Parution : 1er novembre 2012
La Toussaint et la fête des défunts : Le grand tabou
de la mort
Par Golias

La mort, sujet bien souvent « inhumé » et dont l’évocation se réduit malheureusement à une succession de lieux communs, est pourtant un grand sujet de société.

23 commentaires
En pied de l'article.

En France, plus de 550.000 personnes décèdent annuellement selon l’Insee, avec une moyenne mensuelle évoluant de 40 à 50.000 personnes. Si le spectacle médiatique des plus tragiques et des plus brutales des morts nous parvient parfois par le prisme des faits-divers, toujours est-il que 60 % d’entre elles se produisent à l’hôpital, 12 % en maison de retraite et 27 % dans un logement ou domicile. Car 1,5 % seulement des décès surviennent sur la voie publique.

Nous mourons de plus en plus vieux, et la mort en 2012 n’est absolument plus perçue comme elle était il y a un demi-siècle. Face au deuil, les familles vivent désormais de grands bouleversements face aux obsèques, et de moins en moins d’entre elles se recueillent le temps d’une cérémonie religieuse. Enfin, les obsèques par crémation se développent à un rythme fulgurant, à tel point que tous les professionnels parlent à son sujet de « révolution rituelle » ou de « révolution culturelle ». Marginale il y a trente ans dans notre pays, elle représente aujourd’hui plus d’un tiers des obsèques, et supplantera très prochainement les inhumations. Dans la Bible, ce fut le destin du roi Saül (I Samuel 31 et I Chroniques 10). Face au grand tabou de la mort dans notre société, nous avons choisi cette semaine de consacrer un dossier à l’occasion de sa fête le 1er novembre, bien que ce sujet mériterait d’occuper nos débats publics au même titre que d’autres aspects de notre société. C’est pourquoi nous y reviendrons prochainement, en évoquant notamment la place des laïcs catholiques face aux funérailles.

Le monde du funéraire n’est pas exempt des logiques de la rentabilité financière, et si l’image du croque-mort vénal des fictions populaires peut sembler caricaturale, de grands groupes funéraires manquent effectivement de dignité quand il s’agit d’accorder aux individus le respect et la solennité dont ils ont tous besoin pour faire le deuil et se reconstruire suite au départ d’un vivant (lire notre entretien exclusif). Face à la logique comptable, une gestion publique est d’ailleurs possible, à l’image de celle de la mairie de Paris. Le sujet de la mort est décidément bien vivant et n’est pas à fuir. Ne serait-ce que pour tout ce qu’il nous apprend sur nos sociétés, mais aussi parce qu’il s’agit d’une étape cruciale et incontournable pour toute la communauté des vivants.

Découvrez l’ensemble de notre dossier dans Golias Hebdo de cette semaine

23 commentaires

Je réécris donc ici ce que j’exprimais précédemment.
Il me semble que depuis une trentaine d’années environ, avec l’implantation de sociétés privées qui gèrent cérémonies, enterrements et crémations, il y a une progressive désacralisation de la mort et une appropriation civile et culturelle de celle-ci par les vivants anticipant d’être de futurs défunts. La variété des conventions obsèques et aussi l’adhésion massive des gens à ces formules "tout compris", montre une confrontation beaucoup plus franche et nette vis à vis de notre disparition terrestre.
D’autres attitudes et comportements marquent également cette désacralisation et une certaine acceptation de la mort :
- Les multiples demandes de "mourir dans la dignité" de nombreux malades désespérés par la maladie dont ils souffrent et par la volonté d’acharnement thérapeutique alors qu’ils se savent perdus...Et l’on observe à ce sujet de plus en plus d’adhésion de la société civile vis à vis de ces demandes et une dépénalisation progressive rant idéologique que juridique vis à vis des parentés ou des médecins ayant facilité ce désir de mourir dans la dignité. Et les films, les livres-témoignages qui parlent de ces sujets le font de manière de plus en plus claire.
- On trouve de plus en plus de services gériatriques avec un accompagnement de fin de vie possible, médical mais aussi religieux, psy, social, ce qui montre une prise de conscience de la nécessité d’une présence rassurante qui permettra le passage de la vie à la mort de la personne en fin de vie.
- La récupération carnavalesque et gothique de cette période de l’année qui dépasse le strict cadre commercial et le phénomène de mode et constitue une forme de rite de passage des adolescents à l’âge adulte pour à la fois incarner leur malaise vis à vis des changements corporels et psychiques qu’ils vivent mais aussi rendre visible l’acceptation de la condition humaine mortelle.
- La médiatisation régulière via des séries policières de morts violentes, de cadavres en morgue avec autopsies plus ou moins ragoûtantes, contribue également à banaliser l’idée de mort et à la relativiser dans une certaine mesure.

Aussi, je pense que dans un avenir proche, compte tenu de la paupérisation due à la crise économique persistante, nous verrons les familles et les individus de plus en plus impliqués dans la démarche mortuaire, la leur comme celle de leurs proches.
Les conventions obsèques restant très coûteuses, je me dis que si ça se trouve dans quelques années, nous verrons des magasins de bricolage proposer aux familles et aux futurs défunts des kits de fabrication de cercueils, de plaques mortuaires, des ventes d’urnes, des kits de bûchers funéraires qui seront certainement moins onéreux que ce qui existe actuellement.
Et au plan des rituels funéraires, je pense que les familles voudront s’impliquer davantage, également pour des questions de coûts financiers mais aussi pour avoir des cérémonies moins conventionnelles, cérémonies libres beaucoup plus envisageables aujourd’hui où la pratique religieuse se fait minoritaire et les officiants religieux également.
D’un rite mortuaire théâtralisé, public et massivement religieux, on est en train de passer progressivement à des cérémonies funéraires intimistes plus civiles que religieuses et tout justes médiatisées dans les journaux locaux. Un sacré changement qui de mon point de vue, montre que la mort s’est fait une place dans nos vies sans plus que cela relève du tabou, de la peur panique.

repondre message

C’est tout de même marrant - et attendu ; sur cette question finalement la plus sérieuse qui soit, et à laquelle nul d’entre nous n’échappe, quatre commentaires. Et pas un seul de la bande à réaques, qui semble-t’il ont le sifflet coupé devant les fins dernières. Non plus guère que des progros républicains. Sur le mariage, comme partout, déluge d’opinions, parfaitement préformées et prévisibles.

Il est vrai qu’on ne peut guère se permettre une opinion sur la mort. Mais pour ce qui est des grandes certitudes des uns ou des autres, on repassera. Et c’est là qu’on voit la profondeur réelle de leur fondations : zéro et vacarme médiatique.

repondre message

La Toussaint et la fête des défunts : Le grand tabou
de la mort
7 novembre 2012 15:15, par lannig al louarn

Jusqu’en 1963 ,l’Eglise condamnait la crémation comme " un acte impie " ( souvenir de l’ Inquisition ?) . Heureusement que le Saint Esprit a changé d’avis cette année là .
Sinon aujourd’hui il se serait trouvé dans la hiérarchie religieuse quelqu’un de très " éclairé " pour crier : MAINTENANT la crémation des morts ,DEMAIN la crémation en même temps du CONJOINT SURVIVANT , pire qu’en Inde donc où seules les femmes peuvent être brûlées en même temps que leur défunt mari ... Il est certain que ce serait pire que l’ INCESTE promis par Mgr Barbarien en conséquence du mariage pour tous ...
Toutefois pour que la crémation soit acceptée par l’ église "Romaine " il faut : " qu’elle soit réalisée sans mettre en cause la foi en la résurrection des corps ."comme il l’était dit en 1963 . Que les personnes qui ont la foi ( la vraie ,pas "progressiste "pour un sous bien sûr ) soient rassurées ,la résurrection de leur corps pourra depuis cette date se réaliser aussi bien à partir de leurs cendres qu’à partir du caca des vers de terre .De plus les cathos tradis de " grande " famille pourront remplacer leurs belles et grandes tombes de marbre par de belles cruches en OR ( recyclables suivant les cours ) pour honorer et remercier leurs défunts de leur avoir légué un immense patrimoine spirituel ...
Pour les sorcières , les hérétiques et autres nombreuses personnes ,qui ont été brûlées sur des bûchers au Moyen Age sur ordre de l’église ,je n’ai pas entendu dire que le Saint Esprit avait donné son avis .Mais on sait maintenant que le Vatican ne dit pas tout ce qui lui tombe du Ciel ...
NB : Monsieur le Modérateur , j’espère que vous me pardonnerez le fait que ma réflexion ne soit pas de haut niveau spirituel . Vous comprendrez sans doute que je ne veuille pas paraître dépasser le niveau des hautes instances de l’église catholique Romaine de France .En effet cette prétention me vaudrait certainement de vivre en état de péché mortel , voire pire ...

repondre message

Il est bien d’aborder ce sujet qui est peut-être une des plus grandes tragédies actuelles dans notre monde occidental. Ceux qui n’ont pas la Foi sont déboussolés, et on leur propose finalement peu de réponses.
Et même pour ceux qui ont la foi, les derniers instants avant la mort sont peut-être les plus difficiles à vivre (sans mauvais jeu de mots), car il est rare que les familles qui entourent les mourants prient pour eux à cette instant. Et je pense que même si certains sur ce blog doutent peut-être de l’acharnement des démons au dernier moment comme l’enseignent de nombreux écrits, il est certain que des Je vous salue Marie (..."et à l’heure de notre mort") ou autres prières litaniques sont une consolation psychologique. Mais les familles qui entourent les mourants sont finalement également souvent déboussolées, c’est trop dures pour elles de se mettre à genoux autour du lit du mourant pour les aider à effectuer ce passage.

Je parle de psychologie, ici.

Du point de vue plus doctrinal, il est probablement urgent de reprécher toujours plus sur les fins dernières. Et probablement mieux vaut des débats enflammés que du silence.

On prêche tellement sur la miséricorde, que l’on oublie que le droit de grâce s’exerce après la condamnation, en général, pas avant...

Tout le monde meurt. S’en suit le jugement particulier, et la sentence. Le Ciel ? L’Enfer ? Si le Ciel, avec Purgatoire ? Comment cela fonctionne ?

Le texte doctrinal de base de l’Eglise sur les fins dernière est probablement la Constitution Dogmatique "Benedictus Deus" (1336).
http://eglise.de.dieu.free.fr/benedictus_deus.htm pour les extraits importants
http://www.papalencyclicals.net/Ben12/B12bdeus.html pour le texte intégral

Il est à noter que c’est le plus haut niveau possible de magistère extraordinaire. Les parties qui suivent "Nous définissons" ont un niveau dogmatique aussi élevé que la Sainte Trinitié, l’Eucharistie, l’Assomption, etc. Que ce soient les passages encourageants sur le Ciel, mais ceux aussi qui concerne l’Enfer.

Alors, ensuite, faut il faire le pari de Pascal pour ceux qui doutent ?

repondre message

La Toussaint et la fête des défunts : Le grand tabou
de la mort
1er novembre 2012 23:14, par lannig al louarn

Je n’ai jamais été sur la tombe de mes parents . Ils sont en mon corps ,mon coeur et mon esprit .Ayant été sauvé peu après ma naissance par un jeune chirurgien je donnerais mon corps à la médecine . Cela permettra peut être de sauver une vie et servira à former les toubibs . C’est bien mieux que de nourrir les vers . Mais peut être que cela n’est pas très " catholique " ...

repondre message

Moui, enfin... De plus en plus vieux, la courbe tend à s’inverser, lentement. On a atteint les extrémités de la "bienfaisance" médicale et technologique. Mais surtout, et dans de plus en plus de cas, dans des états et des situations qu’il est euphémique de qualifier de mauvaises. Ca se situerait plutôt du côté de l’épouvantable et de l’abominable. On peut même affirmer que dans bien des cas, on meurt désormais bien avant d’être déclaréEs décédéEs, que ce soit mentalement ou socialement. Il est vrai que l’on est alors encore utilisable en tant que matière première pour produire un peu de PIB tertiaire (ça se discute, les soins n’étant pas considérés dans l’économie classique comme producteurs de valeur à proprement parler - n’empêche que l’industrie pharmaceutique, médicale et de la "prise en charge" engendre actuellement des taux de bénéfice parmi les plus coquets du marché ; que croire ?).

On pourrait dire, vu en outre la diligence qui a été déployée pour nous empêcher toute maîtrise sur notre mort (le suicide reste un "fléau social" et d’ailleurs une perte économique, ce qui met fin à toute discussion), que c’est la conséquence logique d’avoir renoncé à peu près à tenter toute maîtrise de notre vie, mais bon...

repondre message

| © Le site officiel de GOLIAS pour les informations d’actualité 2009-2017 | Fait avec : SPIP et Thélia plugin thelia |

| Courriel à la Rédaction | RSS RSS | Adresses Postale et bancaire | Mentions légales | à propos de Golias |

article jeune