Parution : 26 octobre 2009
15 - Chroniques intempestives sur le Synode Romain pour l’Afrique
Les propositions décevantes du synode africain

Avant de refermer le chapitre du Synode et de ces chroniques, regardons les cinquante sept « propositions concrètes » des Pères « qu’ils considèrent d’une importance capitale ».

1 commentaire
En pied de l'article.

Elles ont été publiées grâce à la « bienveillante décision du Saint-Père Benoît XVI »¦ Merci ! Le caractère disparate de ce texte est inévitable puisqu’il prend en compte les nombreuses remarques sur des chantiers nécessairement liés. On pressent d’ailleurs, et heureusement, dans l’une ou l’autre, des perspectives différentes. Je me bornerais ici à souligner quelques points dans l’attente d’une éventuelle exhortation apostolique que les « Pères » ont « humblement » demandée à leur Chef.

Le fait même que ce soit le pape qui achève le Synode par un texte à venir demeure problématique. On aurait pu imaginer en effet que ce fà »t le SCEAM, dont les évêques ont redit l’importance, qui se chargeât d’une telle mission de rédaction. Mais Benoît XVI l’a bien réaffirmé : «  je désire aujourd’hui m’adresser à toutes les populations africaines, en particulier à celles qui partagent la foi chrétienne, pour leur remettre idéalement le Message final de cette Assemblée synodale. C’est un Message qui part de Rome, siège du Successeur de Pierre, qui préside à la communion universelle, mais qui prend son origine en Afrique, dont il recueille les expériences, les attentes, les projets, et retourne maintenant en Afrique, apportant la richesse d’un événement de profonde communion dans l’Esprit-Saint. » Au moins le cadre est clair et les propositions le manifeste. L’Evangile de la messe de clôture a d’ailleurs été proclamé en latin. Etait-ce pour rappeler les origines de l’Eglise africaines ? En oubliant qu’elles ont justement sombrées parce qu’elles étaient trop romaines ?

Pour résumer, sans simplisme je l’espère mais honnête avec le projet de ces chroniques, on pourrait dire que l’Eglise et notamment en Afrique, n’a pas encore digéré le dernier Concile. Si, dès le départ, l’Eglise est bien définie comme une « communion » dans la diversité née de la Pentecôte, le rôle du peuple de Dieu est trop souvent réduit à celui d’un troupeau réduit à recevoir les enseignements des Pontifes. Ainsi, comme on l’a déjà vu lors des interventions, sur le thème de la justice et de la paix, l’enseignement de la Doctrine Sociale de l’Eglise semble le meilleur remède. Pour être juste, la consolidation ou la mise en place des commissions « justice et paix » est aussi une insistance, et la nomination du Cardinal Ghanéen, rapporteur du Synode, comme président de la commission pontificale, peut être vu comme un signe de la volonté de placer l’Afrique au coeur de la lutte pour un nouvel ordre mondial. On peut s’en réjouir, mais il est plus qu’étonnant que les « communautés ecclésiales vivantes » (CEV) ne fassent leur apparition qu’à la proposition 35. En faire état dans la première proposition aurait manifesté une continuité avec le précédant Synode et le désir d’un nouvel ordre ecclésial, sel et lumière pour le monde. Certes, le Synode leur renouvelle son soutien, mais ce sont « les nouveaux mouvements ecclésiaux » qui obtiennent le label de « véritables laboratoires de foi » dans la proposition 37 qui parle du laïcat. Cherchez l’erreur ! Paradoxalement, les évêques conscients de leur rôle mais sans doute par abnégation, se sont oubliés : ils n’abordent que la situation des laïcs, des prêtres, et mêmes des diacres permanents¦

L’Eglise catholique n’a pas encore digéré Vatican II !

Deux exemples. Le premier concerne l’inculturation (N° 33). On peut être surpris qu’il faille encore « une étude approfondie des traditions et cultures africaines » ! Depuis le temps qu’on les étudie : des kilomètres de thèses en éthno-socio-théologie¦ Mais les évêques redisent avec honnêteté : «  il y a une dichotomie entre quelques pratiques traditionnelles des cultures africaines et les exigences du message évangélique. » Ajoutons que pas un peuple n’échappe à ce « discernement approfondi pour identifier les aspects de la culture qui font obstacle à l’incarnation des valeurs de l’à‰vangile » et que ce travail est permanent. Mais c’était justement l’occasion de citer les CEV ! Tout n’est pas perdu¦ « Le Synode propose (¦) d’encourager et de promouvoir le travail d’authentiques théologiens africains ». Reste à savoir qui sont les « authentiques ». Etaient-ils à Rome ? Pas de mauvais esprit, mieux vaut tard que jamais ! Il est vrai qu’ils sont bien encadrés puisque les évêques demandent aussi que les documents du Magistère soient traduits en langue locale, et ils ne mentionnent sans doute pas la Bible parce qu’elle est déjà traduite ! Sans oublier que les chrétiens d’Occident, pourtant héritiers d’Aristote, éprouvent quelques difficultés à lire certains textes romains¦ Par contre, je crois que, dans une brousse reculée ou dans une université africaine laïque, les chrétiens comprendraient très bien le paragraphe 4 d’Octogesima Adveniens¦ Je vous laisse aller voir. Ce serait trop facile de tout attendre d’un pauvre chroniqueur qui ne possède pas la vérité et puisqu’il faut diffuser la Doctrine Sociale, en obéissance aux évêques, nous commençons à notre manière, laissant place à la libre recherche !

Second exemple : la question des femmes. Nous avions espéré une autre approche, surtout depuis l’intervention forte de la Supérieure Générale des Soeurs Notre Dame des Apôtres. Mais la proposition 47 est d’une pauvreté affligeante au regard des attentes ! Certes, les évêques rappellent les droits des femmes, « généralement traitées de manières injustes », sont bafoués. Ils « condamnent tous les actes de violence » dont les « mutilations » et « autres abus » mais pas le viol. Ils en avaient parlé pour condamner le paragraphe 14 du Protocole de Moputo qui voulait « protéger les droits reproductifs des femmes, particulièrement en autorisant l’avortement médicalisé, en cas d’agression sexuelle, de viol, d’inceste et lorsque la grossesse met en danger la santé mentale et physique de la mère ou la vie de la mère ou du foetus » (n° 20). Mais surtout, même si est proposée « une plus grande intégration des femmes dans les structures de l’à‰glise et dans les processus de prise de décision », la famille (y compris l’Eglise-famille) reste hiérarchique et machiste. La femme est vue comme épouse et mère¦ Les évêques proposent d’ailleurs de « considérer le service des épouses chrétiennes comme un ministère » (n° 38). Quant à Marie, elle a collaboré à la mission de son Fils par son obéissance au Père et sa docilité à l’Esprit Saint ». Son intelligence, sa force de caractère, sa capacité d’initiative auxquelles peuvent s’identifier nombre de femmes africaines qui s’épuisent à transformer le monde de violence dont les hommes sont responsables ? Du reste, le Synode invite à prier Marie comme « mère compatissante » ! C’est la dernière proposition. Comme toujours dans l’Eglise, on termine avec Marie. Et si on commençait avec elle et les autres femmes ?

D’aucuns pourront me reprocher de ne pas avoir vraiment abordé le plus important des propositions sur le thème même du Synode : « réconciliation, justice et paix »¦ Au contraire. A quoi servent les condamnations des multinationales qui exploitent les richesses, les vendeurs d’armes, les hommes politiques corrompus ou les élections truquées, si l’Eglise ne devient pas cette « communion » qui fait que le plus petit des chrétiens du Finistère est solidaire des son frère de Tombouctou ? Combien de petits projets ont contribué au développement des uns et des autres ? Combien de chrétiens participent à l’accueil des migrants ? Combien de petites communautés témoignent du pardon ? Les évêques en ont parlé mais ce que nous aimerions leur demander, c’est de faire confiance non pas seulement à Dieu, mais surtout à son peuple, à commencer par les plus humbles à qui sont les enfants préférés du Père et qui, à la suite de Bartimée sont invités à parler, comme le pape l’a rappelé dans son homélie. Il a justement ajouté que « l’Eglise a en elle-même, dans chacun de ses membres, un caractère sacerdotal »¦ La proposition 51va sans doute dans le bon sens, quand, à propos du Sida, elle prévoit « un soutien pastoral qui aide les couples vivant avec un conjoint infecté à s’informer et à former leurs consciences, afin qu’ils choisissent ce qui est juste, en toute responsabilité pour le plus grand bien de l’un et l’autre, de leur union et de leur famille. » Faire confiance aux couples et aussi aux femmes¦ C’est sans doute une conversion à laquelle nous a invité-e-s ce Synode. Mais le Mystère Pascal demande du temps dans l’Eglise comme en Afrique et ailleurs. Il ne faudrait pas que le Continent que Benoît XVI a défini comme un « poumon spirituel » ne soit qu’une réserve de patriarches aigris d’avoir perdu leur pourvoir. Ce n’est pas le « serviteur des serviteurs de Dieu » qui me contredira¦ Telle est la Bonne Nouvelle que l’Afrique aurait pu transmettre au monde¦

1 commentaire
Les propositions décevantes du synode africain 28 octobre 2009 16:39, par ROFFAT

Décevantes ? pour le grand commentateur que vous êtes sans doute. Ces pauvres Evêques Africains qui n’ont pas encore assimilé le concile (tel que vous voulez le comprendre). Pauvres Evêques qui respectent scrupuleusement la primauté du Siège de Pierre et qui ne sont pas des adorateurs de la Démocratie dans l’Eglise. Ainsi va l’Eglise cinquante après un concile désastreux par ses résultats, elle se resaisit et votre indignation n’y changera rien !

repondre message

| © Le site officiel de GOLIAS pour les informations d’actualité 2009-2017 | Fait avec : SPIP et Thélia plugin thelia |

| Courriel à la Rédaction | RSS RSS | Adresses Postale et bancaire | Mentions légales | à propos de Golias |

article jeune