Parution : 28 avril 2010
Aux sources de l’intégrisme catholique

La contestation de Vatican II a mis en relief l’existence d’une tendance intégriste que l’on avait oubliée. En France, les vingt années qui précédèrent le Concile furent celles d’une exceptionnelle créativité théologique et pastorale que les coups de crosse de Pie XII ne sont pas parvenu à étouffer. Ces novations ont d’ailleurs préparé et rendu possibles les avancées conciliaires. Mais ces faits qui occupent la scène ecclésiale ne doivent pas occulter l’activité en coulisse d’une tendance intégriste particulièrement puissante dans notre pays. Et qui a actuellement le vent en poupe, à la faveur du Motu proprio du pape Benoît XVI "libéralisant" la messe en latin. Sans oublier la réintégration en cours des disciples de Mgr Lefevre séparés depuis 1988.

Encore faut-il préciser ce qu’est l’intégrisme. Un jeune historien, proche de cette mouvance, en donne la définition suivante : « L’intégrisme, c’est le nom donné après 1945 à l’intransigeantisme et à l’intégralisme français se voulant d’obédience romaine, par les catholiques qui cherchent une réforme de l’à‰glise, et refusé par ceux à qui il est appliqué, mais qui s’est imposée et a acquis un statut de vérité. » On préférera l’approche, plus neutre, d’à‰tienne Fouilloux : « La réaction antimoderniste de la première décennie du siècle
constitue l’acte de naissance de l’intégrisme. » Faute d’une définition rigoureuse, l’intégrisme apparaît comme un phénomène réactionnaire “ au sens strict -, menant une lutte sur deux fronts : contre la menace externe de laïcisation et de sécularisation et contre la menace interne représentée par les libéraux, modernistes et progressistes, voire par des « pans entiers de l’institution quand ils paraissent gangrénés
 ».

Il faut donc remonter à la condamnation solennelle, en 1907, du modernisme, qualifié de « rendez-vous de toutes les hérésies », par Pie X dans son encyclique Pascendi. Cette dernière favorisa l’essor d’une réaction intégriste et, de surcroît, une organisation quasi secrète, Sodalitium Pianum, appelée vulgairement en France la Sapinière, qui étendit son réseau d’informations à travers l’Europe et multiplia les dénonciations auprès du Saint-Office. On ne s’étonnera donc pas que Pie X, canonisé par Pie XII, soit devenu le pape préféré des intégristes (cf. notre encadré p.18 de GOLIAS Magazine n°130). A la fin de 1914, le nouveau pape Benoît XV tenta d’apaiser les tensions dans l’à‰glise : tout en renouvelant la condamnation des « monstrueuses erreurs du modernisme », il proscrivait « l’agitation » parmi les catholiques et visait ainsi les intégristes sans les nommer.

Dès 1942, un théologien du Saint-Office découvrait une nouvelle menace pour l’à‰glise : la « nouvelle théologie » que Pie XII, dans une allocution de septembre 1946, stigmatisait par cette mise en garde : « Si l’on devait embrasser une telle opinion, qu’adviendrait-il des dogmes immuables de l’à‰glise catholique, qu’adviendrait-il de l’unité et de la stabilité de la foi ? » Les théologiens visés étaient des Français qui voulaient tout simplement « réformer le catholicisme pour lui permettre d’engager un débat constructif avec son temps ».

Quelle aubaine pour les intégristes qui se firent volontiers dénonciateurs des « erreurs » des théologiens français. Grâce à eux, - et à certains évêques -, Rome, et en particulier le Saint-Office, disposaient en France d’un réseau d’indicateurs fort actif. René Rémond, le célèbre historien, déclarait, à la Journée des universitaires catholiques, début 1955, que « c’est de France que le Vatican reçoit le plus de dénonciations pour déviationnisme » et même qu’il arrive à Rome cinquante fois plus de dénonciations venues de France que de l’ensemble du monde catholique ! Nous en donnerons quelques exemples dans ce dossier.

Nous n’évoquerons pas ici le rôle des campagnes de presse et des dénonciations intégristes contre les prêtres ouvriers et les Dominicains (Boisselot, Chenu, Congar, Féret) : elles sont bien connues depuis la publication du grand livre de François Leprieur, Quand Rome condamne. Mais l’influence à Rome des intégristes français aboutit aussi, en 1957, à la condamnation du « catéchisme progressif » soutenu par l’épiscopat français ! D’ailleurs, s’il y eut moultes sanctions contre des théologiens et des condamnations (du communisme, du progressisme, de « Jeunesse de l’à‰glise », du journal La Quinzaine), l’intégrisme n’a jamais été l’objet d’une condamnation. De cette tendance, Jean Madiran le souligne avec complaisance mais non sans raison. Ce fait mérite réflexion : s’appuyant sur la « tradition », les intégristes ont disposé hier et disposent toujours aujourd’hui d’une position théologique très forte. Qu’ils fossilisent ou déforment cette « tradition » ne change rien à l’affaire et le petit monde romain ne peut qu’y être sensible.

Il n’est pas question dans ce dossier de faire l’histoire de l’intégrisme depuis le Concile : elle est assez bien connue de nombre d’entre nous qui l’ont vécue. Il s’agit ici de faire l’histoire d’une période moins connue, celle des vingt ans qui ont précédé, de 1945 à 1965, pour montrer que ce n’est pas le Concile et ses réformes qui ont fait naître ce courant dans l’à‰glise. Les réformes conciliaires ont seulement été, pour l’intégrisme, une opportunité pour rebondir de plus belle.

Nous présenterons d’abord quelques-uns de ces mouvements et de leurs animateurs : Jean Ousset et la Cité catholique, la Pensée catholique animée par les abbés Lefèvre et Berto, Jean Madiran et sa revue Itinéraires, enfin, moins connu, Pierre Lemaire et ses « pères de famille ». Au-delà de leurs divergences de sensibilité, qu’est-ce qui réunit tous ces catholiques ? D’abord, la défense du pouvoir pontifical : pour eux, être catholique, c’est être « romain » et dénoncer le « gallicanisme » ; ensuite, la crispation sur une tradition qu’ils considèrent comme immuable ; enfin, un culte de Marie qui tourne à la mariolâtrie.

Dans un deuxième temps, nous montrerons l’activisme de ces groupes, d’abord contre le « catéchisme progressif » soutenu par l’épiscopat français et condamné par Rome en 1957. Preuve, s’il en était besoin, de l’influence des intégristes. Ensuite, pendant la guerre d’Algérie et leur migration « réussie » en Argentine avec la dictature militaire. Enfin, nous évoquerons le temps du Concile. Et si notre dossier se penche sur un texte de Mgr Lefebvre, on ne commettra pas l’erreur de croire que tous ces intégristes ont suivi cet évêque dans la rupture avec Rome.

Ce dossier n’est pas exhaustif. Il aurait fallu montrer que, dès avant le Concile, les premières réformes qui concernent la liturgie soulevèrent déjà l’hostilité de ces groupes. Il aurait fallu aussi présenter d’autres personnalités : certaines sont en rupture avec Rome, comme l’abbé Coache, l’abbé Georges de Nantes, récemment décédé, - qui fonde en 1970 « La Contre-réforme catholique » -, tous les « sédévacantistes » qui soutiennent que, depuis la mort de Pie XII, le siège de Pierre est vacant ! Mais d’autres sont restés fidèles à Rome toute leur vie comme Louis Salleron et Marcel Clément qui fut rédacteur en chef puis directeur de L’Homme Nouveau pendant plus de trente ans. Une à‰glise qui marche à reculons mais qui, avec Benoît XVI, ne cesse de marquer des points.

Pour découvrir l’ensemble de ce dossier, nous vous invitons à télécharge le dossier 130 de Golias magazine : lien url : http://www.golias.fr/spip.php?page=panier&thelia_action=ajouter&ref=RT000130

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