Parution : 30 juillet 2009
De l’urgence aujourd’hui de Repenser le christianisme
Par Golias

La période nous semble propice à une réflexion de fond, à une recherche en profondeur, au-delà de l’actualité immédiate et de son cortège de nouvelles quelquefois croustillantes, et parfois désolantes. « Golias » décortique avec un soin gourmand et un esprit volontiers taquin l’actualité immédiate, y compris celle, quelquefois secrète, qui se déroule derrière les murs épais du Vatican. Néanmoins, l’espace d’une pause, il nous semble intéressant de penser et de rêver à loisir. D’imaginer les traits d’un nouveau christianisme, non pas sans doute jusque dans le détail (nous aimons nous laisser surprendre), mais au travers de grands axes qui composent autant de directions à emprunter, en toute liberté, pour inventer l’Evangile de demain.

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Il nous semble d’ailleurs qu’il serait réducteur et bien décevant de s’en tenir à l’aspect institutionnel, aux jeux de pouvoir tout ecclésiastiques. En effet, nous demeurons convaincus que les grands débats et les enjeux les plus déchirants (par exemple la décentralisation ou la liturgie) loin de ne renvoyer qu’à eux-mêmes, expriment sans doute des visions globales de l’Homme et une conception d’ensemble du christianisme et de son articulation à la vie concrète et réelle.

Il serait bien entendu loisible de multiplier les propositions et les suggestions. La vérité a toujours plusieurs faces, complémentaires, et qui plus est évolutives. C’est pourquoi, il nous paraît bien aléatoire et même périlleux de vouloir en quelque sorte tout enfermer dans une seule formulation ou une seule pensée qui s’érigerait en absolu définitif. C’est probablement tout ce qui nous sépare de Joseph Ratzinger, de son combat contre le relativisme de cette volonté d’imposer une ligne intransigeante et disons-le, étriquée. Ne dit-on pas dans nos paroisses de France et de Navarre de Benoît XVI qu’il est
« XIII et III » (très étroit) ?

Pour résumer chacun de ces axes, qu’il reste toujours à décliner en fonction d’un contexte, d’un tempérament et d’une histoire, nous avons retenu un qualificatif. Le dernier peut sans doute les résumer tous : « symphonique ». Il est repris d’un grand théologien suisse Hans Urs Von Balthasar, esprit pénétrant, parfois contestaire (avant le Concile il parlait de « raser les bastions »), toujours profond et inspiré, quelquefois insupportable. Cet homme de vaste culture inspira également, ô paradoxe, les courants les plus rigides et étriqués du néoconservatisme. Balthasar prononça des jugements sommaires et injustes sur des théologiens de la lucidité et du courage d’un Rahner ou d’un Boff. Les considérations que nous développerons ci-dessous font souvent entendre une mélodie très différente des courants balthasariens.

Cela n’était pas une raison pour ne pas adopter cet adjectif, admirable, qui exprime à la fois la totalité, la diversité, la créativité, la pluralité et l’harmonie. Un temps, nous pensions parler simplement d’un christianisme « humaniste », adjectif que nous revendiquons, certes, avec force de conviction, mais qui nous sembla finalement très général. Frédéric Lenoir et son remarquable Christ philosophe nous livre d’ailleurs à cet égard une réflexion que nous faisons très largement nôtre et que nous rejoindrons ici par un autre
itinéraire.

Quel christianisme pour demain ?

Le christianisme de demain sera incarné ou ne sera pas. Il ne s’agit pas simplement là d’un qualificatif parmi d’autres mais de celui qui exprime plus que les autres la spécificité même du christianisme. En effet, le chrétien croit en un Dieu qui s’est incarné, qui est devenu Homme, qui a choisi d’habiter parmi nous, et non en un quelconque célibataire des mondes, jupitérien et juge implacable.
De cette dimension proprement théologique découle sans doute un corrélat anthropologique d’importance proprement fondamentale. Etre chrétien ce n’est pas renier son humanité, la frustrer. Ceci vaut aussi pour la sphère affective et sexuelle dont on sait à quel point sa bonne santé (autant que faire se peut car l’Homme est, fort heureusement, toujours en chemin vers l’inaccessible) conditionne l’ensemble de son existence avec des dommages collatéraux connus de tous. Récemment, les abus gravissimes et à répétition en Irlande, les scandales qui menacent la survie même des Légionnaires du Christ ou en Alsace l’affaire Flury s’ajoutent à une liste déjà longue.

[Lire l’intégralité de l’article dans Golias Hebdo n°91]

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L’érotisme, une vertu théologale ? 10 août 2009 16:50, par wilfried freitag

Repenser le christianisme..., inventer l’évangile de demain ...., inventer un christianisme humaniste...,

Voici quelques perles d’un chatoyant orient nécessaire à la parure d’un christianisme quelque peu terni par le bi - millénaire d’une histoire peu glorieuse...

Histoire dans laquelle l’auteur ne s’aventure pas.

Résolument théologien, il s’attache simplement à nous rappeler que le chrétien croit en l’incarnation de son Dieu dans la pleine humanité de ses créatures, auprès desquelles il a choisi de demeurer, et que cette part humaine de la divinité doit avoir pour corrélat le nécessaire accomplissement du chrétien dans la plénitude de sa divine humanité, laquelle ne peut exclure aucune des dimensions affective et sexuelle.

Jusqu’ici conduit dans les seules voies de l’amour et de la charité, le chrétien désormais doit résolument conjoindre l’éros à la philia et à l’agapé...

Je me prends à rêver d’un Paul, aiguillonné par l’écharde plantée dans sa chair, prophétisant : « quand j’aurais même toute la foi jusqu’à transporter des montagnes, si je n’ai pas l’éros, je ne suis rien... » Un éros toutefois modéré, tempère l’auteur, qui en rejette le censure tout autant que la tyrannie pour quiconque y serait exclusivement adonné...

Cependant, cette réconciliation d’une église future avec la part érotisée de sa divinité suffirait - elle à réconcilier la foule des déserteurs d’une institution percluse dans ses vieux dogmes néfastes et poussiéreux ?

Une église malade de son moralisme pervers, la névrose chrétienne, chère au bon docteur Eugène Drewermann, qui ne fabrique au mieux que des clercs refoulés et malheureusement trop souvent, des prêtres totalement pathologiques, néfastes par une sexualité tragiquement objectivée sur des jeunes, fragiles.

Nathanaà« l, je t’apprendrais la ferveur...

Je doute fort que cet improbable aggiornamento serait en mesure de faire grossir le troupeau ... le christianisme s’effaçant peu à peu de nos sociétés sous l’influence de facteurs qui n’ont rien à voir avec le déni et la répression de la sexualité...

Vous me paraissez commettre une erreur d’analyse.

Votre approche est cependant loin d’être négative, et je l’approuve fortement, conscient qu’elle ne rendra pas l’église catholique plus sainte, mais certainement plus saine.

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Très bien, Golias. 1er août 2009 10:58, par GOUINGUENET Agnès

Mais avant d’avoir la force de repenser avec sa raison et son coeur, il faut prendre le temps de panser ses blessures, juste l’histoire d’une bonne convalescence. C’est indispensable pour repartir "comme en 14". Tout l’intérêt de ce travail de titan est la transmission, pour les générations à venir, des fruits d’une réflexion qui soit en accord avec des actes et des faits. Pour l’instant, on n’y est pas encore puisque la hiérarchie ecclésiale prend des décisions qui vont à l’encontre de l’avancée vers le futur. Actuellement, nous en sommes encore à "Mort aux femmes épanouies, Mort aux homos épanouis, Mort aux prêtres qui vivent au grand jour un amour humain". Vous avez dit religion d’amour ? Hum. Plutôt affirmation dogmatique que Dieu demande à ses représentants privilégiés ( ses prêtres ! ) de rejeter tout amour interhumain autre que la soi-disant charité. Taratata. Alors pourquoi s’être incarné ? Parce que l’incarnation du non-incarné n’a d’intérêt qu’affectif, non ? Parfois, nous avons l’impression que Benoît XVI a deux cerveaux dont un à la place du coeur. C’est totalement contre productif quant à l’exemplarité pour les humains qui vont suivre. J’arrête mon babillage, car je vais être censurée. Bien à tous. Agnès Gouinguenet.

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