Parution : 13 juillet 2011
Promotion

Comme il y a des promotions canapé, il y a des promotions placard. Par exemple d’un syndicaliste gênant pour le pouvoir on fera un ministre, et désormais il ne gênera plus. Il en est de même me semble-t-il pour la promotion dont Jésus a fait l’objet au fil du temps, au point d’être, assurément malgré lui, à la fin devenu un Dieu. Celui qui disait encore : «  Le Père est plus grand que moi  » (Jean 14/28), donc qui se situait au-dessous du Père, se contentant d’être un exégète de sa parole (Jean 1/18), est devenu à Nicée, en 325, consubstantiel au Père, c’est-à-dire égal à lui en importance. Désormais on a moins écouté ses paroles qu’on n’a baissé la tête devant lui. Et son message, son enseignement ont été désamorcés. Ils ne figurent plus d’ailleurs, et c’est très significatif, dans le Credo chrétien.

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C’était un message de libération, tel qu’on le voit encore dans les Béatitudes. Il pouvait donner espoir aux hommes. Jésus n’y était qu’un prophète, essentiellement de la Justice, et un prophète se situe toujours au-dessous de la Parole qu’il porte. Mais lorsqu’il est devenu, d’abord avec Paul qui ne l’a pas connu et à mon avis l’a totalement instrumentalisé, le Messie crucifié pour le salut des hommes, et ensuite au fil des différents conciles la seconde personne de la Trinité, ce qu’il est aujourd’hui dans le christianisme majoritaire, alors toute velléité de rébellion sociale et politique a disparu dans le cœur des hommes. On ne se révolte pas devant un Dieu : on l’adore seulement.

En suite de quoi l’Église chrétienne a pris le relais, et d’un Dieu mandant elle s’est instituée mandataire. Il va de soi qu’on ne se rebelle pas non plus contre une Institution qui se réclame d’un Dieu – contre une théocratie.

J’ai pensé à tout cela en lisant dans la presse les récentes instructions papales pour une nouvelle évangélisation. Dans son discours du 13 juin 2011, en la basilique de Saint-Jean de Latran, Benoît XVI a déclaré que « si les hommes oublient Dieu, c’est parce que l’on tend souvent à présenter Jésus seulement comme un homme sage et à affaiblir voire nier sa divinité  ». Que n’a-t-il écouté davantage l’Histoire et ses mises en perspective ! Mais il est vrai qu’on est toujours réticent à admettre ce qui va contre ses propres intérêts, et à scier la branche sur laquelle on est assis…

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Promotion 17 juillet 2011 19:03, par De la Panouse Vivien

"Désormais on a moins écouté ses paroles qu’on n’a baissé la tête devant lui. Et son message, son enseignement ont été désamorcés. Ils ne figurent plus d’ailleurs, et c’est très significatif, dans le Credo chrétien."

Monsieur Michel Théron,

Que dit le Credo sur Jésus ?

"Je crois en ... Jésus Christ, (le ) Fils unique ( de Dieu ), notre Seigneur ; qui a été conçu du Saint Esprit, est né de la Vierge Marie, a souffert sous Ponce Pilate, a été crucifié, est mort et a été enseveli, est descendu aux enfers ; le troisième jour est ressuscité des morts,est monté aux cieux, est assis à la droite de Dieu le Père tout-puissant, d’où il viendra juger les vivants et les morts."

Le Credo évoque donc la naissance de Jésus, sa persécution par Ponce Pilate, sa crucifixion , sa mort, son ensevelissement,sa résurrection, son Ascencion aux cieux, le pouvoir qu’Il y tient, et son retour futur avec l’annonce d’un jugement. Certes, a priori, ce que Jésus a DIT, son message , son enseignement, est absent :nulle part il est écrit : "Je crois en Jésus, qui a dit ..." ou "Je crois que Jésus a dit...".
Et pourtant...

Plusieurs de ces phrases, si ce n’est pas le cas de toutes, réclament des explications, des détails, etc. Et on peut dès lors les RELIER au message, à l’enseignement de Jésus. Ainsi, quand nous disons que Jésus "viendra juger les vivants et les morts.", outre que cette annonce est bien écrite dans les Evangiles, si on se pose les bonnes questions , on peut très bien relier cet article de foi à l’enseignement de Jésus : "Juger les vivants et les morts ? Mais comment, pourquoi, et/ ou sur quoi ?". Il y a dans les Evangiles des réponses à ces questions qui permettent clairement de voir cet article de foi comme une référence au message de Jésus. Il en est de même de l’article : "Jésus-Christ, le troisième jour, est ressuscité des morts". Selon Albert Jacquard, on peut, ou l’on doit, tirer de l’acte de foi en la Résurrection, affirmée par cet article du Credo, les conséquences suivantes : l’enseignement qui a précédé doit être pris au sérieux, ce qu’il propose comme objectif à la vie de chacun doit être poursuivi.

Bref, le Credo ne contient pas de références EXPLICITES à ce qu’a DIT Jésus, car il n’évoque à son sujet que des EVENEMENTS : mais il est inexact, de mon point de vue, de dire qu’il désamorce le message , l’enseignement, de Jésus.

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Divinité de Jésus-Christ 15 juillet 2011 22:40, par André 1

Bonjour Michel,

Vous citez Jn 14, 28 mais il y a aussi Jn 10, 30 « Moi et le Père nous sommes un. » La note de la Bible de Jérusalem est intéressante à relever : « D’après le contexte cette affirmation vise en premier lieu la commune puissance de Jésus et du Père ; mais indéterminée à dessein, elle laisse entrevoir un mystère d’unité plus large et plus profond. Les Juifs ne s’y trompent pas, qui y voient la prétention d’être Dieu, Jn 10, 33 : « Ce n’est pas pour une bonne œuvre que nous te lapidons, mais pour un blasphème et parce que toi, n’étant qu’un homme tu te fais Dieu. »

Il faudrait signaler également Jn 8, 24 : « Si vous ne croyez pas que Je Suis, vous mourrez dans vos péchés. » La note explicative précise : « Je Suis est le nom divin révélé à Moïse, Ex 3, 14 +, et signifie que le Dieu d’Israël est le seul et vrai Dieu. En s’appliquant ce nom Jésus se donne comme le seul et unique Sauveur, vers qui tendraient toute la foi et l’espérance d’Israël. »

Il y a aussi Jn 1,14 : « Et le Verbe s’est fait chair et il a habité parmi nous, et nous avons contemplé sa gloire, gloire qu’il tient de son Père comme Fils unique, plein de grâce et de vérité. » « Grâce et vérité » correspondent à « grâce » et fidélité » dans la définition que Dieu donne de lui-même à Moïse, Ex 34, 6+, et Os 2, 16-22.

Sur la divinité du Christ presque tout le 4e évangile ( Jn 5, 17-18 ; Jn 8, 58 ) et beaucoup d’autres passages des synoptiques, ( Mt 16, 13-16 ; Mc 1,1 ; 14, 61-64 ), et du Nouveau Testament, ( Ac 10, 25-26 ; Ap 22, 8-9 ), seraient à citer. On n’a pas attendu les conciles de Nicée et de Chalcédoine pour confesser la divinité de Jésus. Dès le Nouveau Testament, dès le 1er siècle, la foi en la divinité de Jésus est fermement attestée et les deux siècles suivant sont en parfaite continuité avec elle. « Si au IVe et Ve siècle la divinité de Jésus revient dans le débat, dit le P. Sesboüé, la nouveauté n’est pas dans la foi, mais dans le langage. » (Christ, Seigneur et Fils de Dieu, DDB.)

Ce que Jésus révèle sur lui-même, selon K.Rhaner, (1) est très clair, il a conscience d’être réellement homme mais il sait aussi et dit de lui-même qu’il est le Fils du Père, qu’il a avec le Père une relation unique, n’appartenant, à la différence de tous les autres hommes, qu’à lui seul. Il a le pouvoir de remettre les péchés, pouvoir auquel Dieu seul est censé avoir droit.

La crédibilité de ce témoignage sur lui-même Jésus la fonde sur la dignité et la sainteté de sa vie, sur les miracles qu’il opère et sur le fait de sa résurrection.

Le christianisme tient ou tombe selon que l’on croît ou non que Jésus-Christ est l’expression parfaite de Dieu, qu’il est Dieu.

(1) Petit dictionnaire de Théologie catholique, éd. du Seuil, 1969, p.237 et 238.

André 1

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Promotion 14 juillet 2011 14:27, par Françoise

Très bel article, Michel, et je ne pourrais encore une fois qu’applaudir vos propos.
Effectivement, nous en sommes arrivés mais depuis un certain temps déjà à une déification institutionnelle.
Mais celle-ci commence à se fissurer puisque le lot de crimes commis au nom de cette déification commence à être si lourd que les dénonciations, procès s’empilent.
Quant à la nouvelle évangélisation, on sait qu’il ne s’agit pour B16 que placer un peu plus ses pions opusiens et autres réacs au plan politique.
Bref...pressons nous de rire de tout comme disait Beaumarchais par la bouche de Figaro...

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