Parution : 2 juillet 2009
Biarritz : la sortie du maire contre l’évêque

La deuxième partie du mois de juin voit fleurir un peu partout des Gay Pride. A Paris, cette manifestation est presque devenue habituelle, de sorte qu’on la remarque à peine.

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En Province, plus récente, elle marque au contraire une sortie des placards de nombreux homosexuels alors qu’y vivre son homosexualité au grand jour est beaucoup plus difficile et délicat. Il suffit de mentionner simplement le suicide de nombreux ados en crise à cause de leur gaytitude.

Les évêques ne semblent guère sensibles à cet aspect des choses, au moins ouvertement. La plupart se gardent cependant bien de faire la moindre allusion à la manifestation, sinon du bout des lèvres. Plus intransigeant, et sans doute proche du traditionalisme, Mgr Marc Aillet, évêque de Bayonne, entend quant à lui réagir.

Récemment, à Biarritz, ville qui se trouve sur le territoire de son diocèse, les gays et leurs amis se sont mobilisés pour une « marche des fiertés » (particulièrement réussie). Au sein du défilé, on remarquait les Soeurs de la Perpétuelle Indulgence, un groupe de gays habillés en religieuses de Saint-Vincent-de-Paul (mais avec un look tout de même amélioré) qui militent pour un combat plus actif contre la pandémie du Sida. Manifestement dépourvu du sens de la dérision, oubliant qu’il s’agit d’une sorte de « carnaval » au sens le plus vrai du terme, Mgr Marc Aillet s’est indigné de ces tenues vestimentaires, qualifiant, dans une lettre du 18 juin, la participation de ces « soeurs » de « véritable outrage pour la foi catholique ».

Il dénonce également « les revendications tapageuses d’une infime minorité de nos concitoyens ».

Un évêque anti-gay pride auquel a répondu vertement le maire centriste de Biarritz, Jean Borotra : « Je ne peux vous cacher que j’ai eu honte à la lecture de votre lettre du 18 juin. De toute évidence, vous ingorez les lois de la République, c’est dommage ! En tant qu’homme politique, je ne me mêle jamais des affaires de l’église et je vous conseille d’en faire autant concernant les affaires de la mairie. Nous n’avons pas la même conception de la liberté, notamment d’expression et de manifestation. Il s’agit pourtant d’un droit élémentaire dans tous les pays démocratiques. »

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Biarritz : la sortie du maire contre l’évêque 3 juillet 2009 13:25, par Luc le Belge

Le commentaire de Gay Kosmopol en forme de lettre ouverte à Monseigneur Aillet

Monseigneur Aillet, sans doute n’avez vous pas beaucoup fréquenté les bonnes Soeurs de la Perpétuelle Indulgence pour tenir de pareils propos . Avant de juger les personnes, peut-être serait-il judicieux que vous les rencontriez dans un esprit d’ouverture et de dialogue.
Voici d’abord quelle est la raison sociale des Soeurs. Nous reprenons ici la page d’introduction du site des Soeurs du couvent de Paname, les surlignements sont de notre fait :

L’ordre des Soeurs de la Perpétuelle Indulgence fut créé à San Francisco, le samedi de Pâques 1979 par un groupe de militants homosexuels. Depuis, partout dans le monde, des Couvents se sont ouverts : aux Etats-Unis, en Australie, en Amérique du Sud et en Europe, à Londres, Paris (1991), ...

Partout, les Soeurs font voeux d’aider leur communauté et la société entière, de lutter contre les exclusions, de prôner la tolérance, la non-violence et la paix, de lutter contre le SIDA en apportant leur aide charitable. Elles répandent à tout moment des messages de prévention par la promotion du sexe sans risque.

Les soeurs de la Perpétuelle Indugence se veulent visibles, outrageantes et même provocantes car elles pensent qu’il est parfois nécessaire de choquer pour faire réfléchir et changer les habitudes.

Mais elles le font toujours dans la joie et dans un esprit de fête !

Les Soeurs du Couvent de Paris ont formé les voeux suivants :

- L’Information et prévention Sida
- La Visibilité et rejet de la honte
- La Promotion de la Joie universelle
- La Tolérance et la Communication entre communautés
- La Charité
- Voeux et droit de mémoire

Pour réaliser ces voeux, les Soeurs de la Perpétuelle Indulgence ont recours au happening, à l’animation théâtrale et costumée dans la rue, les lieux publics et privés. Elles redistribuent à d’autres associations (aide aux malades du sida, prévention-éducation ...) les oboles qu’elles ont recueillies. Elles proposent enfin d’apporter leur soutien à d’autres associations pour leurs manifestations ou leurs campagnes de recolte de dons.

Depuis plus de 10 ans, les folles radicales que sont les Soeurs, accueillent jusqu’à trois fois par an des personnes âgées de quelques mois à 77 ans, touchées directement ou indirectement par le VIH.

Ainsi les Soeurs pratiquent-elles avant tout des actions charitables et de prévention. Il est vrai qu’elles ont choisi la provocation pour attirer l’attention sur la misère humaine, pour récolter des fonds et pour inciter à la prévention. Il est vrai qu’il existe aussi d’autres moyens. Mais même si vous ne marquez pas votre accord sur leurs méthodes, c’est manquer de clairvoyance que de passer à côté de l’amour charitable qui les anime et de l’aide matérielle et psychologique qu’elles apportent à des personnes en profonde détresse physique et morale. Les réduire à leurs costumes et interpréter comme outrageant et blasphématoire leurs interventions publiques est singulièrement réducteur. C’est voir les paille(ttes) du costume et ignorer les poutres d’amour du prochain qu’elles ont dans leurs coeurs, et dont elles se servent pour bâtir des ponts entre les exclus et le monde des bien-portants. Monseigneur, ne jugez pas et ne soyez pas aveuglé par la brillance des costumes. Ce ne sont que des costumes, qu’elles financent de leurs deniers, et ils sont certes moins coà »teux que les moires, les brocarts et les hermines dont se revêt Sa Sainteté. Si vous considériez les coeurs des Soeurs au lieu de vous indigner de leur apparence, peut-être trouveriez-vous là une arche d’alliance avec elles, puisque vous vous réclamez de la compassion. Peut-être pourriez-vous oeuvrer de concert. Monseigneur, les Soeurs ne sont pas des émincences, mais elles pratiquent éminemment la compassion. Le scandale que vous évoquez ne se trouve sans doute pas chez les soeurs mais davantage dans l’oeil du juge. Lorsque Saint François s’est publiquement dévêtu, il a fait scandale, mais nous savons tou.te.s que son intention était de se dépouiller pour se mettre tout entier dans les mains de Dieu. Lorsque les Soeurs se travestissent, elles ne font pas autre chose que d’entrer en compassion et en charité, dans la joie. Se vêtir et se dévêtir participent d’une transmutation vers davantage de coeur.
Affirmer comme vous le faites que l’église respecte éminemment les personnes homosexuelles et compatit avec sollicitude aux souffrances et aux difficultés qui sont si fréquemment les leurs n’est tout simplement pas la vérité. Les exemples en sont légion : l’église ne s’est jamais excusée des persécutions qu’elle a largement contribué à faire exercer ou a exercées elle-même à l’encontre des homosexuels ; sous nos pieds, les cendres des bà »chers sont encore chaudes. Et il n’est pas que le passé qui en témoigne : il suffit de lire les appels de nombreux évêques catholiques africains à leurs gouvernements qui les incitent à criminaliser l’homosexualité, il suffit d’entendre la voix du Vatican qui ne promeut pas la dépénalisation de l’homosexualité dans les pays qui la persécutent, il suffit encore de constater l’interdiction qui est faite aux homosexuels d’entrer au séminaire et de devenir prêtres. Monseigneur, votre compassion ne convainc que vous-même.L’Eglise donne hélas souvent l’impression, et particulièrement dans le chef de sa hiérarchie, que si elle disposait de davantage de pouvoir, elle se remettrait à persécuter les homosexuels.
Par ailleurs, affirmer que la Gay Pride ne rencontre l’écho que d’une infime minorité de gens, c’est là aussi ignorer l’audience populaire de ces manifestations, qui est considérable. Voyez les foules qui se pressent aux Gay Pride de Sao Paolo, de New York, de Paris, de Cologne ou de Berlin, pour ne citer que ces villes. Voyez combien les hommes politiques y sont sensibles, qui octroient des subsides pour leur organisation ou en font la promotion touristique.
Vous choisissez enfin de défendre et de promouvoir un modèle familial qui correspond de moins en moins à la réalité sociologique. La famille est aujourd’hui multiple : traditionnelle, monoparentale, recomposée, homoparentale ou parfois même tout simplement inexistante. Pour beaucoup de malades du Sida qui n’ont plus de famille, parce que celle-ci les a exclus du cercle familial, les Soeurs, les réseaux qu’elles créent et les bénévoles qui les entourent constituent leur nouvelle famille. Comment ignorer cela ? Ces malades rejetés n’ont-ils pas, comme tout être humain, droit à une famille ?
Comme vous l’exprimez si bien, il faut en appeler à la conversion, qui est une ouverture du coeur et une transformation vers plus d’amour du prochain, de tout prochain, y compris du prochain qui manifestera demain dans la joie de la Gay Pride.
Cordialement (avec coeur),
Gay Kosmopol

Voir en ligne : L’évêque de Bayonne attaque la Gay Pride de Biarritz et les Soeurs de la Perpétuelle indulgence

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Totalitarisme laïcard ... 3 juillet 2009 12:07, par Louis Portal

Pour résumer le courtois message de Monsieur le Maire de Biarritz à Mgr Aillet : au nom de la liberté d’expression, on peut organiser toutes les manifestations que l’on souhaite, mais il est interdit de critiquer ces manifestations ! Encore heureux que Monsieur le maire de Biarritz soit "centriste" (?). Je frémis en pensant à ce qui aurait pu se passer s’il avait été stalinien ...

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EN QUOI LE MAIRE EST CONCERNE ? 2 juillet 2009 20:34, par lino

Je viens de lire le communique de Mgr Aillet. Je ne suis pas totalement d’accord avec lui etant moi même homosexuel mais je ne vois rien dans ce texte un mot contre la municipalité de Biarritz. Mgr Aillet rappelle les position de l’Eglise sur le mariage et sur l’homosexualité, et même si j’emet des reserves je ne vois rien dans ce texte de choquant pour un maire.

M. Borotra lui se mêle aussi de ce qui ne le regarde pas. Mgr aillet n’est pas attaquable sur le plan politique Mgr aillet n’ayant pas demandé à la mairie d’interdire la manif.

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Biarritz : la sortie du maire contre l’évêque 2 juillet 2009 17:14, par Guillaume

L’attitude de ce mair est totalement irrespectueuse. Qu’un évèque s’indigne du manque de respect contre l’Eglise Catholique me parait parfaitement normal. Il ne s’agit pas ici de cautionner l’homophobie qui est contraire à l’enseignement de l’Eglise, il ne s’agit pas de juger des personnes, mais un comportement qui pour le coup est contraire à l’enseignement de l’Eglise, contraire à l’idée chrétienne du mariage et de la relation charnelle entre deux êtres.

Et je me demande effectivement ce qu’il en serait si elles étaient sorties avec des burqua en arc en ciel...

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irBiarritz : la sortie du maire contre l’évêque 2 juillet 2009 12:47, par IRIARTE

La publication de votre article appelle quelques remarques.
Tout d’abord, mais peut-être ne le savez-vous pas, la lettre de Mgr Aillet était d’ordre privé. C’est le maire de Biarritz qui a rendu l’affaire publique en faisant parvenir aux journalistes le courrier ci-dessus accompagné de sa réponse.
De nombreux paroissiens n’ont pas manqué d’ailleurs de manifester leur désapprobation devant le ton pour le moins irrespectueux adopté par l’édile de la station balnéaire ! Il est vrai que la lecture de comptes-rendus des conseils municipaux montre à quel point il est difficile pour ce monsieur d’admettre la moindre contradiction.
Sur le fond de l’affaire, la lettre de l’évêque, missive dont vous n’avez peut-être pas eu connaissance, s’en prend non au fait homosexuel en lui-même, mais bel et bien au défilé provocateur de ces "soeurs". Il est difficile en effet de ne pas y voir une quelconque singerie des ordres féminins catholiques. Si ces "soeurs" veulent faire le bien, elles peuvent manifester leur compassion sous une tenue laïque !!
Mais peut-être les remarquerait-on moins et cela serait-il loin de leur but avoué ?
Une dernière question, posée d’ailleurs par Mgr Aillet dans son courrier, que se passerait-il si ces gens-là défilaient affublés de tenues s’attaquant aux religions juive ou musulmane ??
Y aurait-il une fatwa ?

Voir en ligne : Biarritz : la sortie du maire contre l’évêque

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Ah ! la la ! 2 juillet 2009 11:59, par GOUINGUENET Agnès

Monsieur Jean Borotra a bien raison de contrer l’intransigeance cruelle de l’évêque Marc Aillet. N’oublions pas, cependant, qu’il est aussi important de lutter contre l’homophobie de certains hétéros que contre l’hétérophobie de certains homos. J’ai des amis homos non hétérophobes et d’autres amis hétéros non homophobes. Les deux ont autant de belle valeur. Agnès Gouinguenet.

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