Parution : 15 mars 2012
Bernard Gaillard : « La criminalité reconnue concerne des mineurs de plus en plus jeunes »
Par Golias

Docteur en psychologie et psychopathologie, Bernard Gaillard1 a été
membre de l’Observatoire national de la sécurité des établissements scolaires et directeur de sections d’enseignement général et professionnel adapté (SEGPA). Il est intervenu dans des lieux scolaires, éducatifs, pénitentiaires, rééducatifs. Cet enseignant-chercheur, retraité de l’Université de Rennes, a également rencontré de nombreux adolescents auteurs ou victimes lors
d’expertises psychologiques. Après la médiatisation du viol et du meurtre d’une collégienne à Chambon-sur-Lignon et son exploitation politique sordide, le psychologue livre à « Golias Hebdo » son regard sur la délinquance juvénile et des pistes pour améliorer la justice des mineurs.

Golias Hebdo : êtes-vous d’accord avec la majorité gouvernementale actuelle qui veut abaisser la majorité pénale à 16 ans ?
Bernard Gaillard : Pour les adolescents, la multiplicité des seuils de passage à la majorité est porteuse d’incompréhensions. Il faudrait des convergences entre majorité civile, majorité politique, majorité pénale. Actuellement, l’article 122-8 du code pénal pose le principe de l’irresponsabilité pénale absolue du mineur de moins de treize ans. Si les jeunes âgés de treize à dix-huit ans sont présumés irresponsables, ils peuvent faire l’objet d’une condamnation pénale
« lorsque les circonstances et la personnalité du délinquant » le justifient. Il existe une Cour des Assises spécifique pour les mineurs. Ceux-ci peuvent être condamnés y compris à l’incarcération. Les peines privatives de liberté prononcées à l’encontre de mineurs de plus de treize ans ne peuvent être supérieures à la moitié de la peine encourue par un majeur pour la même infraction, sauf en cas d’extrême gravité.

La justice actuelle a donc les moyens juridiques pour punir les mineurs délinquants y compris en cas de faits commis graves ?

B. G. : L’article 122-8 du code pénal stipule que « Les mineurs capables de discernement sont pénalement responsables des crimes, délits ou contraventions dont ils ont été reconnus coupables ». Cependant, l’action de la justice des mineurs pose le primat de l’éducatif, et prend en compte le développement psychologique et social du mineur.

Après l’affaire de Chambon-sur-Lignon, le gouvernement propose qu’à l’avenir tous les mineurs auteurs d’un viol soient transférés dans un centre éducatif fermé. Pensez-vous que c’est la solution la plus adaptée ?

B. G. : Les centres éducatifs fermés n’ont pas été conçus à l’origine pour n’être que des lieux de placement de mineurs auteurs d’agression sexuelle, mais pour des récidivistes en alternative à l’incarcération. Actuellement, il y a un certain nombre de mineurs de ce type en centres fermés. De nombreuses questions se posent. D’abord, en tant que prévenu, le mineur doit bénéficier de la présomption d’innocence comme tout adulte dans ce cas. Le procès donnera une vérité judiciaire sur la position d’auteur. Le placement en centre fermé doit correspondre à des situations pour lesquelles les faits apparaissent incontestables. Il y a également lieu de repérer si le jeune est récidiviste de tels actes criminels. Enfin, en plus de protéger la société, la question est de préciser les objectifs de ce placement : objectifs éducatifs, thérapeutiques, psychologiques, sociaux. Acceptons de penser que ces jeunes ont des problématiques différentes qui méritent d’être traitées de manière singulière. Quelles ambitions avons-nous pour ces jeunes ? Quelques-uns ont besoin d’un cadre thérapeutique ; la majorité a besoin d’un accompagnement psychologique associé à un travail éducatif sur les relations aux autres, et un travail socio-éducatif avec les adultes de son environnement. C’est une vaste tâche.

Les jeunes sont les premières victimes de la violence - notamment les viols - et de plus en plus souvent les auteurs de ces actes violents sont les jeunes eux-mêmes ? Comment expliquez-vous la montée de ce phénomène ?

B. G. : La criminalité reconnue concerne des mineurs de plus en plus jeunes. Les explications sont plurielles. Elles concernent l’évolution d’un contexte social qui est moins protecteur, pour lequel les discours ambiants sont saturés d’éléments de violence. Entre autres, notre société vit au rythme effréné des informations médiatiques qui circulent à grande vitesse. Les médias sont envahis de scènes violentes et de discours haineux. L’adulte a perdu sa capacité à prendre du temps, à écouter, à protéger les jeunes des effets destructeurs d’une société dans laquelle le sens de l’humain s’est en partie éclipsé.

Quelle est selon vous la meilleure façon d’évaluer la dangerosité des mineurs délinquants ?

B. G. : La dangerosité psychiatrique est extrêmement difficile à évaluer, voire impossible en l’état actuel de nos connaissances scientifiques. Cependant, le problème posé est cette dangerosité sociale. Son évaluation doit être pluridisciplinaire, pluriprofessionnelle. L’obligation pour les évaluateurs est de prendre distance par rapport à ses propres émotions et par rapport aux discours ambiants qui peuvent devenir très rapidement des discours d’exclusion, de stigmatisation voire de haine. [...]

Découvrez l’ensemble de cet entretien dans Golias Hebdo n°226

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