Parution : 16 février 2009
Légionnaires du Christ : La double vie de leur fondateur
Par Golias

La polémique dure en fait depuis des années : les accusations les plus graves n’ont cessé de pleuvoir sur le Père Marcial Maciel.

Selon plusieurs témoignages fort crédibles, ce redoutable fondateur des Légionnaires du Christ, congrégation religieuse très conservatrice, au verbe triomphaliste et aux exigences musclées, aurait commis des actes pédophiles, et y aurait ajouté un acte sacrilège absolvant ses partenaires de turpitude, et leur imposant bien entendu le silence. D’autres rumeurs s’étaient multipliées sur la vie de cet ecclésiastique très discuté et controversé. Lequel cependant continua longtemps à jouir de la protection ininterrompue du puissant cardinal Angelo Sodano, Secrétaire d’Etat de Jean-Paul II, et d’autres prélats de grande influence, comme le cardinal colombien Dario Castrillon Hoyos. Jean Paul II vouait une grande estime au Père Maciel et multipliait les hommages à son endroit. Il n’y a pas de pire cécité que celle de qui ne veut rien voir !

A la différence de Karol Wojtyla, Joseph Ratzinger n’était pas animé par une confiance aussi absolue en l’innocence du père Maciel. En 1997, contre l’avis du cardinal Sodano qui ne voulait pas qu’on ouvrît une telle boîte de Pandore, Ratzinger diligenta une enquête confié à un jeune "monsignore" maltais de la congrégation pour la doctrine de la foi, Charles Scicluna. Celui-ci parvint à la certitude morale de la culpabilité de Maciel. Sous Jean Paul II, la lumière resta sous le boisseau. Il fallut attendre l’élection de Benoît XVI pour débloquer les choses. Sans émettre un véritable jugement sur le fond, le Pape Ratzinger lui-même, en mai 2006, émit un décret intimant au Père Maciel l’ordre de quitter la charge de sa famille religieuse et de se "retirer dans la prière et la pénitence". Ce dernier terme était choisi à dessein : il laissait entendre que cette mise à l’écart était la conséquence de graves fautes de l’intéressé.

A présent que l’évidence crève les yeux, les Légionnaires du Christ sont obligés d’admettre la double vie de leur fondateur. Un communiqué vient d’être rendu public au sujet de l’existence d’une fille du fondateur. Il se tait sur les accusations de pédophilie mais il semblerait qu’elles ne fassent cependant plus aucun doute pour personne désormais, même si les Légionnaires refusent de le dire expressis verbis.

Depuis quinze jours déjà , le supérieur de la congrégation, le P. Alvaro Corcuera, d’origine mexicaine, a commencé à en informer les responsables du mouvement. La nouvelle est tombée comme la foudre en plein ciel : le Père Maciel, décédé en janvier 2008, déjà en disgrâce, avait eu en outre une liaison avec une femme, de laquelle était née une fille, née à la fin des années 1980. Le fondateur des Légionnaires était alors largement sex(agénaire).

Le 3 février, le New York Times révélait publiquement cette paternité du P. Maciel. Serait également à l’ordre du jour une demande de la fille en vue de l’héritage.

En réalité, la reconnaissance, même en bonne part simplement tacite, ou du moins fort peu explicite, du caractère déplacé de la conduite du Père Maciel s’inscrit dans un long chemin parsemé d’obstacles. Considéré comme une star et comme un saint, Marcial Maciel a retrouvé difficilement ses vraies dimensions dans l’esprit de ceux qu’ils avaient fascinés et séduits. Personnage charismatique et d’une intelligence très pénétrante, le Père Maciel savait emporter l’adhésion. C’était un pédagogue né. Au service de la cause du catholicisme le plus intransigeant.

Ne pouvant une fois pour toutes faire taire leurs soupçons, les Légionnaires du Christ se sont résolus en définitive, après moult tergiversations, à entreprendre une enquête interne sur divers points. En fait, le Supérieur des Légionnaires, le Père Alvaro Corcuera n’avait guère le choix ! L’existence de la fille du Père Maciel constituait une bombe médiatique prête à exploser et donc Corcuera cherchait au moins à neutraliser les effets.

Avec plus de franchise, le Père Jim Fair, porte-parole américain des Légionnaires aborde de front les accusations portées contre Maciel de pédophilie : "il est juste de considérer que ces accusations devaient avoir une crédibilité. » Tout le monde en est convaincu à Rome mais personne n’a osé le dire. A une timide exception cependant : le P. Thomas Williams, Légionnaire du Christ américain vivant à Rome et professeur de théologie à l’Université pontificale Regina Apostolorum, s’exprime ainsi : « il est devenu clair que certaines des accusations étaient fausses de manière évidente (contradictions de dates, de lieux, etc.), alors que d’autres semblaient plausibles, voire même probables. Il est impossible de dire ce qui est arrivé dans le passé. Parmi ces accusations, je ne sais lesquelles sont les plus probablement vraies, mais ce qui semble évident, c’est que certaines d’entre elles doivent en effet être vraies. »

Le rigorisme moral pour le moins abrupt des Légionnaires rend d’autant plus criant l’écart entre ce qui est prêché et la vie personnelle du fondateur. Le Père Corcuera n’en est aucunement dupe : " la tempête va durer, notamment aux à‰tats-Unis, et aussi au Mexique. La porte est ouverte, et sans doute d’autres vont venir témoigner contre lui, nous n’en avons pas fini¦ ». En effet.

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