Parution : 4 novembre 2009
Le discours de Mgr Vingt-Trois ou l’art d’inviter l’aile droite du catholicisme à sortir de ses sacristies !

Les évêques de France sont rassemblés à Lourdes en Assemblée plénière. C’est le Cardinal Vingt-Trois, président de la Conférence qui a ouvert les travaux. L’ essentiel de son texte a porté sur l’invitation faite aux chrétiens de s’ engager dans les problèmes de société. Très bien ! sauf que nombre de chrétiens le font depuis longtemps et n’ont pas attendu pour le faire le feu vert de Mgr de Paris ! Il est vrai que l’archevêque de Paris vise, sans le dire, la frange droite voire ultra droite du catholicisme français plus encline à se positionner sur un identitaire de boutique et un nouvel ordre moral sociétal plutôt qu’à prendre la voie d’une ouverture authentiquement évangélique envers, en particulier, les plus démunis de notre temps en crise profonde. En cela, ne boudons pas notre plaisir ! C’est donc avec joie et ce, malgré ses limites, que nous recevons le message du patron des évêques de France.

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Pour lui, «  l’information de l’instantané et le débat public par petites phrases « polémiques » risquent de détourner notre attention des grandes mutations profondes qui marquent notre société. Le déficit d’information réfléchie et argumentée ne frappe pas seulement le Français moyen ; il atteint aussi celles et ceux qui ont une responsabilité sociale et politique.  » Mais la critique n’est pas ici tournée seulement vers les média qui seraient responsables d’une désinformation, puisque le Cardinal ajoute : «  oserais-je dire ici que nous ne sommes pas nous-mêmes à l’abri de l’emportement de la sensibilité et de la tentation de la réaction immédiate ?  » A qui pense-t-il ?

Notons quelques paroles fortes sur «  deux aspects de notre vie collective qui marquent nos contemporains : la crise économique et l’émigration.  »

Sur la crise financière et économique, «  l’illusion serait de croire que nous en sommes sortis et que tout va pouvoir continuer comme avant  », et l’archevêque développe les «  les conséquences tragiques de l’année écoulée dans la fragilisation accentuée des catégories les plus faibles de notre système économique : celles et ceux qui ne jouissent pas d’un emploi statutairement garanti, celles et ceux qui n’ont pas de formation initiale suffisante ou qui ont une formation inadaptée aux contraintes actuelles du travail. De manière plus préoccupante, des hommes et des femmes sont acculés au désespoir, que ce soit dans des secteurs d’activité particulièrement touchés comme l’agriculture, que ce soit par le stress de la compétition dans le cadre habituel du travail ou par l’incertitude qui plane sur l’avenir de leurs entreprises. Plus gravement encore des personnes sont assaillies par l’angoisse de la pénurie : angoisse du loyer à payer, angoisse des charges financières ou tout simplement angoisse de la nourriture pour ses enfants.  » En rappelant et encourageant l’action des catholiques qui «  se portent au secours des détresses les plus criantes  », il appelle les chrétiens «  à exercer pleinement leurs responsabilités de citoyens dans tous les domaines de la vie économique et politique pour contribuer à construire une société plus juste.  » Les évêques africains avaient eux aussi tenu ce discours, tout comme ils avaient invités l’Eglise universelle à ne pas oublier les réfugiés, second point qu’aborde Mgr de Paris.

Il rappelle «  trois points de repères  ». Le premier concerne le respect des personnes en centre de rétention administrative : «  non seulement elles doivent bénéficier de moyens de subsistance dignes d’une personne humaine, mais encore elles doivent pouvoir accéder normalement aux informations nécessaires à leur défense  » et ce, quelque soit le coà »t de telles mesures¦ Dans son deuxième point, Mgr Vingt-Trois réaffirme que «  le fait d’être en situation irrégulière ne fait pas perdre ses droits élémentaires à quelque personne que ce soit. Ayant enfreint la loi, elles doivent néanmoins bénéficier de la protection de la loi. En particulier, leurs demandes de droit de séjour ou de reconnaissance de leur statut de réfugié ne sauraient rester sans réponse sur des longues périodes (parfois plus d’une année) pendant lesquelles leur existence devient vraiment très difficile en matière de travail et de logement. Là encore l’amélioration du fonctionnement des services suppose des moyens et donc une charge pour tous.  ». Et enfin, «  quel que soit le bien-fondé des décisions judiciaires ou administratives, leur application doit respecter ceux qui sont concernés, en particulier les enfants et les jeunes pour lesquels les liens familiaux doivent être privilégiés.  » Monsieur Besson aura-t-il entendu ? Et à défaut, Messieurs Darcos et Fillon qui firent, il y a peu, l’éloge de la dernière encyclique du Pape qui inspire les propos du Cardinal ? Quoi qu’il en soit, ceux et celles qui sont engagés auprès de sans papiers et des réfugiés à Calais ou ailleurs, attendaient ces encouragements épiscopaux surtout «  quand il s’agit d’empêcher que des enfants deviennent des otages d’une situation inextricable. Nous insistons pour que la répression des réseaux de traite humaine soit poursuivie avec fermeté sans que cette action se retourne encore sur leurs victimes.  »

Il faut saluer que l’Eglise, par la voix du Président de la Conférence des Evêques, commence par la situation sociale et non par les problèmes de boutique. On aurait aimé que le Cardinal fît plus le lien avec le Synode qu’il venait de vivre. Il en parle après, parmi d’autres événements de l’Eglise universelle. Le principal travail de cette assemblée concernera l’avenir des communautés et leur visibilité. Comment vivre «  la rencontre de la foi avec les désirs, les aspirations et les angoisses des hommes  » ? Pour le président, «  nous sommes aussi probablement arrivés à un moment clé pour notre organisation ecclésiale  », ce dont nous ne doutons pas.

Comment articuler l’action des laïcs et celle des ministres ordonnés dans «  l’exercice des responsabilités  » qui leur sont confiés ?

Suffira-t-il de «  renouveler l’appel au sacerdoce et au diaconat permanent  » ?

Rien n’est moins sà »r¦

Aujourd’hui, c’est Mgr Dagens qui prenait la parole¦

La suite demain !

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Dans son discours de clôture à Lourdes, le cardinal A. Vingt-Trois vient d’inviter les acteurs de l’Eglise catholique à inventer de nouvelles formes d’évangélisation. Et si cette Eglise commençait par s’évangéliser elle-même ? Immense chantier dont l’inventaire relève de la litanie. Quelques pistes de metanoia (conversion) avec références[1] au Fondateur.

1 L’Eglise catholique a trop longtemps flirté pour ne pas dire copulé avec la richesse (hier l’or des indulgences, aujourd’hui l’aisance immobilière). Pistes : que le Vatican devienne un musée agrandi et que Sa Sainteté abandonne sa bagnole blindée, ses mules haute couture et ses oripeaux médiévaux pour emménager dans un quartier populaire de Rome, de Rio ou de Johannesburg. Référence à Ieschoua : « Le Fils de l’homme n’a même pas une pierre o๠reposer sa tête ! »

2 L’Eglise catholique a trop longtemps copiné pour ne pas dire forniqué avec les régimes autoritaires voire fascistes, ceux qui depuis Constantin lui ont permis d’asseoir son pouvoir temporel. Pistes : que Benoît XVI rétrograde son ancien secrétaire d’Etat (le cardinal Sodano ex-ami et confesseur de Pinochet), qu’il abroge l’Opus Dei, réhabilite la Théologie de la Libération et canonise Don Helder Camara. Référence : « Or, moi, je suis au milieu de vous à la place de celui qui sert." (Luc 22,27)

3 L’Eglise catholique a trop longtemps suspecté pour ne pas dire diabolisé le corps, le sexe, le plaisir. Pistes : que le pape annule l’Encyclique Humanae Vitae, qu’il autorise les divorcés remariés à voir leur seconde union reconnue et qu’ils puissent communier, que le Souverain Poncif réintègre les candidats gays interdits de sacerdoce, qu’il autorise et encourage le préservatif pour mettre ce modeste outil au service de la vie et de l’innocente volupté. Référence : « Ce n’est pas ce qui entre dans le corps qui le souille, mais ce qui sort du coeur. »

4 L’Eglise catholique a trop longtemps instrumentalisé pour ne pas dire noyauté le pouvoir civil. Aujourd’hui, en Espagne ou ailleurs, elle pratique allègrement l’ingérence, menaçant d’excommunication certains hommes politiques. Pistes : que Benoît XVI renonce à son infaillibilité (inventée par Pie IX quand il perdit ses Etats Pontificaux), qu’il raie du calendrier la fête du Christ Roi, qu’il promulgue dans une encyclique l’éminente dignité de la Démocratie et de la séparation de l’Eglise et de l’Etat. Référence : « Rendez à César ce qui est à César et à Dieu ce qui est à Dieu. »

5 L’Eglise catholique a trop longtemps méprisé pour ne pas dire ostracisé les femmes, le culte de la Vierge-Mère permettant d’exalter une seule d’entre elles pour infantiliser toutes les autres. Bien qu’ayant recouvré leur âme, ces dames continuent d’être remisées à des postes subalternes et d’être suspectées, souvent par réflexe machiste clérical. Mgr Vingt-Trois en novembre 08 ne s’est-il pas esclaffé grassement devant un micro : "Le tout n’est pas d’avoir une jupe, c’est d’avoir quelque chose dans la tête !" Pistes : que les fillettes puissent devenir enfants de choeur, que les concubines de prêtres soient reconnues (d’abord par leurs amants souvent adeptes du double je), que les femmes accèdent enfin au presbytérat, après-demain à l’épiscopat, à la fin du siècle (?) au pontificat. Référence : « Au pied de la croix, Marie de Magdala, Marie la mère de Jacques, Salomé qui le suivaient et le servaient... » (Marc 15/40).

6 L’Eglise catholique a trop longtemps marginalisé pour ne pas dire anathématisé les autres confessions, leurs vérités devant être réduites à l’aune de sa Vérité. à€ l’heure d’un oecuménisme à l’agonie, que l’intercommunion soit rétablie et l’hospitalité eucharistique encouragée, que la papauté cesse d’amnistier les lefebvristes et de débaucher les anglicans en rupture de ban, qu’un vrai dialogue soit restauré d’égal à égal, que Kà¼ng soit choisi pour en être l’artisan. Référence : «  Il y a beaucoup de demeures dans la maison du Père. »

7 L’Eglise catholique a trop longtemps confisqué pour ne pas dire fétichisé le Verbe de Dieu en le confondant avec ses paroles à elle, ses rubriques, ses laïus. Omniprésence de la langue de buis, dogmes aberrants bricolés de toutes pièces, blogs diocésains impitoyablement censurés... Pistes : un Grenelle de l’aggiornamento, un nouveau Concile et des synodes largement ouverts aux laïcs, libre parole sur Internet et pourquoi pas ? que la revue Golias soit citée par l’Osservatore romano ! Référence : « L’Esprit souffle o๠il veut¦ à€ vin nouveau, outres neuves. »

Conclusion-confidence : en tant qu’ex-curé, j’ai fréquenté les coulisses de la scène catho. J’ai utilisé tous les trucs du métier, tous les câbles, le décor sacré en trompe-l’oeil et les belles tirades avec effets de manche et voix de violoncelle. Fin 2009, rien n’a changé. Basta ! Que la hiérarchie évangélisatrice cesse de prendre les brebis ou les vieux boucs pour des gogos ! Que l’Eglise catholique commence par labourer ses propres friches. Peut-être alors l’ivraie séchera-t-elle sur pied pour que germe enfin l’humble grain de sénevé...

AMEN

[1] Désolé, certaines références bibliques ont déserté ma mémoire de mécréant !

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Allons allons un peu, beaucoup .... de calme à tous.
Il doit y avoir et il y a une place pour TOUT le MONDE au sein de notre Sainte Eglise Catholique et Apostolique. Tout comme hier, aujourd’hui et demain. Car beaucoup semblent l’oublier mais l’Eglise c’est moi, c’est vous, en un mot c’est nous tous Catholiques d’appartenance ou de choix, réunis autour de la table du Saint Sacrifice, présence réelle de la sainte Trinité par l’intercession de nos Prêtres.
Le Concile Vatican II est une grande grâce que notre Seigneur a donné aux Hommes. Nous devons nous poser les bonnes questions !!!
N’avons nous pas mal interprétés son contenu ? J’en suis convaincu, cela vaut pour toute les tendances. Il ne peut y avoir "les bons " les méchants" une aile droite " une aile si .... et patati et patater.
Catholiques nous sommes. Catholiques nous devons tous être unis. Nos sensibilités, nos différences font la grandeur de notre peuple, celui de notre Seigneur. Soyons humbles et réfléchis et suivons le plus grand, le plus simple des ses commandements : "Aimez vous les uns les autres" cela semble être aussi le plus compliqué, au sein même de son peuple !
C’est pourquoi nous pouvons prier la Sainte Mère de Dieu, Marie notre merveilleuse intercetrice auprés de Notre Seigneur, qui pourtant nous préviens et que nous ne savons pas écouter !!!

Orémus / Prions (C’est une des plus ancienne prière adressée à la Sainte Vierge Marie (datant du III° s). Une indulgence partielle est accordée aux fidèles récitant cette prière.)

Sub tuum prà¦sidium confugimus, sancta Dei Genitrix. Nostras deprecationes ne despicias in necessitatibus, sed a periculis cunctis libera nos semper, Virgo gloriosa et benedicta. Amen.

Nous avons recours à votre protection, sainte Mère de Dieu. Ne rejetez pas les prières que nous vous adressons dans nos besoins, mais délivrez-nous toujours de tous les dangers, ô Vierge glorieuse et bénie. Ainsi soit-il.

Et encore ;
Marà­a, Mater grà¡tiae, Dulcis parens cleméntiae,Tu nos ab hoste prà³tege, Et mortis hora sàºscipe.
Jesu, tibi sit glà³ria,Qui natus es de Và­rgine,Cum patre et almo Spà­ritu,In sempitérna saécula. Amen.

à” Marie, Mère de la Grâce,
Douce mère de la miséricorde
Préserve-nous de l’Ennemi
Et accueille-nous à l’heure de la mort.
A Toi soit la gloire, Jésus,
Qui est né de la Vierge,
Avec le Père et le Saint Esprit
Pour les siècles des siècles. Ainsi soit-il.

Ecrite au 6° siècle cette prière adressée pieusement à , la trés Sainte Vierge nous accordera une indulgence partielle, certainement pour nos divisions.

In Christo Rege.

Voir en ligne : Siloe08

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Que ne ferait pas l’Eglise romaine, en perte de vitesse, pour rallier son troupeau qui n’est plus composé (hélas pour l’Eglise !) de moutons....
On racle les fonds de tiroirs pour attirer les brebis au bercail. N’importe quelle "niche" est bonne pour inviter le public à réintégrer l’Eglise. On souffle le chaud et le froid. On se montre inflexible avec les divorcés-remariés, les prêtres ayant des véléités matrimoniales, dans une intolérance incroyable, et on veut faire la morale aux autres. On donne dans le social et on essaie de faire vibrer la corde sensible. On prend le train en marche. Après avoir étouffé la théologie de la libération en Amérique du Sud, l’expérience des prêtres ouvriers dans l’église, la mître se socialise. Quelle hypocrisie !
Mais je pense que personne n’est dupe.

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Et si nous commencions par faire retour au Père. Car en fait le Fils ne s’explique que par Lui et son Esprit (Saint). Il me semble que ça apaiserait beaucoup de tensions.

Le reste, si considérable soit-il, n’est que doctrine.

Quel est ce pape qui disait que "cette fable de Jésus Christ avait été bien utile aux affaires cléricale (voire temporelles)" ????

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cà nous change en effet des querelles de sacristie de ces derniers mois ! enfin on reprend le chemin de vatican II. je commencais par me décourager de toutes ces discutailles autour de la récup des intégristes catholiques et autres.
allez messieurs les évêques de France, tracez un chemin d’humanisme religieux, on vous soutiendra.

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