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Parution : 26 janvier 2011
DOM SAMUEL RUIZ "EL TATIC"
(San Cristobal de las Casas) :
Hommage à un pasteur extraordinaire !
Par Golias

C’est avec une très grande tristesse que tous nos amis apprendront le décès tout récent de Mgr Samuel Ruiz, ancien évêque de San Cristobal de las Casas au Chiapas de 1959 à 1999. L’une des plus extraordinaires figures épiscopales de l’après-Concile en Amérique latine aux côtés des Helder Camara, Paulo Evariste Arns, Leonardo Proano pour n’en citer que trois. Grand défenseur de son peuple, conscient de l’importance d’un instruction théorique de lutte comme celui de la théologie de la libération, ce témoin inlassable de l’Evangile s’en est allé. Sa foi en la vie éternelle ne l’avait jamais détourné de la nécessité de construire ici et maintenant ce royaume voulu par Dieu et confié aux hommes.

A rebours de tous les spiritualismes fallacieux et d’une morale infecte de la résignation.

A cause de Jésus, pour l’Evangile, Dom Samuel Ruiz a défendu les droits des peuples indigènes du Mexique ou d’Amérique latine. Formaté au départ pour une carrière ecclésiastique brillante et conformiste, entré au séminaire à treize ans, envoyé à Rome pour y étudier à la prestigieuse université grégorienne, il est devenu très tôt dans son pays, à Léon, recteur du séminaire.

Jean XXIII le nomme en 1959 évêque de San Cristobal de las Casas, état du Chiapas, Mexique. Son évêché se caractérise par sa grande pauvreté et par sa population majoritairement indigène.

Dom Samuel vivait actuellement à Santiago de Querétaro o๠il continuait une activité pastorale de simple prêtre.

La croix ne lui fut pas épargnée tout au long de sa vie : officie en tant que prêtre. Ainsi, en 1998, il est méchamment accusé par le président Ernesto Zedillo Ponce de Leon pendant sa tournée présidentielle au Chiapas d’être le pasteur de la division et de travailler pour une théologie de la violence. Plusieurs attentats furent perpétrés contre sa personne par des groupes paramilitaires, sans parvenir à l’atteindre, ni à l’intimider.

Les coups les plus redoutables et les plus douloureux furent cependant portés de l’intérieur de l’Eglise. Le Nonce Apostolique à Mexico, Mgr Girolamo Prigione, chercha à plusieurs reprises à le faire partir et à la discrétion. Selon certaines accusations, en lien étroit avec certaines sphères du pouvoir. Soutenu par Mgr Luigi Raimondi, Nonce Apostolique sous Jean XXIII, un homme d’audace, Samuel Ruiz devint par la suite la véritable bête noire des milieux conservateurs. Et fut trahi par certains de ses anciens amis, comme le cardinal Suarez Rivera, pourtant son fils spirituel du Chiapas, qui fit carrière comme archevêque de Monterrey ou même le cardinal de Mexico City, Ernesto Corripio, aujourd’hui tous les deux décédés.

Il reçut cependant beaucoup de reconnaissance comme le prix Simon Bolivar de l’UNESCO pour son investissement personnel et son rôle en tant que médiateur, contribuant ainsi à la paix et au respect de la dignité des minorités. En outre, en 2001 il reçut le prix international des droits humains de Nuremberg pour son infatigable défense des droits humains des peuples indigènes du Chiapas, et ce pendant plusieurs décennies. Par la suite il est également nommé docteur Honoris Causa de l’université Iberoamericana. A deux reprises son nom fut cité pour un doctorat honoris causa qu’il ne reçut jamais. Mais la vraie et seule fierté de ce pasteur fut toujours l’amour et l’estime qu’il servait de tout son coeur.

Théologien solide, il se fit le promoteur ardent et éclairé d’une inculturation de la foi chrétienne dans la culture indigène. Ainsi que le réformateur audacieux mettant en place un réseau dense et cohérent de responsables ecclésiaux laïcs se prenant en charge de manière autonome. Tout au long de ces années, il se montra le défenseur infatigable et même héroïque des populations pauvres et méprisées du Chiapas, accablées par de graves injustices. Anticipant Vatican II, Dom Samuel forma de nombreux catéchistes. Pour des communautés vivantes, libres, créatrices, et non plus centrées uniquement sur le prêtre.

D’une extrême bonté, reconnu même par ses adversaires, fin et psychologue il était surnommé "Tatic", qui veut dire "papa". De son propre aveu ce sont les indigènes qui lui ont appris l’Evangile.

Ceci étant, lors du soulèvement de ces derniers en 1994, Samuel Ruiz s’est interposé entre les rebelles et le gouvernement, offrant ses services de médiateur. En homme de paix mais sans renier le soutien profond apporté aux principales revendications des indiens.

Lors de son départ en retraite, à 75 ans, le Vatican, contrairement à la procédure habituelle, n’a pas investi à sa place l’évêque coadjuteur qui le secondait, Raul Vera. Celui-ci, d’abord choisi par Rome pour infléchir la ligne de Dom Samuel, fut alors jugé trop proche des idées de "Tatic", et envoyé à Saltillo, dans le nord du pays. Aujourd’hui le Vatican cherche à diviser le diocèse de San Cristobal, probablement pour imposer à la moitié de ce même diocèse un évêque réactionnaire. Pour enterrer le plus vite possible l’oeuvre de ce prélat trop libre. Comme Rome le fit déjà de celle de Dom Helder à Recife au Brésil.

Mais Dom Samuel est toujours vivant, en Dieu et dans le coeur de son peuple. L’avenir est donc en marche...

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