Parution : 6 août 2009
De l’urgence aujourd’hui de Ré-enchanter le christianisme
Par Golias

Nous poursuivons le deuxième volée de notre série « De l’urgence aujourd’hui de repenser le christianisme ». Dans cet article, nous abordons la question d’un christianisme redevenu fraternel et solidaire.

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e christianisme sera donc généreux. L’ancienne métaphysique relevait déjà combien l’amour tend à se diffuser, comme toute chose bonne d’ailleurs. C’est vrai du savoir authentique, sans s’appauvrir. L’esprit mercantile et le culte du profit, hautement déshumanisants, appellent en réponse et antidote une nouvelle valorisation de la générosité, du sens de la gratuité. Pour le bien de l’économie elle-même, il est urgent de s’affranchir d’une logique du calcul et de la mesquinerie. Celui qui donne finit par s’enrichir car, au moins au bout d’un certain temps, et au niveau global par un bel effet boomerang cette fois, la générosité suscite une générosité en retour. C’est d’ailleurs tout le sens du merveilleux film de Frank Capra la Vie est belle que les paroisses américaines (et les écoles) projettent souvent à Noà« l.

L’idée de générosité permet de réconcilier l’idée d’épanouissement et d’intensité vitale avec le sens des autres, et l’amour des plus pauvres. Toutefois, elle se complète forcément du sens vrai de la justice, à tous les niveaux. Le combat social ne relève pas - sauf exception - de la générosité, qui est de l’ordre de la surabondance et de la gratuité, mais de la justice (ce qui est dà » au sens strict du terme). La grande dérive libérale (au sens économique de l’adjectif et non au sens américain de « progressiste ») tend précisément à subsumer l’exigence de justice sociale et d’égalité derrière une idée vague de générosité, avec l’exaltation de bons sentiments. Outre l’aspect pervers d’un tel dérapage - en effet on justifie ainsi les inégalités, ce qui est inadmissible - on doit alors déplorer une réduction de la portée de la générosité elle-même, qui cesse d’être une aventure et un excès positif pour traduire la pratique concrète de la plus élémentaire charité.
Le Dieu d’amour donne sa grâce en surabondance, ce qu’une théologie d’épicerie tend à occulter en quantifiant les grâces, dans la pratique obsolète des indulgences ou des intentions de messe. Au contraire, le Dieu de Jésus aime à la folie, dans l’excès. L’idéal chrétien n’est donc plus tant celui d’une juste mesure (comme chez les Grecs qui dénonçaient la démesure, l’ubris) mais d’un amour sans mesure. C’est cette nouveauté chrétienne que tous les hommes attendent peut-être, même si elle dérange encore et toujours.

[lire l’intégralité de cet article dans Golias Hebdo n°92]

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Ré-enchanter le christianisme ou penser la foi chétienne ? 11 août 2009 20:28, par Pierre Locher

Repenser le christianisme ou le ré-enchanter ? Penser le christianisme pour les hommes d’aujourd’hui, ce serait déjà pas mal, ou , mieux, penser la foi chrétienne - le christianisme est un "isme" comme les autres, au mieux un système, au pire une idéologie.

En premier lieu, c’est d’un langage pour aujourd’hui dont nous avons besoin. Quantités de mots ne veulent plus rien dire pour nos contemporains : sans parler du fameux "transsubstantiation" , les notions de rédemption, salut, incarnation, même création ont perdu toute intelligibilité. Il nous faut redonner du sens à tout ce vocabulaire, quitte à en changer. Quelqu’un comme Bruno LATOUR a soulevé ce problème dans son livre "Jubiler ou les tourments de la parole religieuse".Les mots s’usent, il nous faut les renouveler pour dire la foi chrétienne d’aujourd’hui et...éviter de répéter des formules tel un perroquet : la langue de buis a déjà fait assez de mal !

Mais renouveler le langage ne suffira pas si l’on en reste à une théologie d’avant Vatican I, j’exagère à peine. Comme je l’ai dit plus haut, des conceptions théologiques très contestables voire rétrogrades persistent chez bon nombre de chrétiens, y compris chez ceux qui se disent progressistes. La faute à qui ? je n’ai pas de tête de Turc à vous proposer - peut-être un certain catéchisme - , mais disons que la recherche théologique de ces 50 dernières années n’a pas atteint le peuple chrétien, et on continue à entendre parler , sur Golias comme ailleurs, de paradis et d’enfer...enfantillages, pardonnez-moi ! La "théologie du plombier" a toujours cours (Jésus est venu "réparer"...ce qu’Adam avait cassé !!!)

Je ne dis pas que les CONGAR, les URS von BALTHASAR, les RAHNER , les CHENU , les de LUBAC, etc. n’ont servi à rien, ils ont permis d’assurer les bases théoriques des textes adoptés à Vatican II. Mais de quoi a discuté et qu’a décidé ce concile, lorsqu’on y regarde d’un peu près ? En gros, de liturgie, de lecture et interprétation des textes saints et des rapports de l’église et du monde. Je ne dis pas que ce n’était pas important - le texte sur nos rapports au judaïsme me parait fondamental - , mais de théologie au sens propre, très peu.

Or ce travail théologique commencé au début du 20éme siècle (TEILHARD en est une des grandes figures, même s’il a été très mal compris) a continué en souterrain après Vatican II, je dis en souterrain, pas en franc-tireur, tel des racines qui continuent à se propager, mais dont on ne voit rien - ou presque - à la surface. Quand je dis théologie, je ne parle pas forcément de théologie universitaire ou de théologie spéculative, mais de théologie au sens étymologique, c’est-à -dire : parler de Dieu, de son mystère, de son rapport à l’homme et de ce que cela implique dans le rapport entre les hommes.

Quand je disais qu’il était inutile de reconstruire le christianisme à partir de zéro, cela voulait dire aussi que ce travail théologique souterrain ne doit pas être négligé, il y a eu de nombreux théologiens tels que je les définit depuis Vatican II, mais ils sont peu connus ou peu lus : certains nous ont quitté, d’autres sont relativement jeunes, il y a des hommes, mais aussi des femmes, certains sont plus accessibles que d’autres, certains écrivent peu, d’autres beaucoup plus, mais tous et toutes vont dans le même sens : parler du Dieu de Jésus aux hommes d’aujourd’hui. Chacun peut trouver ceux qui entrent le mieux en consonance avec sa sensibilité, je ne citerai que ceux qui m’ont fait avancer - et qui continuent à me faire avancer - : Pierre GANNE, Adolphe GESCHà‰, Joseph MOINGT, Chistoph THEOBALD, Véronique MARGRON, Paul BEAUCHAMP (plus bibliste), Marie-Christine BERNARD, Bernard FEILLET, Jean-Marie PLOUX, Maurice BELLET, Bernard SESBOUE, Robert SCHOLTUS et j’en oublie certainement.

Pour finir, je vous soumets un chalenge, comme on dit. Si, au lieu de vous contenter d’appeler à repenser le christianisme vous appeliez à un nouveau concile, mais un concile théologique - comme ceux des premiers siècles - , çà aurait peut-être une autre allure, vous ne trouvez pas ? aller vers Vatican III, chiche ? un concile sous la pression des chrétiens "d’en bas", un concile à la demande du peuple de Dieu - enfin une petite partie -, çà ne vous tente pas ?

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