret, c’est qu’il a été négocié jusqu’au dernier moment et que certains points restaient confus [Ce qui confirme que le processus de négociation aurait pu être
stoppé ; les propos de Mgr Williamson étant connus la veille et diffusés par radio Vatican !, voir plus loin nos informations NDLR] Il ne marquait pas l’aboutissement d’un processus, mais une étape, donc sans donner un résultat clair. Cependant, le communiqué l’accompagnant laissait trop d’aspects dans le doute, donnant lieu à diverses interprétations. De plus, comme il s’agit d’une négociation avec une autre partie, le document se trouvait déjà sur certains sites et journaux. Nous n’avions pas en main la maîtrise de cette communication."

Au sujet des abjects propos de l’évêque Williamson, le père Lombardi ajoute : "Sans doute les personnes qui ont géré cette affaire n’avaient-elles pas conscience de la gravité des propos de Mgr Williamson. Il est vrai que les négociations ont été menées avec Mgr Fellay. Mais les positions des autres évêques n’ont pas été suffisamment prises en compte. Ce qui est sà »r, c’est que le pape l’ignorait. S’il y en a un qui devait le savoir, c’est le cardinal Castrillon Hoyos."

Ce dernier aveu est éloquent : le fusible Castrillon Hoyos va sauter. La Secrétairerie d’Etat a signé sa mise à l’écart et son désaveu (tacites bien entendu). Le pape lui-même devrait renoncer à appuyer le cardinal colombien. Enfin, le dernier mot du père Lombardi confirme le changement radical de la donne : "On ne peut certainement pas penser progresser dans une voie de réconciliation sans lever les ambiguïtés." Rome ne peut plus et ne veut plus brader le Concile. L’opinion publique qui existe bien, y compris dans l’Eglise, est devenue trop forte. C’est une bataille perdue sur tous les fronts par
Benoît XVI.

Benoît XVI enfermé dans sa bulle

Selon nos informations, pour l’immense majorité de ceux qui travaillent au Vatican, cet échec, et sur fond d’incroyable scandale, avec en outre l’intervention de responsables civils comme Angela Merkel, sonne le glas de ce piteux pontificat du pape Ratzinger.

Désormais, Benoît XVI est plus seul que jamais, enfermé dans sa bulle, déconnecté du monde, enlisé dans des certitudes sclérosées, pétrifié dans ses peurs et cultivant l’autisme, y compris à l’endroit de ses plus proches collaborateurs. Il aura été l’un des papes les plus désastreux de toute l’histoire de la chrétienté. Le pontificat de Benoît XVI sera à jamais entaché par une telle décision. Conséquence ultime, et sans doute fort cruelle d’un entêtement récurrent et d’une politique ecclésiale de restauration intransigeante d’un modèle passé, évidemment sans avenir.

Jamais encore ne régna en nos temps contemporains un tel sentiment de
désolation à la Curie, même aux périodes critiques du pontificat d’un Karol Wojtyla peu porté sur l’art de gouverner. Les cardinaux qui ont inconsidérément porté le cardinal Ratzinger, contre tout bon sens, à la tête de l’Eglise, s’en mordent désormais les doigts. L’ultra-conservatisme de cet esthète vivant loin du monde et des hommes aurait pourtant dà » les alerter.
Mais, on le sait, et un mystérieux cardinal italien l’a confirmé dans un livre assez récent, la peur est mauvaise conseillère. A prendre le capitaine le plus craintif, on multiplie les risques du naufrage que l’on voulait éviter, avec un discrédit complet en prime.

Benoît XVI décide de tout, tout seul. "Il mène la barque de Pierre à la gaffe", pour reprendre le jeu de mot de Mgr Duchesne, grand historien français, au sujet du pontificat de Pie IX. Il ne consulte personne. Pourtant l’impair de la conférence de Ratisbonne, camouflet pour les musulmans, aurait pu l’inciter à plus de prudence. C’est lui, seul, avec les deux prélats incapables et bornés qui dirigent la Commission "Ecclesia Dei" (pour peu de temps encore nous l’espérons) Dario Castrillon Hoyos et Camille Perl, honnis de presque tous dorénavant à la Curie, qui a mis sur pied cette stratégie de tous les dangers, et qui ne pouvait que tourner court, ignorant, volontairement le sens véritable des combats des quatre prélats excommuniés.

Les diplomates du Saint-Siège sonnaient le tocsin depuis longtemps. Arrivé en 2006, le cardinal Tarcisio Bertone, actuel secrétaire d’Etat, est un religieux qui ne connaissait rien à la dimension politique, car voyageant à travers la planète, survolant les dossiers, écartant les hommes de bon sens aux compétences affirmées pour promouvoir des conservateurs qui n’avaient souvent pour qualité que d’être tels, s’entourant de petites pointures ineptes, comme l’inconsistant Martin Viviès de la communauté Saint Martin, auquel il voulait même confier la tête de toute la section francophone de la Secrétairerie d’Etat.
Il est probable que Castrillon Hoyos et Perl soient les premiers à faire les frais de ce désastre. Ne pas avoir averti Benoît XVI des risques évidents d’absoudre des prélats dont ils connaissaient les orientations et les déclarations va bien au-delà d’une simple faute professionnelle. Mgr Williamson n’avait jamais caché son aversion pour le judaïsme. Il a défendu publiquement l’authenticité des Protocoles des Sages de Sion, un texte odieux qui multiplie les accusations ridicules contre les juifs, document fallacieux d’un prétendu complot de "sages juifs" pour anéantir la chrétienté et écraser le monde entier, un temps exploité par l’antisémitisme russe. En 1989, au Canada, l’évêque Williamson a risqué un procès pour avoir dit du bien des livres d’un auteur négationniste, Ernst Zundel. Après le 11 septembre 2001, il a adhéré aux thèses du complot comme explication de la destruction des Twin Towers. Un clic sur Google suffisait pour retrouver ces précédents.

Nous voulons donc conclure sur une note positive d’espoir et d’attente active du futur. D’une certaine façon, l’échec de cette tentative avortée d’oublier Vatican II manifeste un regain de vigueur et de liberté critique dans l’Eglise, y compris parfois de la part de personnes dont on ne l’espérait plus guère, comme le cardinal Christoph Schà¶nborn. Il serait dommage de confondre l’Assemblée christique en marche, le peuple de ceux qui cherchent à aimer, avec quelques quarterons de prélats hors du monde et du temps. Par son obstination et ses décisions solitaires, Benoît XVI ne compromet pas l’Eglise mais un système, faussement confondu avec elle, qui prend désormais l’eau de toute part et qui a peu à voir avec la libre pérégrination des disciples du Nazaréen. A l’évidence, la ligne Benoît XVI débouche sur une impasse. La barque de Pierre, tel un bateau ivre, erre désormais sur les flots. L’occasion peut-être de laisser le Saint Esprit, vent de l’Evangile, souffler à nouveau dans ses voiles.

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