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Parution : 20 avril 2011
PISS CHRIST (2/3) :
La "Cité catholique" au temps
de la guerre d’Algérie
Par Golias

« L’Afrique du Nord est aujourd’hui le champ de bataille o๠se joue non seulement le sort de la France, mais aussi le sort de l’Europe et celui de tout l’Occident chrétien. Le combat de ce jour est le combat de la Croix contre le Croissant, jeté sur la ligne de feu par le maître de l’étoile rouge, de la faucille et du marteau. » Si ces lignes ont été écrites par l’abbé Lefèvre dans La Pensée catholique en 1958, tous les intégristes auraient pu les signer.

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En Algérie, il est encore question de défendre l’Occident chrétien contre le communisme. Car nos intégristes sont incapables d’identifier clairement l’islam et de mesurer son originalité. Sous leur plume, l’islam ne peut être considéré comme une religion vraiment consistante : il ne peut être que manipulé par le communisme. Erreur monumentale d’appréciation mais qui a « marché » auprès de nombreux officiers engagés dans la guerre.

De surcroît, Itinéraires, la revue de Jean Madiran, répercutait les thèses d’un dominicain qui, sous le pseudonyme d’Hanna Zacharias, avait publié deux volumes sous le titre L’islam, entreprise juive de Moïse à Mohammed. L’auteur soutenait la thèse que l’auteur du Coran était un rabbin de La Mecque, en contact avec Mohammed. La « religion arabe  » (sic) n’avait donc aucune originalité. Itinéraires précisait, en mai 1957, qu’il n’y avait pas d’équivalence possible entre la civilisation musulmane et la civilisation chrétienne : « Cela signifie très clairement que les nations chrétiennes ont le droit et le devoir de faire respecter, même par la force, les impératifs du droit naturel dans les territoires dont elles ont la charge  ».

Il faut se souvenir que les cadres de l’armée avaient été traumatisés par la défaite en Indochine : la capitulation de Dien Bien Phu date du 7 mai 1954 et l’insurrection algérienne débute la même année, à la Toussaint. Ces officiers d’active étaient en quête d’une idéologie. L’action psychologique leur promet d’encadrer la population mais n’est qu’un moyen au service d’une guerre contre-révolutionnaire menée contre la subversion communiste. De surcroît, la démocratie incarnée alors par la IVe République leur apparaît impuissante en face de ce péril. L’intégrisme, ce qu’on a appelé alors le « national-catholicisme  » va leur apporter le soubassement idéologique qu’ils recherchent : en Algérie, ils défendent la civilisation chrétienne et ses valeurs et, contre un régime faible, l’armée devient l’instrument privilégié pour défendre la nation, au besoin en prenant le pouvoir par la force.

Le Club Armée-Nation qui regroupe de nombreux généraux et officiers supérieurs ainsi que des civils aux leviers de commande est un organe politique qui fait paraître la lettre mensuelle « Armée-Nation » qui influence toutes les publications du ministère des Armées. Or, dans ces documents officiels, on retrouve les thèmes intégristes de la « Cité catholique » et de Georges Sauge. Des articles justifient le colonialisme avec des arguments d’un racisme paternaliste. Bref, comme l’écrit l’historien à‰tienne Fouilloux, « tout se passe comme si l’affaire d’Algérie provoquait une militarisation du courant contre-révolutionnaire et le renforcement de son influence parmi les cadres de l’armée ». Deux officiers illustrent cette connivence : le colonel Lacheroy, le spécialiste de l’ « action psychologique », est un catholique fervent qui se joignit au putsch des généraux en 1961, puis dut s’exiler en Espagne o๠il s’efforça de renforcer l’OAS ; deuxième exemple : le colonel Gardes, ancien saint-cyrien, membre actif de la Cité catholique, fit lui aussi partie des ultras et de l’OAS. Tous deux se retrouvèrent ensuite en Argentine.

L’intégrisme en action

La " Cité catholique " et Jean Ousset ont joué un rôle particulier grâce à leur implantation dans les milieux militaires : en 1960, sur les 400 cellules du mouvement, 200 le sont dans l’armée et la revue Verbe est lue dans bien des popottes. Le 12 mai 1958, Jean Ousset débarquait à Alger et y resta jusqu’au 20. La revue Verbe appuya d’ailleurs le mouvement insurrectionnel d’Alger : « Il est essentiel que les combattants français en Algérie sachent bien que la guerre qu’ils livrent actuellement est une guerre juste ».

Autre soutien actif à la croisade anticommuniste, Georges Sauge qui, en avril 1959, organisa un dîner-débat et tint, devant un parterre d’officiers supérieurs (dont les généraux Chassin et Jouhaud), une conférence sur « L’armée face à la guerre psychologique ». Sauge fait d’ailleurs des cours aux élèves-officiers de Saint-Maixent et à Saumur. A la fin de 1959, il crée des « Comités civiques pour l’Ordre social chrétien ». Il faut signaler aussi la complaisance de certains évêques. Ainsi, le cardinal Feltin, aumônier général des Armées, rendait hommage à l’armée d’Algérie, en mai 1957, alors que toutes les informations sur la pratique de la torture avaient été rendues publiques ; mais, pour l’archevêque de Paris, « on avait exagéré » et notre armée faisait là -bas « son devoir courageusement ».

La justification de la torture

Naturellement, la guerre anti-subversive suppose l’emploi de moyens exceptionnels et les revues intégristes, plus particulièrement Verbe et Itinéraires, ne manquaient pas de justifier l’emploi de la torture. Itinéraires publiait, en mai 1957, un article sur « la campagne contre l’armée française ». Il n’était pas possible de comparer l’emploi de la torture qui, dans l’armée française, était sanctionné, avec les atrocités du FLN qui « étaient honorées comme autant de faits d’armes ». Et d’ajouter : « Il est bien certain que toutes les représailles ne sont pas moralement permises. Mais il est également certain que, dans une guerre de partisans telle que celle qui nous est imposée par l’ennemi en Algérie, TOUTES LES REPRà‰SAILLES NE SONT PAS MORALEMENT
INTERDITES.
 »

Dans Verbe, sur trois numéros successifs en 1958, un mystérieux Cornélius allait plus loin et développait ses thèses sous le titre « Morale, droit et guerre révolutionnaire » : « La raison, voilà bien ce qui est le propre de l’homme, ce qui le distingue des animaux, ce qui le fait justement définir comme un animal raisonnable. On n’est donc réellement homme que dans la mesure o๠l’on est réellement raisonnable. L’homme méprise les conseils de la droite raison et se détourne de l’ordre naturel s’il fait le mal, il perd alors ce qui le distingue des animaux, ce qui fait qu’il est homme. » Le coupable devenu un animal peut alors être abattu comme une bête, à plus forte raison soumis à des châtiments moindres que la mort. Et Cornélius dénonçait le « crime de révolution » : « C’est celui des ’prophètes’ qui inspirent ces actes, des ’propagateurs’ qui les encouragent, des meneurs de ’cellules’ o๠s’enseigne la théorie. (¦) Etre révolutionnaire et agir en révolutionnaire “ c’est tout un puisque la révolution est la dialectique en action “ est donc le crime le plus grave, puisqu’il les contient tous.  » Le jésuite Le Blond dénonça ce raisonnement effroyable dans un article de la revue à‰tudes en décembre 1958. Mais le mal était fait et bien des officiers, au fond des djebels, se reconnurent quand ils lurent ces lignes de Cornélius : «  Lorsqu’une mission est confiée à quelqu’un, tous les pouvoirs qui sont nécessaires à son accomplissement sont implicitement remis en même temps. Et si cette mission a pour objet la pacification, c’est-à -dire le bien total de la communauté, ce sont toutes les missions ordonnées à ce bien qui seront contenues dans la mission donnée.  »

Tous les intégristes accueillent avec enthousiasme les événements de mai 1958. La Pensée catholique écrit : « En Algérie, une insurrection ? Non, une résurrection. » Itinéraires approuve aussi bruyamment : « Depuis douze années, sans interruption, l’armée de la France est au combat contre un ennemi suscité, armé, excité ou dirigé par le communisme soviétique. » Le 13 mai est donc « un coup d’arrêt dans la décomposition » et une occasion de renaissance. Mais, lorsque le général de Gaulle prend ses distances avec « L’Algérie française », à l’automne 1959, le courant intégriste se divise : Verbe et La Pensée catholique ne suivent plus la question algérienne tandis qu’au contraire Itinéraires s’engage plus que jamais et justifie à l’avance le putsch d’avril 1961. Les accords d’à‰vian signés avec un FLN, qualifié d’essence « terroriste, révolutionnaire, subversive » sont refusés. La révolte de l’OAS n’est condamnée que parce qu’elle a échoué, ce qui, selon Itinéraires, « suggère qu’il lui manquait l’une des conditions que la théologie catholique fixe à l’insurrection légitime : les chances raisonnable de succès.  » Quant à Jean Ousset, il était désormais actif en Argentine...

1 commentaire

Eh oui !!!

Mais attention quand même de ne pas réduire cette guerre (sous couvert de pacification) à une simple opposition entre chrétienté et islam. Beaucoup d’autres intérêts étaient en jeu... le pétrole et le gaz, la préservation du sanctuaire "atomique" saharien...

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