Parution : 4 mai 2011
Scandale en Australie : un évêque "théologiquement incorrect" pour le Vatican destitué par le pape après délation de prélats et groupes néoconservateurs
Par Golias

Cette nouvelle fait l’effet d’un séisme en Australie. Le Pape Benoît XVI
vient en effet de relever de sa charge d’évêque du diocèse de Toowomba
un évêque connu et estimé, Mgr William Martin Morris, âgé de 67 ans (né
en 1943). Annonçant aux fidèles cette mesure, le Père Peter Dorfield,
vicaire général, ne tient pas à dissimuler la nature de ce départ :
"Nous savons que cette annonce va entériner la retraite anticipée, mais
compte tenu du contexte, c’est bien plus que ça. C’est en fait une
révocation ». Et de fait, Mgr Morris a refusé de démissionner de
lui-même. De plus, le Vatican n’a pas voulu cette fois, comme il l’avait
fait pour Mgr Jacques Gaillot en 1995, transférer l’évêque chassé à un
siège virtuel comme Partenia. Les choses n’ont sont que plus clair. Le
Pape a bel et bien relevé Mgr Morris de sa charge pastorale. Point final.

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En pied de l'article.

Mgr Morris n’entend cependant pas subir passivement une telle mesure
qu’il estime injuste et infondée. Anticipant l’annonce officielle de
Rome,il a fait lire dans tous les paroisses de son diocèse, au cours du
week-end dernier, une lettre annonçant son départ /« non volontaire »/,
dénonçant un abus de droit le concernant. Une nouvelle manifestation de
l’autoritarisme romain.

Ordonné en 1969 prêtre du diocèse de Brisbane, William Morris fut élevé
à l’épiscopat en 1992. De tendance très ouverte, il est un peu dans le
style qu’incarna en France Mgr Albert Rouet, archevêque de Poitiers
aujourd’hui à la retraite.

C’est une lettre pastorale de 2006 qui aurait fait déborder le vase. En
effet, dans sa lettre pastorale de l’Avent de cette année-là , Mgr
Morris, évoquait données précises à l’appui le vieillissement du
clergé local et l’absence de vocation. Il en tirait - à l’instar de
théologiens aussi qualifiés que Hans Kà¼ng et Joseph Moingt - la
conclusion d’une nécessité de changer le recrutement à la prêtrise, ses
conditions et l’exercice du ministère. Y compris en ordonnant des
femmes, des hommes mariés, en réintégrant dans le sacerdoce des prêtres
ayant quitté à contre-coeur le ministère, en reconnaissant la validité
des ordinations sacerdotales hors frontière du catholicisme pur et dur.
Mgr Morris était d’ailleurs dans le collimateur de Rome depuis des
années, en raison de la pratique dans son diocèse de l’absolution
collective, d’audaces liturgiques et d’une ouverture sur les questions
sexuelles.

En fait, cette destitution serait l’oeuvre principale de Mgr Charles J. Chaput, 67 ans, capucin et archevêque de Denvers, connu pour ses positions archiconservatrices et grand ennemi de Barack Obama. Chaput
bénéficie à Rome d’un appui important en la personne d’un autre haut
prélat américain de son bord, le cardinal Raymond Leo Burke, préfet de
la signature apostolique. Qui est membre de la congrégation des évêques
et aurait mis tout son poids dans la balance pour avoir la tête de
Morris. Lors même que le préfet du dicastère, le cardinal canadien Marc
Ouellet, aurait été partisan d’une mesure plus clémente.

Mais c’est en 2006 que les ennuis de William Morris ont commencé. Rome désigne justement Mgr Chaput, Visiteur apostolique du diocèse de Toowomba. Mgr Chaput est aussi en charge d’une visite apostolique des Légionnaires du Christ aux à‰tats-Unis. Il fait partie d’un réseau puissant et efficace de prélats américains à la droite du Vatican lui-même. Des "faucons" de la hiérarchie catholique. Selon nos sources, Chaput serait désormais en vue pour remplacer dans un an le cardinal Ennio Antonelli en qualité de Président du conseil pontifical pour la famille. Ce qui lui vaudrait au prochain consistoire la barrette rouge de cardinal. On se souvient qu’il était également cité pour la succession du cardinal Egan à New York - il ne manque pas d’étoffe, concédons-le - mais que la nomination d’un prélat conservateur aurait été politiquement et ecclésialement inopportune, susceptible de provoquer un tollé.

Toujours est-il que Mgr Chaput dans son rapport accablant au Vatican
aurait insisté pour que Mgr Morris soit bel et bien révoqué. Selon lui,
le cas était désespéré. Mais le cardinal George Pell, archevêque de
Sidney, ainsi que Mgr Denis Hart, archevêque de Melbourne, tous les deux
très conservateurs, ont certainement joué un rôle négatif. On pense
qu’ils ont été consulté.

Mgr Brian Vincent Finnigan, évêque auxiliaire de Brisbane, âge de 73 ans
(il n’est donc pas possible successeur) a été nommé administrateur
apostolique. Ce n’est pas un conservateur. Il temporisera.

Cette mesure romaine est scandaleuse. Déjà d’un point de vue
théologique, comme si l’évêque d’un diocèse était un simple préfet du
Pape, révocable à loisir en cas de désaccord. C’est Karl Rahner qui
soulignait au contraire que la mission épiscopale était de droit divin.
La manière de procéder n’est pas élégante. Mgr Morris reproche n’a
jamais vu le rapport du visiteur apostolique Charles Chaput et ne sait
pas ce qu’on lui rapproche, même s’il peut bien entendu. De plus, chose
intolérable, aucune possibilité d’une défense appropriée ne lui a été
laissée.

Récemment, un autre évêque, Mgr Jean-Claude Makaya Loemba, évêque
Pointe-Noire (Congo Brazzaville) avait également été révoqué pour sa
gouvernance diocésaine. Cela laisse-t-il présager un recours plus
fréquent du Pape à une telle sanction ?

44 commentaires

Intéressant de lire dans votre article : « Cette mesure romaine est scandaleuse. Déjà d’un point de vue théologique, comme si l’évêque d’un diocèse était un simple préfet du Pape, révocable à loisir en cas de désaccord. C’est Karl Rahner qui soulignait au contraire que la mission épiscopale était de droit divin. » Par contre qu’un groupuscule de laïcs frondeurs et très border-line dans leur catholicisme demandent urbi et orbi le départ de leur évêque (Mgr Cattenoz, diocèse d’Avignon), vous l’appuyez de toutes vos forces et relayez cette demande avec moult arguments et à plusieurs reprises. Vraiment l’idéologie Golias n’est pas a sa 1ere ni dernière contradiction ! Mais c’est toujours intéressant de constater à quel point l’idéologie humaine ou religieuse peut conduire l’homme à se fourvoyer de la sorte

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Il est heureux que les mêmes règles ne s’appliquent pas dans notre beau pays, car à l’aune des critères qui ont valu à Mgr Martin Morris sa destitution, c’est un bon tiers au moins de l’épiscopat français qui devrait être démis !

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Disons peut-être que nous sommes en un temps o๠l’Eglise ne sait plus très bien faire la part de l’essentiel et de l’accessoire. Et que la primauté du spirituel fait trop souvent place à une primauté d’un magistère à courte vue, qui vit en réaction. Cela dit, et à sa, à notre décharge, c’est malheureusement une attitude quasiment universelle.

Plume

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Vraiment lamentables ces anathèmes, exclusions, radiations, excommunications déguisées ! Le chancre d’une Eglise cabrée dans ses certitudes intangibles, qui semble méconnaître Socrate et sa maïeutique et, pis encore pour elle, renier l’immense démarche d’ouverture et de liberté engagée par le Christ.

Pour être quelque peu entendu, nos Mgr Galliot, Rouet et sans doute Morris,ont (ou avaient) le tort de surjouer, d’en faire trop, de tomber dans la caricature et de signer par là leur condamnation. Inflation légitime chez des hommes généreux que tout isole dramatiquement de leur hiérarchie autiste.
Merci à GOLIAS de nous alerter et de leur rendre la légitimité dont ils sont privés !

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Le pb c’est qu’en vertu du Droit Canon lui-même "le pape juge de tout et de tous sans pouvoir être jugé lui-même".

Encore une affaire pour laquelle on peut dire chapu et beurk.

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Bof, ça me dégoute ! 4 mai 2011 12:50, par emmanuel.eltretat

C’est comme en politique, la chasse aux sorciers(res) continue ! De toute façon ce n’est que ..... de la politique !!
Ou est l’oeuvre de Dieu dans tout celà ?.....je me le demande.
Bon courage

emmanuel.eltretat

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Mgr Martin William Morris, évêque du diocèse de Toowomba, est un évêque estimé et qui a eu un avis des plus correct sur la situation des vocations. Ordonner des hommes et des femmes mariés pour devenir prêtres est une solution des plus logique, car la crise des vocations demande des solutions fortes, je pense que des personnes mariés et quelque soit leur sexe permettrait de nous donner une image de l’Eglise plus familiale et proche des croyants.
Mgr Morris a été démis de ses fonctions pastorales sans qu’il ait pu donner sa démission. L’évêque l’a annoncé lui-même à ses fidèles dans une lettre o๠il précise qu’il n’a pas pu lire le rapport le concernant. On sait qu’il sera révoqué, car il ne pense pas de la même manière que ceux qui veulent un retour vers le passé. Des méthodes contestable provenant d’un autre âge, montrant que l’Eglise ne sait plus faire face à la réalité, car le célibat des prêtres n’a plus lieu d’être et que les femmes méritent une meilleure place.

Merci !

http://paroissiens-progressiste.over-blog.com/

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L’Evêque est Pape en son diocèse. Mais un évêque qui se coupe délibéremment de la communion d’avec Rome et qui ne respecte pas le Magistère de l’Eglise et au-delà évidemment l’Enseignement de Notre Seigneur Jésus-Christ n’a plus lieu de conserver sa charge. C’est effectivement assez brutal mais tout autant que le scandale provoqué par les positions de cet évêque. C’est à la mesure de l’offense et de la désobéissance.

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