Parution : 12 février 2010
HONDURAS : nouvelles polémiques autour de Maradiaga
Par Golias

Longtemps cité comme un possible papabile, le cardinal Oscar Rodriguez Maradiaga, salésien, archevêque de Tegucigalpa, a déçu nombre de ses supporters, voyant en lui un champion d’une église ouverte et socialement engagé, en appuyant et en justifiant le putsch conservateur dans son pays, il y a quelques mois, lequel putsch écartait du pouvoir le Président légitime Manuel Zelaya.

Des membres de l’Opus Dei honduriens ne seraient pas étrangers à ce retournement de situation. En tout cas, de nombreux d’observateurs ont été proprement sidérés de voir un homme de l’intelligence et de l’ouverture de Mgr Maradiaga emboiter le pas aux putschistes.

Ce positionnement récent, et qui hélas se confirme, de l’archevêque de Tegucigalpa, tranche douloureusement avec les positions théoriques du même prélat. Commentant une conférence récente du cardinal Rodriguez Maradiaga, prononcée à Alicante (Espagne) le 12 janvier dernier, le théologien espagnol Fernando Bermudez Lopez y voit une pérennité assurée à la théologie de la libération. Le thème de la conférence était "l’Eglise catholique et la lutte contre la pauvreté". Quitte à étonner certains des participants le cardinal Rodriguez Maradiaga s’est véritablement déchaîné contre le système économique néolibéral et ultralibéral. L’archevêque hondurien le juge injuste, inhumain et immoral. Il met en évidence la responsabilité des organismes financiers internationaux dans la crise économique mondial. De plus pour le cardinal il est urgent que les chrétiens fassent à nouveau l’option préférentielle pour les pauvres.

Comment concilier un tel positionnement, aussi clair et courageux, devenu presque rare dans l’Eglise en voie de restauration, avec l’étonnante et déplorable complaisance du même cardinal avec le gouvernement conservateur de son pays, ayant jadis déposé le Président Manuel Zelaya ? On s’étonne de voir le cardinal défendre le putsch, qui ne serait qu’un mensonge avancé par Hugo Chavez, d’une objectivité plus que douteuse. Il s’agirait non d’un "coup d’Etat" mais d’"une succession constitutionnelle" dans les règles. Quant à Hugo Chavez il cultiverait l’art de la désinformation, désireux qu’il serait d’influencer la destinée du Honduras en bonne part pour favoriser le trafic de drogue. Selon la version ô combien discutable du cardinal Rodriguez Maradiaga, Chavez aurait en quelque sorte persuadé Zelaya de saccagé les caisses de l’Etat et de trafiquer la constitution pour pouvoir rester encore vingt ans au pouvoir. En somme, Chavez veillerait à l’implantation de son complice. De façon tout aussi stupéfiante le cardinal se garde d’évoquer, contre toute évidence, et contre son devoir le plus obvie, la répression brutale et sanglante par les forces armées contre les opposants au putsch, les enlèvements, les tortures, les détentions illégales.

Audacieux en terre étrangère, le cardinal Rodriguez Maradiaga se contente dans son propre pays d’un appel à la réconciliation, qui ne sonne pas très juste. Pire, il fait l’éloge de Porfirio Lobo, le vainqueur des élections présidentielles illégitimes du 29 novembre qu’il félicite d’oeuvrer à la réconciliation nationale.

La conférence de Rodriguez Maradiaga a suscité de très vives réactions au sein de la gauche hondurienne qui ne peut manquer de pointer une semblable incohérence. Ainsi Beatriz Valle, vice-ministre des affaires étrangères du gouvernement Zelaya a envoyé une lettre très dure au cardinal réfutant point par point son interprétation malveillante et fausse. Elle conteste en particulier avec la dernière énergie l’allégation selon laquelle le Président Zelaya voulait rester au pouvoir encore vint ans ! Enfin, il est très grave de la part d’un homme d’Eglise, qui est supposé avoir en principe du recul, de se livrer à des calomnies. Accusant Zelaya d’avoir pillé les caisses de l’Etat. Depuis quand la dignité cardinalice autorise-t-elle la diffamation ?

Ce qui choque et étonne le plus c’est l’abîme entre ce que dit Son Eminence de façon générale in abstracto et sa conduite au sein de son propre pays. Il offre une version inattendue et paradoxale de l’adage évangélique "nul n’est prophète en son pays".

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