Parution : 22 décembre 2009
Les "vertus héroïques" de Pie XII en question (2)
Comment, en 1934, le futur Pie XII a trahi les résistants catholiques contre le nazisme
Par Golias

Pascal a écrit : « Le pape hait et craint les savants qui ne lui sont pas soumis par voeu » (Br. 873, 323). L’affirmation arrogante de l’autorité pontificale, dont la béatification d’Eugenio Pacelli serait une expression particulièrement provocatrice, justifierait-elle le sacrifice de l’incontournable exigence de la vérité des faits.

Ainsi en est-il du silence du futur Pie XII, secrétaire d’Etat en 1934, sur l’assassinat par les nazis du dirigeant de l’Action catholique allemande le Dr Erich Klausener.

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Dirigeant de l’Action catholique depuis 1928, proche du vice-chancelier Franz von Papen, Klausener contribue à la rédaction du discours de Marbourg prononcé par von Papen le 17 juin 1934.

Même s’il est d’un ton relativement modéré, ce discours critique la violence et la répression mises en place depuis l’accession d’Hitler à la chancellerie. Lors d’un rassemblement catholique à Berlin, le 24 juin 1934, Klausener se livre, devant plus 60 000 personnes, à une critique passionnée et argumentée de la répression menée par les nazis contre les opposants, ce qui le fait considérer comme un adversaire du national-socialisme.

Par cette intervention, il venait de signer son arrêt de mort. La sentence fut exécutée huit jours plus tard : le 30 juin 1934. Il apparaît que Heydrich, lui-même, a personnellement donné l’ordre au S.S. Hauptsturmfà¼hrer Kurt Gildisch d’abattre Klausener dans son bureau du ministère national des Communications. Gildisch et un fonctionnaire de la Gestapo en civil gagnèrent le ministère et le bureau de Klausener, vers les 13 heures. Au haut fonctionnaire, ils lui signifièrent son arrestation. Tandis que Klausener saisissait son chapeau, Gildisch l’abattit d’une balle dans la nuque. Il l’annonça aussitôt à Heydrich lui-même, du téléphone du bureau ; la mission était terminée. Il reçut la consigne de déclarer cet assassinat comme un suicide. Il plaça deux factions SS devant la porte avec interdiction de laisser pénétrer qui que ce soit. L’accès au bureau o๠repose le corps de Klausener ensanglanté restera donc interdit à tous jusque vers 18 h 15, heure à laquelle le corps fut transporté à la morgue par des gens de la Gestapo. Furent ainsi repoussés, aussi bien le Premier ministre que l’épouse, le fils et le Docteur Werner Pà¼nder, ami intime de la famille. De la morgue, la dépouille mortelle de Klausener fut promptement transférée au crématorium de Wilmersdorf oà¹, sans autres investigations, il fut crématisé.

Comme le relève l’historien Klaus Scholder dans son ouvrage Les à‰glises et le Troisième Reich : 1934 : « On n’aurait que difficilement pu atteindre davantage la catholicité ecclésiale. Car, à l’accusation de haute-trahison avancée aussitôt par Goering, s’ajoute l’accusation de suicide qui représente pour l’à‰glise un péché grave, interdisant, dès lors, des funérailles religieuses, et la crémation du corps, également formellement interdite par l’à‰glise. » Lors du procès de Nuremberg, Goering a reconnu avoir été l’instigateur de l’assassinat. 

Comment l’Eglise s’est-elle comportée face à l’événement ?

Réunis tard dans la soirée à l’évêché de Berlin, se retrouvaient,, pour faire le point, le nonce apostolique, Mgr Cesare Orsenigo, et trois membres de la délégation chargés de représenter l’épiscopat d’Allemagne à la commission bipartite pour le suivi du concordat... Mgr Nikolaus Bares ne participait pas à la réunion. En effet, il se trouvait en tournée pastorale dans son diocèse. On crut un instant qu’il était monté dans la même charrette que Klausener. Après avoir écouté le rapport détaillé du vicaire général, Karl Adam, qui avait suivi les évènements au plus près, le nonce Cesare Orsenigo, s’exclama : « C’est du pur style soviétique. » Y faisait écho au même moment Mgr Wilhelm Berning, évêque d’Osnabrà¼ck : « Nous sommes en plein bolchévisme. »

Face à l’implication personnelle d’Adolf Hitler dans la totalité des assassinats de la « Nuit au long couteaux », il fut décidé de saisir le cardinal Pacelli, secrétaire d’état, de ce qui était perçu comme un drame par la catholicité allemande, l’invitant à exprimer à la famille son émoi et sa solidarité à toute la nation. Eugenio Pacelli s’est tu. Eugenio Pacelli a imposé son silence.

Les consignes de Pacelli : taire les conditions de la mort de Klaussener

Dans un télégramme au ministre d’à‰tat chargé des Affaires étrangères, le 1er juillet 1934, l’ambassadeur Diego von Bergen transmet : « Cardinal - apaisé par explications données - ne cache pas reconnaissance admirative pour le courage personnel et résolution de fer montrés par le Fà¼hrer en ce jour. » Les recommandations données à l’époque par le secrétaire d’Etat Pacelli furent les suivantes : taire les conditions de la mort de Klausener, réduire au minimum la célébration du requiem et l’évocation de sa mémoire. Aussi, la messe d’adieux ne fut-elle pas dite en la cathédrale mais en la chapelle privée de l’évêché et l’absoute dans la chapelle du cimetière. N’y assistait que l’évêque, le chapitre de la cathédrale et les seuls amis intimes.

Le fait de lui accorder des funérailles religieuses fut reçu comme l’évident démenti à l’allégation du suicide. Le dimanche suivant la mort, sur ordre de la curie épiscopale, fut lu en chaire aux messes du matin, dans toutes les paroisses du diocèse de Berlin, un avis dont le libellé interdisait toute interprétation politique. En invitant à prier pour le disparu qui, le 30 juin, était entré de manière inattendue, dans l’éternité. Avec cet envoi, le clergé était expressément prié de garder, vis-à -vis des évènements, la retenue exigée et de ne pas perdre de vue les intérêts de l’Eglise toute entière.

2 commentaires

Très intéressant article, et encore plus intéressante la réaction de Mr Lestang, qui suit une méthode éprouvée des révisionnistes : chercher un détail, en général de peu d’importance, pour discréditer l’ensemble de l’article.
Hervé DIVICIACOS

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