Parution : 21 février 2011
BIOETHIQUE : Comment les lobbies cathos ont pesé sur le vote des députés français
Par Golias

Au lendemain du vote du projet de loi de bioéthique, adopté à l’Assemblée nationale par 272 voix contre 216 en première lecture, avec une très large adhésion, il est intéressant de revenir sur ce vote, et les influences qui se sont exercées.

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Le projet de loi a en effet rencontré l’opposition conjointe et constante à la fois d’une poignée d’irréductibles de droite et des députés de gauche. Mais pas pour les mêmes raisons il est vrai. Et même pour des raisons opposées. Parmi les opposants de droite au texte il faut citer : le vice-président de l’Assemblée Nationale Marc Le Fur, l’ancien ministre Hervé Mariton, Christian Vanneste, Philippe Gosselin, Jean-Marc Nesme, Xavier Breton, VéroniqueBesse, Dominique Souchet, Sylvia Bassot, Etienne Blanc, Lucien Degauchy, Jean-Michel Ferrand, Michel Grall, Christian Ménard, Philippe Meunier, Alain Moyne-Bressand et Michel Voisin. MM. Mariton, Nesme et Vanneste sont en fait bien connus pour leur ultra-conservatisme.

Au demeurant député de Saône-et-Loire, connu pour son hostilité au mariage homosexuel et à l’adoption par des couples de même sexe, Jean-Marc Nesme (UMP) a expliqué les raisons de son vote en ces termes : "J’ai voté contre l’hypocrisie d’un texte qui interdit la recherche sur l’embryon tout en admettant des dérogations, contre l’ambiguïté d’un texte qui tend à organiser un eugénisme d’à‰tat en cas de diagnostic prénatal, j’ai voté contre la contradiction d’un texte qui maintient l’anonymat du don de gamètes alors que la Convention internationale des droits de l’enfant signée par la France stipule que tout enfant a le droit de connaître ses origines. J’ai également voté contre le silence d’un texte sur les conflits d’intérêts potentiels entre la communauté scientifique et l’industrie pharmaceutique".

Campant sur une même ligne, Véronique Besse et Dominique Souchet (MPF), estiment que « le projet de loi de bioéthique constituait une occasion unique pour les députés de trouver le bon équilibre entre les aspirations de la science et le respect de la vie. Or, les quelques amendements adoptés en séance ne parviennent pas à masquer l’ampleur des nouvelles transgressions contenues dans le texte ». Les deux
parlementaires refusent en particulier l’approbation de la vitrification d’ovocytes, qui va " permettre d’accroître encore le nombre d’embryons humains congelés dans notre pays ". Mais aussi d’encourager les dérives vers l’eugénisme. Enfin, ils dénoncent enfin les dispositions prises en matière de recherche sur l’embryon : " En ce qui concerne l’expérimentation sur l’embryon humain, la fin du moratoire offrait une occasion historique d’y mettre fin car nous savons maintenant que la recherche peut avancer autrement. Le moment était venu d’inscrire dans la loi le respect dà » à l’embryon humain et le refus de le considérer comme un simple matériau de laboratoire". En sa grande majorité, la gauche parlementaire souhaite au contraire un élargissement de l’autorisation des recherches sur les cellules souches embryonnaires. Arguant de leur utilité pour une avancée de la connaissance et des thérapies. Dans une tribune parue dans Le Monde.fr, Najat Vallaud-Belkacem, secrétaire nationale du Parti socialiste aux questions de société, entend élargir la perspective et aller de l’avant : « Le désir d’enfant n’est pris en charge dans la société que pour les familles conformes au modèle traditionnel de la famille, composées d’un père et d’une mère. Il est temps de s’affranchir de cette définition naturaliste de la famille ». Une position qui ne plait guère aux lobbies cathos. Et qui illustre sans doute une césure profonde dans notre société sur les questions sociétales précisément.

Quant à la Fondation Jérôme Lejeune, le projet de loi voté par les députés présente des « orientations eugénistes et utilitaristes accentuées, malgré quelques dispositions plus respectueuses des êtres humains fragiles ». Le communiqué de la Fondation dénonce en outre la «  coïncidence indigne entre les dates de l’annonce médiatique du bébé du "double-tri" et celle du débat parlementaire » qui révèle « l’emprise d’une forme de lobby de l’industrie pro-créatique » sur le débat bioéthique, ainsi que l’annulation de la restriction du nombre d’embryons à trois lors d’un processus d’AMP et l’assouplissement des conditions de dérogation au principe d’interdiction de la recherche sur l’embryon.

Il devient de plus en plus évident que des réseaux cathos tentent d’exercer une pression afin de tirer la couverture à eux. Depuis des décennies, le débat politique s’inscrit dans un espace un peu flou entre d’une part la conception rigide et maximaliste d’un embryon qui serait une personne absolument à part entière et d’autre part un certain libertarisme subordonnant les considérations sur la dignité de l’embryon, dont le statut demeure très incertain il est vrai, à une vision dynamique et progressiste de l’évolution de la société. La ligne dominante dans la majorité actuelle est celle d’un "juste milieu", avec le risque de ne satisfaire personne et de ne pas résoudre les grandes questions sensibles. En ce sens, les concessions que la droite politique se sent obligée de faire à son aile la plus conservatrice (Nesme, Vanneste etc...), laquelle aile n’est bien entendu pas encore satisfaite, ne peuvent que nous inquiéter.

Serions-nous condamnés à une politique de l’autruche ?

Quant au Vatican, partisan d’une position intransigeante du tout ou rien il ne peut qu’encourager les parlementaires ultra-conservateurs dans leur lobbying.

22 commentaires

Utiliser le terme " prévention " pour désigner la privation de vie d’un foetus trisomique 21 est un abus de langage ( heureusement pas encore obligatoire pour tout intellectuel , comme pendant la période nazie ) . Et une vie de trisomique 21 n’est pas toujours une vie ratée ( que signifie ce terme ? ) comme l’ont prouvé certains artistes belges , héros de films à succès .

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Il eut été encore plus intéressant de résumer ces lois , comme l’a fait le député Michel Havard :
http://www.michelhavard.fr/component/content/article/23-politiquegenerale/662-revision-des-lois-de-bioethique.html

Le journal " La Croix " a regretté l’abandon de la révision périodique des lois de bioéthique .
Par ailleurs , l’opposition du professeur Lejeune est bien compréhensible . Vous omettez de dire que c’est lui qui a détecté la trisomie 21 , non dans le but d’éliminer les foetus ainsi atteints mais dans celui de les guérir ( ce qui devient plus difficile si on les élimine ) .

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Vous êtes gentils, mais de votre côté quelle est votre position ?

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