Parution : 10 mai 2011
Dans Golias Magazine n°137 :
L’espérance de Joseph Moingt
Par Golias

Depuis le mot célèbre de Loisy « Jésus a annoncé le Royaume et c’est l’Eglise qui est venue », l’un des problèmes essentiels de la théologie est bien l’articulation possible, et le rapport de continuité ou de rupture, entre l’Evangile et l’Eglise.

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Dans la perspective des différents dossiers et des nombreux articles publiés depuis plus de vingt ans par Golias sur la nécessaire transformation du « discours chrétien et du système ecclésial », Joseph Moingt, théologien jésuite, nous propose justement une réflexion dense et articulée sur le lien entre l’annonce de l’Evangile et les structures de l’Eglise. Avec une idée directrice bien entendu fondamentale : l’Eglise n’existe pas pour elle-même mais pour annoncer l’Evangile du Christ. Il s’agit d’une conférence prononcée à Blois le 24 septembre 2010, à l’invitation de chrétiens engagés. On en salue l’audace et la dimension novatrice. Avec une conviction centrale : « un témoignage d’à‰vangile accessible à notre monde, tel qu’il est, exige que tous les baptisés se sentent collectivement responsables de l’à‰vangile confié à la garde et à la parole de l’à‰glise et réclame en conséquence que l’organisation interne de l’à‰glise, de ses structures administratives et de ses services et ministères, soit pleinement adaptée à cette mission collective qui incombe, en fin de compte, au laïcat engagé dans la vie et les affaires de ce monde. » Les questions d’intendance sont incontournables mais secondes. L’essentiel en quelque sorte est de remettre l’Eglise sur ses pieds.

Ce n’est pas la prolongation du système ecclésiastique qui est essentielle mais l’annonce de l’Evangile. L’Eglise existe pour les autres, non pour elle-même. Si elle l’oublie, elle meurt. Sans doute, l’Eglise instituée a peur aujourd’hui de cette émancipation, de cette liberté revendiquée mais pas toujours contrôlée ni assumée. D’o๠l’effet de retour, la régression présente. L’humanité entre dans un nouvel âge et les hommes d’Eglises sont restés en rade. C’est une telle situation qu’il faut juger selon l’Evangile, pour agir ! Avec une conviction-phare : Dieu veut des croyants adultes et non pas infantilisés.
Joseph Moingt parie sur des communautés missionnaires avec ces consignes : « D’organiser en vue principalement d’un partage d’à‰vangile et non d’une célébration religieuse, orienter ce partage vers les problèmes qui se posent dans l’espace environnant, l’ouvrir à d’autres personnes désireuses de réfléchir à ces problèmes, prendre en charge cet environnement sociétal, avec ses souffrances et ses besoins, se disposer à des actions concrètes qui pourraient y être menées en s’adjoignant d’autres personnes ou en se joignant à elles. »
Il faut donc envisager d’importants changements dans les structures de l’Evangile. Entreprise de titan. Joseph Moingt se contente d’évoquer la manière de mettre en route ces grands changements. En commençant par la base. En étant également conscient des difficultés.Joseph Moingt ne fait pas mystère d’un certain pessimisme :
« Il est vain de penser que l’à‰glise puisse changer ses structures : il lui faudrait se déjuger sur trop de points capitaux à ses yeux ». Néanmoins en ajoutant qu’il faut garder l’espérance car l’Esprit est le maître de l’impossible. « S’il y a un motif d’espérer contre toute apparence, c’est de miser sur l’à‰vangile, non sur la religion. C’est ce que nous avons fait, et c’est sur ce terrain-là qu’il est possible de mettre en oeuvre un début de changement. » Parmi les pistes concrètes évoquées par Joseph Moingt il y a celle de « faire exister une communauté, même réduite à quelques chrétiens, là o๠il y avait auparavant une paroisse, maintenant rattachée à un plus vaste ensemble ». Les laïcs prenant enfin l’Eglise en charge quand il n’y a plus de prêtre. « Ensuite, il faudra vite afficher la spécificité de cette petite communauté, sa raison d’être, à savoir d’être organisée en vue d’un partage d’à‰vangile. » Joseph Moingt dégage alors une troisième étape : « Dès qu’une communauté de ce type aura été formée sur un secteur paroissial, ou du moins dès qu’elle aura acquis assez d’expérience, elle devra se préoccuper d’essaimer, de susciter la création d’une autre communauté, et d’autres ensuite sur le même secteur. » Tout en ne nous cachant pas les difficultés : « Cette évolution ne se fera pas sans heurts, sans bousculer les us et coutumes des fidèles et le positionnement réciproque des clercs et des laïcs. »

Merci à Joseph Moingt de partager sa « tremblante espérance », selon sa belle expression. L’homme impressionne par sa lucidité autant que par sa sérénité malgré tout. A nous d’agir et d’inventer. Maintenant ! Nous avons les
« outils » pour !

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Je ne sais pas quel âge vous avez mais c’est le sourire que vous avez qui importe, je crois reconnaître que c’est celui de la jeunesse et de l’espoir.
Bien sûr que l’utopie est souvent alliée de l’enfance mais aussi de la joie , du rêve et de la liberté.
Je viens de redécouvrir une forme de foi indéfinissable avec un jeune homme de 91ans qui m’a proposé la Bible à lire plutôt que les lectures que je lui proposais dans mon métier et nous avons partagé quelque chose d’essentiel qui ne se trouve ni dans les grandes références culturelles et toutes les dates alignées mais quelque chose que chaque être humain du plus simple au plus gâté par ses dons, peut partager.
Non l’humanité ne se réduit pas à ceux qui savent et aux autres, il y a ceux qui ont appris dans les livres et ceux qui ont fait leur expérience dans la vie de tous les jours, leurs richesses ne peuvent pas se comparer, elles sont complémentaires.
Ce lieu de rencontre entre ceux qui savent et ceux qui vivent ressemble bien à celui que vous proposez et moi je connais un homme qui voulait être prêtre, qui a enseigné la philosophie et qui serait très bien à cette place, il a le savoir de la théologie, le savoir de la philosophie et c’est un homme qui a essayé d’honorer tous les contrats qu’il a pu mais avec tous les écueils d’un homme qui fait confiance et qui n’est pas toujours armé pour répondre car la religion est fixe, les engagements aussi et l’adaptation à cette vie transformée par le progrès n’a plus rien à voir avec la réalisation de l’homme en tant que tel.
Il peut donc donner l’espoir et c’est à lui un peu grâce à vous à réaliser ce qu’il peut dans l’esprit qui vous anime et auquel je crois.
Marie

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L’Eglise des premiers chrétiens chrétiens, si on regarde les Actes des Apôtres avaient une hiérarchie simple mais non imposée, formé autour de l’évêque et du diacre qui était son second, le prêtre n’apparaîtra que tardivement à partir des années 50-60 pour remplacer le diacre comme second au IIème siècle. Il était seulement chargé de l’enseignement des cathécumènes.
A l’époque, l’Eglise n’imposait pas son pouvoir, car les évêques étaient élus par l’assemblée des fidèles, et choisissaient parmi eux les diacres, en ayant écouté les fidèles. Le pape n’était qu’un évêque parmi d’autres. L’évêque de Jérusalem avait pour lui la succession apostolique, car il la détenait directement des frères de Jésus. Lors du concile de Jérusalem en 52, c’est par un dialogue constructif que fut choisie une solution des plus bénéfiques pour la chrétienté.
Les dogmes n’existait pas encore, ce qui explique les difficultés des luttes lors du concile de Nicée. Les croyances se réduisaient à peu de choses car elles se basaient sur quelques points : Jésus était le messie, il fut ressuscité et devait revenir au Jour de Yahvé. Les autres croyances se basaient sur la foi du Dieu unique et que la justice divine s’exprime dans l’amour de Dieu et du prochain qui doit se manifester. On retrouve le baptême et la "fraction du pain". Et enfin la liturgie, l’exégèse et les prières sont typiquement juives.
L’infaillibilité pontificale est risible, car Jésus ne se prétendait pas infaillible, d’ailleurs il ne sut jamais quand Dieu devait revenir. Si il était Dieu, il devait le savoir, non ? Ce qui prouve qu’il était un homme.
Joseph Moingt montre que l’Eglise a fait des mauvais choix, trop dogmatique et pas assez évangélique.
Merci !

http://paroissiens-progressiste.over-blog.com/

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L’approche théorique et idéologique de Moingt depuis tant d’années (ou de son alter-ego épiscopal, Mgr Rouet), son malaise ecclésial démagogique et si facile en opposant Eglise et Evangile, ses propositions sympathiques mais fort naïves, l’absence de fruits apostoliques de ses propositions (qui peut être conduit à la conversion profonde au Christ et à la foi catholique durable par la mise en pratique de ses thèses ?), la réduction et le vieillissement inexorable de ses disciples, l’ignorance totale des jeunes générations catholiques les plus mobilisées et ferventes de ses théories fumeuses... sont la preuve que toute son œuvre est peu-être savante, mais finalement creuse et non-inspirée. Il a refusé de voir (et continue à nier ou ignorer) la dynamique impulsée par JP2 et B16, celle du Renouveau de l’Esprit et de la Nouvelle Évangélisation, ne parlant que de raidissement, de hiérarchie, de fermeture...de l’Eglise-institution, ne prônant que des solutions dilutives, fades et donc démobilisatrices pour l’apostolat, la foi, la vie spirituelle et l’Eglise.

Certes le petit reste de l’intelligentsia gallicane - de plus en plus réduite, et totalement has been face à la montée des générations catholiques décomplexées - tente de rebondir sur les thèses de Moingt, de défendre ses idées pourtant mortifères pour la foi et l’Eglise. Adeptes de Moingt ou de Rouet : soyez lucides car pour de telles thèses, la "messe est dite" ; pour vous rassurer et continuer à vous voiler la face, faîtes semblant de croire que ces thèses ont de l’avenir, mais sachez qu’elles ne trompent pourtant plus personne, ni dans l’Église, ni en dehors, hormis le cercle des "derniers des mohicans" que vous formez.

Ce n’est assurément pas comme cela que vos enfants et petits-enfants, neveux ou petits neveux, leurs amis, leurs collègues, leurs voisins retrouveront la foi vivante, ce que pourtant vous semblez rechercher. Comme tant de groupes "chrétiens" balancés à tout vent de doctrine qui ont parsemé l"histoire ecclésiale en voulant réinventer à eux seuls la foi et l’Église de manière prétentieuse en luttant contre elle plutôt qu’en mettant toute son énergie à la conversion et à la prédication, on vous oubliera totalement, ou plutôt, les historiens reconnaîtront combien dans la 2nde partie du XX° siècle certains "catholiques" sous prétexte de réforme et d’adaptation, un certain courant prétendument de progrès et donc faisait partie Moingt, ont risqué de conduire l’Église à la catastrophe en tentant un hold-up sur Vatican II en le réinterprétant et le caricaturant, en frayant fort dangereusement avec "l’esprit du monde", en tentant une fuite en avant mortifère que Rome a su si bien déjoué.

Aujourd’hui il n’ y a même plus à vous combattre, vous vous tirez en permanence une balle dans le pied et creusez votre propre tombe idéologique : et puis "on ne tire pas sur une ambulance" dit-on....

Dans votre chapelle, n’oubliez : que le dernier éteigne la lumière, ferme la porte et il peut jeter la clé....

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Il est intéressant de remarquer que déjà dans les années quarante, bien avant le Concile Vatican II, un franciscain canadien du nom d’Eusèbe-Henri Ménard (ofm) avait saisi déjà l’importance de cette collaboration en à‰glise entre les laïcs et le clergé. Il a d’ailleurs co-fondé sa famille spirituelle avec un laïc marié !

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La pire des idoles c’est l’église institution.

Chamarée comme le Fou du Tarot (les illusions du pouvoir, les ors et les pompes...). Portant son magistère comme un sac de vieilles reliques (qui, si elle venait à le lâcher lui laisserait les mains vides). Perdant ses chausses qui lui furent fidèles (ses membres). Mordue aux basques par ses propres chats fourrés domestiques (sédévacs et autres intégristes ou ultras). Fuyant apeurée, sans pouvoir cependant écraser la fleur de l’Espérance, vers les ruines de sa grandeur passée o๠règne le peuple des Rainettes (les baptisés (jeu de mot sur batrizo racine de batraciens)) qui lui chantent "croit, croit, croit...". Trainant sa Règle comme on traine une canne dont on a oublié le sens et l’utilité (comme ceux qui confondent la Règle et le réglement, le droit canon s’opposant à l’Evangile)).

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