Parution : 24 octobre 2009
14 - Chroniques intempestives sur le Synode Romain pour l’Afrique
La montagne du Synode africain accouche d’une souris blanche aux pantoufles rouges

Cette fois, c’est bien fini. Le Synode vient de délivrer son message final. Demain, les Pères célébreront la messe revêtus d’une chasuble offerte par Benoît XVI et qui porte son sceau !

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Geste d’honnêteté pour ce Synode qui fut avant tout romain ou ultime manifestation d’un autoritarisme pontifical qui maintient les Eglises africaines dans une soumission qu’aucun évêque n’a osé dénoncer ? On avait d’ailleurs eu soin d’éloigner les théologiens et leur rêve de Concile. Ils ont dà » se rassembler dans le cadre de l’Observatoire organisé par la Conférence des Instituts missionnaires (dont certains supérieurs généraux participaient au Synode...) et l’Union de la Presse Catholique Italienne. On ne s’étonnera donc pas du résultat : Le Synode qui se tenait dans la ville aux sept collines a accouché d’une souris blanche aux pantoufles rouges, tout comme le Pontife qui le présidait ! Au-delà de toute colère ou lassitude que peut susciter la pauvreté du message synodal, on ne peut, en raison, que constater que les évêques africains ont suivi les recommandations de leur Chef. Alors que les théologiens réunis dans les « catacombes » attendaient des paroles fortes face aux situations dramatiques, les Pères, reconnaissant pourtant l’urgence de la situation (§ 6), n’auront su transmettre qu’une insipide prédication alliant la superficialité des analyses et les voeux pieux qui n’engagent personne. Et, de fait, aucune étude ne fut faite de la réception du précédant Synode, sans doute parce qu’elle aurait révélé une bien maigre moisson.

Mais, plus affligeant encore, la visée théologique nous fait régresser avant la naissance de la théologie africaine, dans les années 60. On ne parlait pas encore d’inculturation mais d’adaptation du message. Ainsi, la Doctrine Sociale de l’Eglise telle qu’elle est résumée dans le Compendium, est le « vadémécum » que les évêques recommandent (§ 9). Certes, pourquoi pas, mais les « petites communautés ecclésiales » souhaitées par l’Assemblée de 94 n’aurait-elle eu aucune inventivité, n’aurait-elle pas déjà « incarné » la foi qu’il faille encore les guider uniquement par des textes venus de Rome ? (Cf. § 22) Qui parlera des « centres de résistance et d’innovations » chers au regretté Jean-Marc Ela ? Les évêques, quant à eux, se placent en donneurs de leçon. Ils sont sans doute les seuls chrétiens à réfléchir (et nul doute que les rencontres furent riches, un des rares points positifs de ce synode) sans se remettre en cause, comme s’ils n’avaient aucune responsabilité dans la situation du Continent. Constat qui laisse perplexe ! Pour être tout à fait honnête, ce qui est toujours difficile quand on est sous le coup de la déception, le « message » note que certains évêques africains ne soutiennent pas comme il devrait le SCEAM (§ 17). Et l’on sait que ce Symposium des Conférences Episcopales d’Afrique et de Madagascar devait célébrer ses quarante ans¦ mais faute de moyens, la fête n’eut pas lieu. On imagine que le pape préférait réunir les évêques à Rome. Doit-on lire entre les lignes ?

Je ne reprends ici qu’un seul thème parce qu’il fut une nouveauté du Synode. C’est la question de la femme. Les Pères s’adressent aux religieuses dans un paragraphe séparé (§ 21) pour les remercier, sans évoquer leurs désirs, et il a plus loin « un mot spécial, pour vous, chères femmes catholiques » ! (§ 25). Il « recommande à nos Eglises locales de dépasser les déclarations générales d’EIA (l’exhortation post-synodale de Jean-Paul II) pour mettre sur pied des structures concrètes en vue de réaliser la participation des femmes ˜aux niveaux adéquats’ »¦ et d’ajouter que le « Saint Siège a donné un bon exemple en nommant des femmes à des postes très élevés ». Conformément à la pratique et à la doctrine pontificale, les africaines devront se méfier pour ne pas se « laisser prendre en otage par les promoteurs d’idéologies étrangères (j’ignorais que Rome fà »t africaine !) et moralement empoisonnées à propos du genre et de la sexualité humaine » ! On ne sera pas étonné de cette charge mais on se souviendra que l’Occident participa à la libération d’une femme aux prises avec des traditions africaines qui ne la respectait pas. Rien n’est dit de situations dramatiques telles que les viols dans de nombreux pays en guerre¦ Des femmes attendaient pourtant un message fort ! Mais le paragraphe suivant est très éclairant : pour les « hommes catholiques », le Synode en les interpellant, parle de « responsables » ! Le cadre est ainsi posé : les hommes aux responsabilités et les femmes « au niveau adéquat »¦ On n’en saura pas plus mais on devine que rien ne changera¦
Si on avait laissé plus de place aux femmes, peut-être le Synode aurait-il accouché d’une vraie Bonne Nouvelle !

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Et aussi le pape Benoit qui nous demande de prendre comme modèle la famille africaine...
Parle-t-on de la polygamie ?
Parle-t-on des nombreuses femmes "cachées" des prêtres africains ?
Pour moi européenne, ce modèle ne me parait pas "adéquat" pour reprendre un mot du synode.

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Et qui osera aborder la question des mutilations sexuelles y comris dans les familles catholiques... Problème qui trouve son prolongement jusqu’en France o๠l’on estime que 70 000 femmes en sont les victimes (avec le cas échéant envoi au pays pour ne pas tomber sous le coup de la loi française).

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