Parution : 12 avril 2011
GRAVE CRISE A COIRE (SUISSE) : BENOîT XVI SOUTIENT
MGR HUONDER, L’EVEQUE CONTESTE...
Par Golias

L’histoire se répéterait-elle. Il y a une bonne quinzaine d’années, le diocèse de Coire en Suisse s’est trouvé dans une impasse sans précédent en raison de l’obstination d’un évêque ultra-conservateur, Mgr Wolfgang Haas, comme muré dans le refus d’écouter son peuple. Rome, toujours habile à trouver des solutions ’ad hoc’, décida alors, selon le vieil adage romain "promoveatur ut moveatur" (promouvoir pour faire partir) de créer un siège d’archevêque (!) afin d’y muter Haas, encore quadragénaire, et s’accrochant à ses certitudes.

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Le successeur de Mgr Haas, prélat classique au demeurant, le bénédictin Amédée Grab réussit à rétablir la concorde, l’écoute et la paix dans ce vaste diocèse germanophone de Suisse qui inclut également Zurich. Ayant dépassé la limite, ce dernier se retira donc comme il se doit et fut malencontreusement remplacé par un évêque conservateur, qui n’est pas sans rappeler....Haas.

Vitus Huonder, né en 1942, fait preuve d’un autoritarisme qui n’est plus de saison. Pire encore, il a fait nommer à ses côtés comme évêque auxiliaire un bénédictin très différent de Grab, Mgr Marian Eleganti, né en 1955, hautement contesté dans tout le diocèse.

Depuis son arrivée comme évêque de Coire il y a moins de quatre ans, Mgr Huonder s’est déjà illustré par des prises de positions intransigeantes. Ainsi il a répondu avec une tradition séculaire en boutant le carnaval hors de la maison du Seigneur à Schwyz. Et en interdisant de plus la fameuse "messe des bouffons" très populaire.

Quant à Mgr Marian Eleganti, il a en effet interdit à l’un de ses prêtres de continuer de participer à une cérémonie oecuménique organisée chaque année lors de la Gay Pride de Zurich, s’attirant la réaction indignée des organisations homosexuelles. Un oukase ecclésiastique qui a surpris et choqué non seulement la communauté homosexuelle mais encore beaucoup de croyants d’ouverture, puisque le prêtre participait depuis plusieurs années à cet événement et que l’église catholique zurichoise co-finançait la cérémonie oecuménique. Mais c’est la personnalité même de Mgr Eleganti qui est vivement contestée. En effet, ce prélat a vécu durant une quinzaine d’années dans une communauté sectaire intégriste dont le leader aurait été plusieurs fois condamné pour abus sexuels. "Ordonné prêtre sur le tard" comme le note avec malice une certaine presse helvétique, Eleganti n’inspire pas confiance à toutes ses ouailles. Et pour cause.

Encore jeune, Eleganti était spirituellement proche d’un prêtre très charismatique mais à la personnalité trouble et à la réputation sulfureuse : Joseph Seidnitzer. Au cours des années 1960, cet ecclésiastique Autrichien avait été reconnu coupable d’abus sur des mineurs de plus de 18 ans (la majorité était alors fixée à 21 ans), et plusieurs fois emprisonné. Il attirait chez lui des jeunes hommes qu’il enivrait, avant de les forcer à se livrer à des actes sexuels. Marginalisé au sein de l’église, Seidnitzer avait crée, au milieu des années 1970, la communauté Priesterwerk. Le jeune Marian Eleganti y adhère. Peu après, la communauté est interdite par Rome et chassée d’Italie. Le futur évêque auxiliaire de Coire (et vicaire épiscopal de Zurich) suit toutefois Seidnitzer en Autriche, à Innsbruck. Il appartient alors, selon le « Tages-Anzeiger », au « premier cercle » de ce qui devient un véritable séminaire clandestin, à la limite de l’intégrisme. Seidnitzer s’autoproclame « Pape des temps nouveaux ».

La désignation de Mgr Eleganti comme évêque quelques années plus tard vérifie-t-elle les exigences du discernement qui s’impose ?

Que penser du jugement d’un homme qui suivit pendant si longtemps dans une voie excentrique un prêtre dissident ?

Lors de sa désignation comme évêque, l’an dernier, Marian Eleganti a reconnu sa participation au mouvement de Seidnitzer, mais prétendant - est-ce vraisemblable ? -ignorer la condamnation par le Vatican. Pourtant il aurait seulement rompu en 1990 avec son mentor Seidnitzer, décédé deux ans plus tard. Bien entendu il serait injuste de juger a priori un homme en fonction de son passé. Il a pu changer. Mais ce qui est choquant c’est la volonté à tout prix d’imposer un évêque conservateur, quelque sinueux qu’ait pu être son parcours (ce qui au demeurant peut se comprendre).

Cette volonté de restauration ultra-intransigeante s’est traduite ensuite par le dessein de Mgr Huonder de faire nommer évêque auxiliaire du diocèse l’actuel Vicaire Général, Mgr Martin Grichting, qui jouit d’une solide réputation d’ultra conservatisme. La conférence des à‰glises catholiques cantonales qui en dépendent s’oppose à ce choix. L’évêque de Coire Vitus Huonder aurait proposé cette nomination au Vatican ces derniers jours, avec un accueil très positif des dicastères romains, en considération de la personnalité et des opinions de Grichting. Mais au niveau des catholiques suisses, l’enthousiasme est moindre : selon conférence des à‰glises cantonales du diocèse, en effet : "En tant que personne polarisante, ce candidat n’est pas apte à occuper un poste à responsabilité élevé dans la direction de l’à‰glise (...) Seule une personne qui rassemble et jette des ponts peut entrer en ligne de compte." Martin Grichting s’est toujours prononcé contre les structures juridiques actuelles réglant les liens entre l’à‰glise et l’à‰tat afin de "dépouiller" les paroisses et les à‰glises cantonales de leurs fonctions, dénonce la conférence. Le vicaire général s’oppose à la consultation démocratique de la base et au droit de co-décision des laïques dans les affaires de l’à‰glises. Au nom d’une vision toute cléricale.

Malgré la crise au sein du diocèse de Coire, Mgr Vitus Huonder invoque toujours la pleine et entière confiance de Benoît XVI suite à un entretien avec ce dernier. « Le Saint-Père souhaite de la continuité dans le service » que Mgr Huonder accomplit, indique vendredi l’évêché de Coire dans un communiqué. Quant à l’évêque il entend poursuivre sa mission épiscopale « aussi longtemps que Dieu et la santé le permettent ». Cela fait penser à une boutade de Mgr Kurt Krenn, évêque autrichien de Sankt-Polten, lui aussi contesté (et qui finit par démissionner sur fond de scandales sexuels) qui lançait à la cantonnade : " Il faudrait d’abord que Dieu démissionne ". La tension est cependant de plus en plus forte entre l’évêché et les à‰glises cantonales du diocèse qui avaient songé il y a un mois à demander au Vatican la révocation de Vitus Huonder. Le diocèse de Coire a été secoué depuis quelques mois par les démissions de Andreas Rellstab, vicaire général pour les grisons, et de Ernst Fuchs, recteur du séminaire, remplacé par Mgr Eleganti. Par ailleurs, les déclarations d’opposition du vicaire général Martin Grichting face au système de droit ecclésiastiques et aux impôts d’à‰glise a suscité de nombreuses protestations ou incompréhensions dans les organisations ecclésiales et ecclésiastiques du diocèse. Tant que Grichting sera en place tout sera bloqué.

Mgr Huonder a annoncé dans la foulée de sa rencontre avec Benoît XVI plusieurs nominations. L’évêque auxiliaire Marian Eleganti remplira aussi les tâches de « vicaire épiscopal pour la formation philosophico-théologique et la formation continue des prêtres » et de « vicaire épiscopal pour les ordres ». Il avait déjà été nommé à la tête du séminaire des prêtres.Il devient donc l’homme-clé du dispositif de Mgr Huonder. Quant à l’official (responsable des questions juridiques), l’abbé Joseph Bonnemain il devient quant à lui « vicaire épiscopal chargé des relations avec les organisations de droit ecclésiastique et les cantons ».

Mais c’est une autre diocèse qui retient encore l’attention en Suisse. Celui de Fribourg et Lausanne. Alors que les rumeurs se multiplient au sujet d’une succession assez délicate. Celle de Mgr Bernard Genoud, évêque de Fribourg-Lausanne, décédé il y a quelques mois, à 67 ans, d’un méchant cancer. Selon des sources autorisées, trois noms avaient été proposés au départ qui au final ont tous été écartés. Une nouvelle terna aurait donc été composé par le Nonce Apostolique à Berne, Mgr Francesco Canalini. En attendant, c’est Mgr Pierre Farine qui administre le diocèse. Avec compétence et application. Evêque auxiliaire du diocèse, il réside à Genève. Il pourrait en définitive être nommé évêque en charge mais pour peu de temps car il est âgé de 71 ans. Sa candidature aurait l’avantage du consensus. Mais cela ne ferait que reculer l’échéance d’un choix pour l’avenir.

D’aucuns parlent de l’abbé Claude Ducarroz, prévôt de la Cathédrale de Fribourg et surtout "nominé" à l’époque du remplacement de Mgr Pierre Mamie. Un homme d’expérience, bon et consensuel, mais qui semble avoir raté le coche désormais, et qui est trop âgé lui aussi (71 ans) et sans doute trop progressiste pour la Curie ratzingérienne. Plus jeune et présentant un autre profil, le chanoine Nicolas Betticher, éminence grise de Mgr Genoud, porte-parole et vicaire général de l’évêché est parfois cité...et semble surtout convoiter le poste. Mais il est ordonné depuis peu de temps et le dossier le concernant serait chargé. Le troisième nom qui circulait - probable troisième nom de la terna - serait celui de Mgr Alain de Raemy, ancien chanoine de St-Nicolas, aujourd’hui aumônier de la garde pontificale. On le dit dépourvu des qualités nécessaires. Ces trois candidats ayant été semble-t-il écartés, au demeurant pour des raisons diverses.

A présent, c’est le nom du vicaire général Rémy Berchier, responsable de la planification pastorale, est aussi cité. Agé de 54 ans, il manquerait cependant d’envergure théologique. Par contre, il pourrait devenir assez vite évêque auxiliaire. Le Père Marc Donzé, 53 ans, vicaire épiscopal du canton de Fribourg, est un candidat crédible, d’une autre dimension, ancien supérieur du séminaire diocésain de 1986 à 1990 (avant Mgr Genoud), et professeur de théologie pastorale à l’Université de Fribourg de 1986 à 1997. A moins qu’un outsider ne finisse par percer. Ou que le Pape nomme Mgr Denis Theurillat, 61 ans, évêque auxiliaire de Bâle en charge des francophones ?. Un homme jovial mais que l’on ne dit guère taillé pour la fonction. Une nomination à suivre donc.

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Bah, Saint Paul - dont je découvre bien tardivement les multiples aspects, après des années d’éloignement - rive à sa manière bien déjà leur clou aux obsédés de la tradition sans Esprit, dans l’Epître aux Galates par exemple.

Plume

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Je me vois obligé de rectifier le cadre juridique et pratique de cette crise : Les législations cantonales suisses sont l’équivalent d’autant de cas particularistes : dans les cantons protestants, et notamment à Zurich, elles ont été imposées au XIXème siècle dans l’esprit du Kulturkamf avec pour but d’imposer à l’à‰glise catholique une démocratie interne analogue à celle des calvinistes : le canton facilite l’encaissement sur les fidèles "enregistrés dans une communauté ecclésiale", ce qui était le cas de presque tout le monde jusqu’à une date récente. mais le canton impose que cet argent soit géré par un comité démovratiquement élu, dont la composition et le fonctionnement excluent tout rôle de l’évêque - ce qui est totalement contraire à la tradition universelle de l’à‰glise "nihil sine episcopo" = rien sans l’évêque. Dans le cas du diocèse multicantonal de Coire, il y a un comité de gestion par canton, qui désigne ses représentants au super-comité diocésain : c’est une mine d’or à gérer, vu l’aisance bien connue des contribuables suisses. En pratique, le comité de Zurich décide tout seul des dépenses (salaires des prêtres et agents pastoraux, etc), et se dispense d’en rendre les comptes à l’évêque. Ce dernier ne peut disposer que sur les recettes autres que l’impôt d’à‰glise, seulement un quart environ de l’ensemble des flux financiers diocésains. Les membres du Comité de l’Impôt d"à‰glise s’attribuent quelque # 8’000€/mois chacun (vous m’avez bien lu : la contrevaleur de 8’000€/mois). Comme ils sont en quasi-totalité de tendance "herméneutique de la rupture" avancée = quatre et cinq "mitres" chez Golias, le conflit est ouvert depuis longtemps avec "l’herméneutique de la continuité", sans même parler des éventuels partisans d’une théologie et d’une pastorale "classiques". Mais ces comités sont élus, selon l’habitude helvétique, par moins de 15% des électeurs "enregistrés", et ne peuvent prétendre parler pour la majorité silencieuse. De toute façon, à Rome, on commence à en avoir assez de ces chaînes d’or de la démocratie financière zurichoise, et à jeter un regard d’envie sur le systême français de "denier de l’à‰glise" volontaire, que nous devons à SS Pie X : à‰mile COMBES voulait lui imposer les "cultuelles" sur le modèle congrégationnaliste suisse, mais il les refusa énergiquement, et, de guerre lasse, A BRIAND en 1924 battit en retraite sur les actuelles "associations diocésaines" présidées et contrôlées par leur évêque respectif.

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Comme d’habitude un peu à côté du débat, je suis gênée qu’on mélange les genres, ici la moralité et la doctrine. Je ne vois pas en quoi par exemple la doctrine de feu Schnitler est pire, meilleure ou je ne sais quoi d’autre du fait qu’il ait abusé d’autres personnes. Et je ferai remarquer ici, une fois de plus, en bonne féministe, que l’abus sexuel est une constante sociale dans le patriarcat en général, et dans un monde obsédé de sexualité en plus général encore. Bref, que l’attribuer spécifiquement à telle ou telle catégorie, est erroné de fait, et peut facilement confiner à la mauvaise foi. Et à un évitement du problème.

Je vais être rabat-joie, mais les gourous charismatiques post-vatican II, si progressistes aient-ils été, ont souvent eux aussi laissé de drôles de souvenirs, dans le cadre de l’époque de la "libération des sens", qui équivalait en fait à l’obligation de disposition sexuelle, notamment des nanas mais pas que. J’en ai recueilli pour ma part de drôles de témoignages, ayant pas mal travaillé sur les violences relationnelles. Et des pas si anciens que ça, pour tout dire...

Ce n’était évidemment pas propre à l’église, qui même relativement en était moins touché que le monde communautaire en général. Mais voilà . Je crois que ça serait d’une certaine honnêteté que de ne pas mélanger les registres pour économiser sur l’argumentaire.

Plume

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J’ai eu la joie de rencontrer Monseigneur Haas également. C’est un homme sympathique, d’un abord très facile. C’est véritable homme de Dieu, son goà »t pour la liturgie dans les formes solennelles n’en fait pas moins un homme doté de remarquables capacités d’écoutes. Il ne s’enferme dans une ligne pastorale particulière et est prêt à accueillir tout homme de bonne volonté. La Suisse a probablement beaucoup perdu avec son départ.

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"Depuis son arrivée comme évêque de Coire il y a moins de quatre ans, Mgr Huonder s’est déjà illustré par des prises de positions intransigeantes. Ainsi il a répondu avec une tradition séculaire en boutant le carnaval hors de la maison du Seigneur à Schwyz. Et en interdisant de plus la fameuse "messe des bouffons" très populaire."

Je ne sais pas ce qu’est la ""messe des bouffons" . Mais pour le carnaval, si Mgr Huonder l’a bouté hors de la maison du Seigneur, c’est qu’il a dà » penser que cette fête faisait de cette maison une maison de bal masqué ou je ne sais quoi, alors que c’était censé être une maison de prière.

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Cet évêque n’est pas sur le modèle des apôtres qui étaient ouverts au dialogue et sachant donner un amour inconditionnel à tout ceux qu’ils rencontraient.
Mgr Huonder n ’a pas l’appui des Eglises cantonales à cause de son traditionalisme intransigeant. Plusieurs démissions et nominations contestées ont en outre émaillé les rapports entre elles et l’évêque depuis son arrivée en 2007.
Confirmé dans ses fonctions par le pape, Mgr Huonder a annoncé dans la foulée plusieurs nominations. Et ces nominations sont du même genre cet évêque, aussi ouverte que lui. On ne veut pas d’opposition, alors le mieux à faire est de faire partir cet évêque.
Comment Benoit XVI peut confirmer un homme qui n’a plus le soutien de ses Eglises, sauf d’une minorité qui n’a pas dépassé le cap Pie IX. Le pape ne voit pas qu’à coup de décisions arbitraires, il risque de tout perdre. Car les fidèles en ont assez de décisions arbitraires sans qu’on leur demande leur avis et c’est le cas ici. Ensuite, que le pape ne s’étonne pas que les bans de l’Eglise soient vides. Il est grand temps que les fidèles choisissent leur évêque.
Merci !

http://paroissiens-progressiste.over-blog.com/

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Soutien inconditionnel à Son Exc Mgr Huonder ( ainsi qu’à l’extraordinaire Mgr Haas que j’ai eu la joie de rencontrer) fidèle défenseur de la Foi catholique, saint prêtre et Evêque de Dieu. Puisse le Seigneur lui donner la force et la détermination de lutter contre les pires dérives qui voient le jour en Suisse, symptômes d’un modernisme toujours actif et preuve que le Saint Pape Pie X a eu raison de lutter contre.

Ad majorem Dei gloriam !

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