Parution : 16 octobre 2009
9 - Chroniques intempestives sur le Synode Romain pour l’Afrique
Les Inter-dits du synode africain

Après les interventions en congrégation générale, c’est au cardinal Peter Kodwo Appiah TURKSON, rapporteur général, que revenait le rôle de faire une synthèse et de proposer quelques lignes directrices pour la suite des travaux en carrefours et il a honnêtement repris les principaux éléments énoncés par ses confrères dont nous avons fait déjà fait état dans les rubriques précédentes. Nous nous attacherons donc aujourd’hui à quelques inter-dits de ces discours pour écouter, entre les dires, ce que les évêques s’interdisent de penser.

Le premier inter-dit est ecclésiologique et il concerne le type même de cette assemblée. Le Cardinal rappelle dès le début avec justesse « le véritable caractère universel de notre rassemblement et de cet exercice collégial (¦) ce Synode, comme tout Synode, célèbre le lien étroit et la communion entre le Pontife suprême et les évêques, assiste l’évêque de Rome dans sa mission universelle ; et avec le Saint-Père, il étudie et réfléchit sur les problèmes et questions relatifs aux activités de l’à‰glise dans le monde. Ainsi, c’est l’à‰glise universelle qui est rassemblée en Synode sur sa présence en Afrique. C’est un exercice de la famille universelle de Dieu et du Corps Mystique ¦ Ce n’est donc pas une affaire exclusivement africaine avec des participants non-africains. C’est plutôt l’à‰glise universelle en discernement sur la manière de garder sain l’énorme poumon spirituel de l’Afrique pour l’humanité (Homélie du Pape), conformément à sa mission comme sel et lumière. » Le projet est digne d’éloge puisque c’est toute la famille-Eglise qui s’intéresse à ses soeurs africaines pour les aider à discerner et recevoir d’elles un peu d’oxygène dans un monde qui semble s’essouffler.

A y regarder de près, la formulation dit avec clarté mais sans l’élucider vraiment, que c’est l’évêque de Rome qui est le bénéficiaire de cette Assemblée dont il a lui-même, non seulement fixé le thème lors de sa convocation, mais aussi la ligne directrice dans son homélie d’ouverture ! On est donc assez loin d’un exercice de collégialité dans une Eglise conçue comme « communion d’Eglises » ! Pour le dire autrement, le « sub Petro » (sous Pierre) risque bien de rendre inopérant le « cum Petro » (avec Pierre). Dans ce contexte, il faudra que les évêques précisent ce que signifie le renforcement des structures continentales et affirment leur véritable capacité de décision dans l’élaboration d’une praxis chrétienne africaine.
Prenons deux exemples de paroles qui se veulent claires mais qui masquent des questions non résolues. Le premier concerne la famille : d’un côté, les évêques ont suivi le pape en condamnant avec force les « attaques féroces, lancées de l’extérieur de l’Afrique » contre la famille, l’idéologie du genre, la contraception et les unions libres étant en ligne de mire de la contre-attaque épiscopale. Mais d’un autre côté, « les pères synodaux ont reconnu de manière transparente l’insuffisante appréciation du rôle des femmes et des jeunes dans leurs communautés locales ». Ainsi « le mécontentement des Pères synodaux concernait des tendances nouvelles dans la société, qui s’éloignent et s’opposent aux valeurs traditionnelles » tout en avouant que les femmes sont victimes de certaines formes de la tradition comme la polygamie ou les mutilations ». On peut imaginer que, dans leur esprits, la promotion de la femme ne peut venir que par l’Evangile, puisqu’elle « frustrée par la culture traditionnelle et bafouée par la modernité ». Ce n’est peut-être pas faux mais c’est faire peu de cas de l’idéologie des Droits de l’Homme qui, bien que d’inspiration évangélique, n’est pas née dans l’Eglise. Mais ne boudons pas notre joie de voir qu’une telle Assemblée se convertisse et pousse l’Eglise à donner de vrais rôles aux femmes qui ne les cantonnent pas à assurer « la première éducation » ou à être « les confidentes des maris ». Pour notre Cardinal, ce n’est pas gagné !

Le monde politique et son accompagnement constitue un autre exemple d’une analyse qui n’est pas poussée jusqu’à ses derniers retranchements. Il est certes louable, en dénonçant la corruption et l’avidité de certains politiques, dont de nombreux chrétiens, d’insister sur le manque de formation dont ils ont pu bénéficier. Les évêques, qui ne vont pas jusqu’à avouer, sauf le cardinal archevêque de Dar-es-Salaam et président du SCEAM, qu’eux-mêmes auraient pu manifester une certaine complaisance à l’égard de régimes peu démocratiques, reconnaissent cependant leur responsabilité et appellent de leurs voeux une « aumônerie » qui accompagne les chrétiens en politique. Très bien. Mais deux problèmes n’ont pas été pensés. Le premier concerne le rôle des laïcs. En lisant les interventions et ce rapport, on a la triste impression qu’ils ne sont que la caisse de résonnance de la doctrine sociale de l’Eglise. A aucun moment (sauf erreur de lecture !), on ne les voit auteurs avec les pasteurs de celle-ci. Dans la même ligne, la volonté épiscopale « d’une présence active de l’à‰glise dans les instances de décisions au niveau national, régional ou continental o๠se traitent les questions touchant le développement humain » est une bonne nouvelle. Mais penser que « l’à‰glise-Famille de Dieu, par sa nature, sa doctrine sociale cohérente, sa répartition géographique et son souci de l’unique bien de l’homme est mieux placée que toute autre organisation pour faire face aux défis de réconciliation, de justice et de paix en Afrique » laisse penser que l’Eglise y sera en donneuse de leçon. Pourtant l’archevêque rapporteur, en bon théologien, rappelle que la communauté chrétienne, comme Jésus, doit vivre dans la condition du serviteur et que pour « transformer le continent », elle doit « être transformée de l’intérieur ». Comment être humblement « lumière » ? La question mérite d’être posée. « àŠtre sel » nous rappelle que l’Eglise n’est qu’un petit ingrédient¦ Certes savoureux, mais il n’est pas le plat ! Le second problème qui nait de cette future aumônerie dépasse la question politique. C’est celle du personnel ! Que les évêques considèrent l’Eucharistie comme centrale, heureusement. Qu’ils veuillent redynamiser le sacrement dans sa dimension personnelle mais aussi communautaire, c’est un beau désir. Mais avec qui ? Personne n’a encore évoqué la pénurie des ministres ordonnés !

Ces quelques lignes n’ont pas pour but de résumer le rapport du cardinal, mais de poser quelques questions à nos évêques. Les travaux en effet continuent dans une bonne humeur que tous les amoureux de l’Afrique connaissent !

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