Parution : 3 avril 2010
VATICAN : Quand le Prédicateur
du pape compare les "attaques" contre l’Eglise à l’"antisémitisme"...
Par Golias

Le rapprochement fait par le prédicateur de la Maison pontificale, le Père Raniero Cantalamessa, entre les attaques contre le pape dans les scandales de pédophilie et l’antisémitisme provoque une lourde polémique qui affecte une nouvelle fois l’Eglise catholique. « C’est un propos complètement dépassé », a déclaré à La Stampa le rabbin en chef de Rome, Riccardo Di Segni. Une polémique d’autant plus grave que le sermon du prédicateur du Vatican a été fait vendredi soir pendant la liturgie de la Passion du Christ.

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Instrumentaliser ainsi la célébration du vendredi saint nous paraît effectivement indigne surtout si l’on prend en compte tout ce qui s’est passé, pogroms, violences etc. au cours de l’histoire ce jour-là dans nos pays chrétiens

On retrouve l’irresponsabilité qui présidait aux propos de Ratisbonne tenus en 2006 par le pape actuel sur l’islam mais cette fois c’est le monde juif qui se sent agressé par cette comparaison entre les "attaques" contre l’église liées aux faits de pédophilie et l’antisémitisme derrière lequel se profilent les persécutions liées à la Shoah. Si le Vatican devait recevoir la palme de l’institution la plus calamiteuse, il aurait désormais toutes les chances de l’emporter

A l’évidence, ce monde de gérontocrates célibataires n’a pas pris conscience que la position de donneur de leçon - et le rappel de valeurs entre parfaitement dans le rôle qui est le sien - impose des devoirs qui vont au delà de la norme qui s’impose à l’homme de la rue. Sur ce plan, "entre le curé et l’instituteur", le premier a une obligation d’exemplarité peut-être encore plus forte que le second. Ou encore si le premier se rend coupable de délits ou de crimes, c’est la parole de toute l’institution catholique qui se dit usufruitière de la Vérité qu’elle détiendrait qui est entachée de soupçon.

Si des homme sont faillibles, leur statut de clerc ne doit pas les mettre à l’abri de sanctions que sont amenés à supporter leur frères laïcs en pareil cas. Et si l’institution dont ils font partie ne prend pas la mesure du problème - et des mesures tout court - elle ne peut s’en prendre qu’à elle si elle crée par là même le scandale.

"Quant à celui qui a scandalisé un de ces petits il vaudrait mieux pour lui qu’on lui attache une meule au cou et qu’on le précipite dans la mer " est-il écrit dans les à‰vangiles.

Apparemment à Rome, les hiérarques ignorent la maxime "responsables mais pas coupables" qui est bien la ligne de défense maximale à laquelle l’institution catholique peut encore s’accrocher s’il n’est pas trop tard.

Une partie des arguments mis en avant pour les défenseurs de l’institution consiste à instrumentaliser en quelque sorte la personne même de Benoît XVI : on attaque le pape. La belle affaire ! la lettre aux Irlandais pèche quand même par quelques omissions significatives (voir nos éditions précédentes).

Si Benoît XVI avait plaidé l’erreur de jugement sur les faits avancés par le «  New York Times  », les choses auraient pu être différentes dans la perception qu’a l’opinion de cette lamentable affaire. Idem dans l’affaire de Munich quand il était l’archevêque de ce diocèse allemand. Mais on a eu recours à toutes sortes de manoeuvres d’évitement, de contournement et pour tout dire d’une certaine forme de mensonge (voir nos éditions précédentes). Par ailleurs, on ne peut s’empêcher de comparer le sort réservé aux prêtres qui ont brisé le voeu de célibat et ceux - ils sont des milliers aujourd’hui sans parler de ceux qui n’ont pas été dénoncés ou identifiés - à avoir été "couverts", simplement déplacés et parfois dans des tâches qu’ils n’auraient jamais du avoir parce qu’elles les mettaient encore en contact avec des enfants et en situation d’autorité. Dans le cas de mariage ou de relations suivies avec une compagne nombre de prêtres ont été « réduits à l’état laïc » tandis que les atteintes criminelles aux enfants n’ont provoqué que de timides mesures, et en tout cas pas de "réduction à l’état laïc". Il serait donc plus grave d’aimer une femme et de vouloir vivre avec elle que de violer un enfant et d’attenter à son innocence quitte à le marquer à vie !!! Et on ne parle pas de la souffrance causée aux "compagne" clandestines de prêtres et à leurs enfants trop souvent ignorés !

Voilà en somme quelques éléments qui ne semblent pas avoir été vraiment pris en compte par ceux qui volent au secours de l’institution qui aurait mieux à faire que de se montrer aujourd’hui dans une posture victimaire en criant au complot. Il nous semble que le problème du célibat ecclésiastique, croisant en quelque sorte ce scandale dramatique à tous égards, a été usé jusqu’à la corde : tant qu’on ne parle que de cela, on ne parle pas de la responsabilité de l’institution et de ceux qui en ont la charge. C’est une véritable voie de garage et une manière de noyer le débat. Qu’on évoque donc vraiment le statut de celui qui a été ordonné, cet "autre Christ" : une expression stupide et fausse que nombre de générations ont entendue jusqu’à l’écoeurement et qu’elles rejettent aujourd’hui à cause de son instrumentalisation doctrinale qui n’a rien à voir avec les origines du christianisme.

S’il y a scandale, il est tout autant pour les délits et les crimes commis avec cette forme de complicité qui s’est manifestée sous de nombreuses modalités, avec des acteurs différents et pendant de trop longue années. Là encore, invoquer l’ancienneté des faits quand il y a eu volonté délibérée de les masquer (sans vouloir s’attaquer à la cause) et de distraire celui qui a abusé d’enfants à la Justice relève d’une profonde mauvaise foi. Et d’une grande perversité institutionnelle.

Barbarin remercie les victimes ! Et la justice ?

Que cessent enfin ces manoeuvres à la fois stupides et odieuses qui consistent chaque fois à noyer le poisson, à pervertir le débat en refusant d’aborder les questions cruciales. On dit l’enfer pavé de bonnes intentions : c’est peut-être cela qui a inspiré l’intervention du cardinal Barbarin diffusée sur France Info en ce samedi saint. L’entendre remercier les victimes et leur familles "parce qu’ils ont osé parler" et qu’ainsi les choses sont apparues au grand jour a vraisemblablement dà » heurter profondément nombre d’auditeurs. On peut s’efforcer de croire à la sincérité du cardinal mais on ne peut s’empêcher, dans le même temps, de voir là un nouvel effet pervers des technique de communication. Il est vrai que remercier évite de demander pardon. Un mot magnifique mais trop souvent galvaudé dans le christianisme. Tout particulièrement dans le catholicisme romain.

Rappelons que pour obtenir le pardon de la victime, des conditions essentielles doivent être réunies de la part de l’auteur du crime ou du délit (et de ses complices) :

- il doit faire l’aveu de ce crime ou de ce délit. mais cette démarche concerne aussi ses complices .

- il doit s’engager à ne plus récidiver et doit prendre toutes dispositions pour cela .

- il doit sans équivoque demander pardon et réparer dans toute la mesure du possible le mal qu’il a causé à sa victime et à ses proches( ces parents dont on parle si peu).

Alors seulement rappelait un des avocats des victimes dans un terribles procès jugé à Lyon pourra venir l’oubli.

"L’oubli c’est l’usure du souvenir et l’abolition de la mémoire. L’oubli est concevable et recommandé après le pardon. Pas avant. Car sinon la justice n’a plus de raison d’être".

8 commentaires

Le père Cantalamessa s’est borné à lire publiquement une lettre de soutien d’un ami juif , indigné de la persécution dirigée contre le pape .
Des associations juives ont décidé de qualifier cette lettre de pure invention . C’est leur problème . De toute façon , c’est l’exemple-type de la tempête dans un verre d’eau ...

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VATICAN : Du pardon à l’oubli. 4 avril 2010 20:44, par in vino veritas

Merci pour votre final : le pardon demande, l’aveu, la reconnaissance et la REPARATION : voilà ce qui est juste !

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Un viol, des attouchements, des masturbations sur des enfants n’attentent pas seulement à l’innocence mais à l’intégrité physique et à l’intimité qui s’en trouvent totalement niées et détruites durablement. La construction personnelle toute entière (physique, psychique et morale) et la sexualité s’en trouveront pour toujours après de tels actes, mises en abîme et en grande difficulté.
Comment peut-on prêcher l’amour d’un côté et agir de l’autre pour tuer l’intimité et l’intégrité physique d’un enfant, d’un ado ? D’autant que rien ne répare jamais une telle destruction...

Le déni qui tente une comparaison avec l’antisémitisme est lamentable et détestable.
Mais c’est un argument récurrent dès lors que l’Eglise bloque sur tout ce qui concerne la sexualité.
Ne compare-t-elle pas déjà l’avortement avec la Shoah ? C’est l’antienne avancée par l’Eglise et que je trouve particulièrement choquante.
Je me souviens notamment d’attaques violentes sur la personne de Simone Veil rapport à la loi sur l’IVG. Et encore par JP2 des remarques que j’avais trouvées antisémites et inacceptables sur Mme Veil.
On trouve également un déni dans une partie de l’Eglise de l’existence de la Shoah (cf Williamson et d’autres prélats réactionnaires) et en même temps une forme de surenchère et d’instrumentalisation de la Shoah sur des questions idéologiques.
Comment l’institution peut-elle en arriver à de telles attitudes de déni, d’instrumentalisation et de mépris ?
Comment l’institution ecclésiale peut-elle se vouloir un guide pour notre foi alors qu’elle agit à rebours du don de Dieu ?

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Quant à moi cette comparaison me paraît utile à la réflexion. Comparable ne signifie pas identique. Les agresseurs sont toujours des agresseurs, les agressés sont des victimes innocentes, qui demandent à être comprises et secourues. Notre amour, notre compassion, ne doivent pas être sélectives. L’agressivité n’est pas une bonne chose. Au lieu d’accuser tout le temps les autres de faire ou dire ceci ou cela, si chacun s’attachait à se corriger lui-même, le monde marcherait mieux. C’est d’ailleurs le sens (un des sens) de la croix. Cette vague d’agressivité frénétique véhiculée par les médias est inquiétante, je trouve. Ne pensez-vous pas ?

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