Parution : 19 juillet 2010
LES "NOUVEAUX DELITS GRAVES" DE L’EGLISE : Un mélange des genres hallucinant
Par Golias

L’effet d’annonce a pu tromper. En effet, le Vatican a voulu donné un gage en bonne partie trompeur et illusoire de bonne foi face aux affaires de pédophilie. Pour convaincre l’opinion que dorénavant la slogan tolérance zéro deviendrait une réalité et qu’on ne couvrirait plus les affaires.

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En tout cas, de nouvelles normes viennent d’être rendues publiques pour lutter contre la pédophilie au sein du clergé. Selon la présentation qu’en fait la Croix, elles énumèrent les délits que l’Eglise considère comme les plus graves, s’attachent pour l’essentiel à donner des directives juridiques plus fermes et plus rapide. Il s’agit d’une suite au processus engagé en 2001, et visant à rendre plus efficace le traitement de ces cas, en évitant aussi l’enlisement. En écho aussi aux mesures exceptionnelles déjà prises en 2003.

Le texte se compose de 31 en tout, et modifie et complète le motu proprio promulgué en 2001 par Jean-Paul II sous le titre "Sacramentorum Sanctitatis Tutela". Ce dernier attribuait déjà à la Congrégation pour la doctrine de la foi la compétence requise pour traiter et juger de délits particulièrement graves, dont les sévices sexuels sur mineurs. Afin d’éviter que la multiplicité des instances concernées ne compromette l’efficacité et la rapidité du traitement des affaires, voire ne favorise leur enlisement. De plus, il semblait important de confectionner un texte valable partout pour que le problème soit réglé de la même manière dans les différents pays de la catholicité. En raison de son indéniable ampleur.

Mais derrière une intention en soi louable se dissimule aussi une volonté de saisir l’occasion pour fermer encore plus durement l’accès des femmes à la prêtrise. En effet le document ose, avec une impudence rare et tellement sà »re d’elle-même qu’elle a pu passer inaperçue, associer à de tels délits l’ordination de femmes à la prêtrise. Qui n’a évidemment rien de commun avec la violence pédophile. L’amalgame est scandaleux et révoltant. L’ordination des femmes est présentée contre tout bon sens théologique comme un "délit grave contre la foi" (!). Mais en quoi cela va-t-il contre la foi ? Sinon au travers d’un abus d’autorité gravissime. Il s’agit, comme le dit l’article 5 du document, d’une « atteinte à l’ordre sacré », tant de la part de celui qui ordonne que de celle qui reçoit l’ordination. Ce type de délit sera donc désormais géré par la Congrégation pour la doctrine de la foi. Les normes rappellent que tout prêtre (on pensait qu’il fallait un évêque mais bon !) qui accomplit une telle ordination, comme toute femme qui s’y prête encourt une excommunication automatique. Ce qui, entre parenthèses, n’est pas le cas d’un prêtre pédophile ! On croît rêver. Pour le Vatican, l’ordination de femmes semble être pire que tout. Une détermination renforcée en définitive par la décision toute récente des anglicans d’avoir des femmes évêques. Rome veut multiplier les verrous de sécurité. Cela risque au demeurant d’être contre-productif.

Ces normes ont été concoctées par Mgr Charles Scicluna, promoteur de justice de la Congrégation pour la doctrine de la foi, un Maltais de 51 ans, très estimé du Pape. Il devrait d’ailleurs être ordonné évêque d’ici la fin de l’année. Conservateur, c’est un juriste compétent dans une ligne ratzingérienne très intransigeante.

Parmi les nouveautés, la Congrégation pour la doctrine de la foi pourra, sur mandat du pape, « juger les cardinaux, les patriarches, les évêques » en matière de « délits contre la foi » et de « délits les plus graves commis contre les moeurs ou dans la célébration des sacrements ». Ce qui fait frémir. Il s’agit bel et bien d’un contrôle drastique de l’"orthodoxie" hauts prélats eux-mêmes pour que personne ne s’écarte de la ligne du Pape ! Ce qui est le signe d’une répression en cours.

De plus, le texte prévoit des procédures accélérées, qui permettent de procéder par « décret extrajudiciaire » ou encore de présenter au pape, dans certaines circonstances particulièrement graves, les cas de prêtres coupables d’actes de pédophilie, pour une retour immédiat à l’état laïc.

En outre, les prêtres coupables pourront être jugés en première instance non seulement par des ecclésiastiques, comme c’était jusqu’ici le cas, mais aussi des laïcs. C’est une prise en compte de l’évolution qui voit de plus en plus, dans les tribunaux ecclésiastiques, les laïcs remplacer des prêtres. Et qui pour le coup n’est pas mauvaise en soi.

Autre nouveauté, déjà annoncée, la prescription pour les délits d’abus sexuels passe de dix à vingt ans, avec toujours la possibilité de dérogation au-delà de cette période de temps. Ou encore les sévices sexuels à l’encontre de handicapés mentaux seront jugés aussi sévèrement que ceux effectués sur des mineurs.

Enfin, nouveauté à remarquer, la pédopornographie est ajoutée à la liste de ces délits particulièrement graves. Le document la présente en ces termes : "l’acquisition, détention et diffusion par un membre du clergé, de quelque façon et moyens, de matériel pornographique ayant pour objet des mineurs de 14 ans au plus".

D’un point de vue doctrinal, si l’on peut comprendre l’opportunité de faire converger au centre, à Rome, les pouvoirs pour des raisons de cohérence et de rapidité, cela pose tout de même un redoutable problème de regain d’un centralisme romain associé à un tour de vis autoritaire et à un esprit de nouvelle inquisition. Il est évidemment inadmissible d’associer comme le fait le document des crimes comme la pédophilie avec des délits contre la foi ! Comme si de façon assez perverse - mais faut-il réellement s’en étonner de sa part ? - le Vatican se servait de cette occasion pour faire passer en douce, sous le vernis du bon sentiment de lutter contre la pédophilie, des mesures ignobles pour traquer l’hérésie et empêcher à tout prix une évolution de fond de l’Eglise et de son fonctionnement. Au détriment non seulement des diocèse locaux mais encore de toutes les libertés et de toutes les réformes envisageables. Il s’agit bien de tout verrouiller et de tout bétonner.

En même temps, le document se garde bien des avancées indispensables pour une véritable éradication des abus sexuels dans le clergé comme la pleine et entière collaboration avec la justice civile. A l’évidence, si le Vatican est contraint de se montrer moins complaisant à l’endroit de prêtres pédophiles en réalité souvent victimes d’un système inhumain et tordu - suivez mon regard ! - il entend surtout marquer des points dans sa stratégie de restauration intransigeante en fermant durement et contre tout bon sens théologique la voie à l’ordination des femmes et en renforçant un centralisme romain au détriment des évêques et des cardinaux eux-mêmes, soumis comme dans les temps anciens à la sainte Inquisition !

10 commentaires

Cher Patrick,

"A quand le retour des bà »chers ?" ?

Moi, je dis qu’étant donné que le Maître veut les hérétiques, les pécheurs et les impies CONVERTIS ET VIVANTS, le bà »cher est aujourd’hui une pratique MORTE, DEFINITIVEMENT MORTE !

"Enfin, rappelons tout de même que c’est à une femme que Jésus donna le privilège d’apparaître pour la première fois après sa résurection. Enfoncés Simon-Pierre et tous ses (prétendus) successeurs apostolico-romains. ".

Pour ce qui est de Simon-Pierre...enfoncé, vraiment ?

Et si lui et Marie-Madeleine avaient éprouvé une grande et haute estime l’un pour l’autre ?

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Il parait que c’est un "crime contre la foi" pour un prêtre (!) d’ordonner une femme ? On est sauvé car ainsi les évêques ne seront pas coupables de ce CRIME.
CRIME contre la foi ? Alors, à quand le retour des bà »chés ?
Navrant...
Enfin, rappelons tout de même que c’est à une femme que Jésus donna le privilège d’apparaître pour la première fois après sa résurection. Enfoncés Simon-Pierre et tous ses (prétendus) successeurs apostolico-romains.

Patrick (Metz)

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"Ou alors, qu’est-ce la foi ? « Croire au Christ , écouter sa parole et la mettre en pratique c’est-à -dire, aimer son prochain comme soi-même ». Mais sans doute ai-je tout faux ?".

Non, tu n’as pas tout f aux . Mais cependant...

"Croire au Christ". Oui, bien évidemment, la foi c’est ça.

"Ecouter sa parole et la mettre en pratique ". Oui, c’est aussi cela.

"C’est-à -dire aimer son prochain comme soi-même". Ah,là tu fais en partie erreur : le Christ n’a PAS SEULEMENT dit : "Tu aimeras ton prochain comme toi-même".

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Je ne sais pas pourquoi mais je pense tout à coup, à un coup de "La Sainte Alliance" ou de la "La Sapinière"
Le pape vieillissant ne serait-il manipulé par l’espionnage & contre-espionnage du Vatican.
Mais après tout d’aucuns me diront que je suis certainement "fada" comme on dit dans le Midi...

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