Parution : 25 novembre 2012
RAVALEMENT DE FACADE AU VATICAN : SIX NOUVEAUX CARDINAUX EN TROMPE l’OEIL D’UNE REFORME IMPOSSIBLE
QUAND DONC COMPRENDRONT-ILS ?
Par Golias

Quand donc comprendront-ils ? C’est le sentiment d’un William Blake pourfendeur de ces sinistres hommes en noir. Et même si le noir s’est coloré de violet, de pourpre ou de nacre papale, sur le fond c’est une même étroitesse qui subsiste.Celle des cœurs conformistes et enchaînés.
Le système ecclésiastique, pourtant, comme tout système, cherche à se perpétuer, ne veut pas disparaître et se trouve comme acculé quelquefois à d’inévitables réformes.

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Benoît XVI ne fait au demeurant pas exception à la règle. En effet, il vient de créer six cardinaux en complément et en correction du consistoire du début d’année, très critiqué pour ne pas avoir donné leur juste place aux pasteurs d’Eglises locales et au Tiers Monde, au profit
des Italiens et de la Curie. Dont acte. Cette initiative ratzingérienne était opportune.
Pour autant, il est évident que c’est une réforme d’une toute autre ampleur qui s’imposerait à présent. Il ne suffit pas de procéder à quelques ravalements de façade. C’est tout l’édifice qu’il faut réinventer. Or on a plutôt l’impression que le Pape, justement, en bon conservateur, entreprend quelques réformes, pour éviter une révolution.
Comme le Prince Salina, noble sicilien du XIXe siècle, héros du « Guépard », admirable roman de Tomasi di Lampedusa, et film non moins admirable de Visconti, pour qui « il faut bien que quelque chose change pour que tout demeure pareil ».
A notre sens, il serait au contraire souhaitable d’oser enfin, comme le fit le défunt cardinal Carlo Maria Martini, entreprendre une réflexion et une action de renouveau en profondeur. Et pas seulement, il est vrai, du fonctionnement du système ecclésiastique.

UNE CREATION INATTENDUE : PAS D’ITALIENS A BORD !

C’est une nouvelle qui vient de tomber de Rome : le Pape Benoît XVI annonce qu’il créera (c’est le terme en vigueur) six nouveaux cardinaux le 24 novembre prochain à l’occasion de la solennité du Christ Roi de l’Univers.Mais le plus étonnant ne tient pas seulement au fait mais à la composition de cette nouvelle fournée pourpre, constituée uniquement de non-européens, et ne comprenant pas les personnalités attendues, comme le nouveau préfet de la congrégation pour la doctrine de la foi, Mgr Ludwig Gerhard Müller, un Allemand de 65 ans ou le Français Jean-Louis Bruguès, 69 ans qui devaient normalement recevoir la barrette rouge. .
En tête de la liste des nouveaux promus se trouve en revanche un américain du Nord, Mgr JamesPatrick Harvey, actuellement préfet de la maison pontificale. Agé de 63 ans, il n’occupe pourtant pas une charge cardinalice. Certes ses prédécesseurs Antonio Nasalli Rocca, Jacques Martin ou Dino Monduzzi ont tous reçus le chapeau rouge de cardinal mais
c’était à l’issue de leur mission. On peutdonc à bon droit se demander pour quelle(s) raison(s) le Pape a tenu àélever à la pourpre Mgr Harvey,
en plus un occidental, de nationalité américaine, donc d’un pays qui compte déjà une dizaine de cardinaux . Il y a diverses hypothèses explicatives. Selon l’une d’entre elles, le Pape voudrait exprimer en fait une estime particulière pour cet homme au jugement pondéré, qui a su l’orienter pour affronter les questions concernant en particulier les pays anglophones, comme les questions de pédophilie. Dans le même ordre d’idées, Benoît XVI pourrait également en faire dans un futur proche son Secrétaire d’Etat. Ou le successeur du cardinal Nicora dans la supervision des instances économiques du Saint-Siège.
Mais une autre vision de cette promotion inattendue demeure défendable. Le Pape aurait en fait écarté Harvey de sa responsabilité actuelle, moins prestigieuse, mais plus décisive, de préfet de la maison pontificale. En lui donnant un trône mais sans responsabilité réelle, puisqu’il devient archiprêtre de la basilique Saint Paul Hors les murs, et une barrette cardinalice pour le consoler de son relatif éloignement.
Qui sait ? Certains argumentent en disant que c’est Mgr Harvey qui en son temps avait présenté Paolo Gabriele, qui devint le majordome sulfureux que l’on sait, à Jean-Paul II. Mais cette explication ne tient pas la route car il s’agit d’une recommandation ancienne et James P.
Harvey est totalement étranger au Vatileaks !
En revanche, il est possible que Benoît XVI veuille définitivement tourner la page Wojtyla, en choisissant son propre préfet de la maison pontificale. Dans ce cas la rumeur envisage la désignation à ce poste du Secrétaire particulier. L’Allemand Georg Gänswein. Mais ce dernier, au contraire de Harvey, est d’une certaine façon touché par les suites du Vatileaks car il vivait quotidiennement avec Gabriele et ce sont des documents confidentiels lui revenant qui ont été divulgués. Selon des sources toutes fraîches, ce serait plutôt Mgr Alfred Xuereb, un Maltais de 53 ans, lui aussi très proche collaborateur de Benoit XVI, qui serait désormais le favori. Une nomination à suivre en tous les cas.
Les cinq autres nouveaux cardinaux viennent tous du Tiers Monde. Il faut citer le patriarche des maronites, Mgr Bechara Raï, 72 ans, qui avait été « oublié » lors de la promotion cardinalice de l’hiver dernier.Beaucoup d’observateurs avaient alors interprété cet oubli comme le signe d’une réserve de la diplomatie quant à la franchise abrupte avec laquelle le Patriarche aborde les problèmes politiques, qui peut être compromettante. Benoît XVI a également choisi dans la nouvelle fournée d’y insérer le nouvel archevêque de Manille, Mgr Luis Tagle, un esprit brillant, considéré comme un possible papabile dans les temps futurs. En outre, ce n’est pas du tout un conservateur. Agé aujourd’hui de 55 ans, il s’est illustré jadis par son ouverture théologique et par sa proximité théologique avec l’école historique de Bologne, qui donne de Vatican II une interprétation sensiblement différente de celle du
Pape actuel, en en valorisant spécialement les aspects novateurs.Entrent également dans le Collège cardinalice un Colombien et un Nigérian : Mgr Ruben Salazar Gomez, archevêque de Bogota est âgé de 70 ans. De par un passé pas trop éloigné, l’Eglise de Colombie comptait trois cardinaux dont deux chefs de dicastère de la Curie (au demeurant très controversés, les cardinaux Lopez Trujillo et Castrillon Hoyos). Ce qui est assez singulier pour un pays sud-américainde cette dimension.
L’archevêque d’Abuja, Mgr John Olorunfemi Onayekan, 68 ans. Le plus jeune membre du Sacré Collège est Sa Béatitude Mgr Baselios Cleemis Thottunkal, un indien de rite yro-malabar.Il s’agit d’un clin d’œil appuyé en faveur des traditions orientales. Il est né en 1959.
Cette création surprise répond d’abord à une finalité stratégique et entend également répondre aux critiques parfois très vives qui se sont fait entendre contre la Curie ces derniers temps, et en particulier la personne du cardinal Bertone. Parmi les griefs visant directement Benoît XVI, il y avait celui d’avoir nommé beaucoup trop d’italiens, en particulier de la Curie, lors des derniers consistoires. Et ce en particulier en proportion avec les évêques d’églises locales et surtout les pays du Tiers-Monde. Cela donnait la fâcheuse impression que le Pape voulait en fait tourner le dos à l’esprit de l’après-Concile, et à la volonté de ses prédécesseurs, Paul VI et Jean-Paul II, de s’engager dans une internationalisation croissante des instances dirigeantes de l’Eglise. En ce sens il s’agit bel et bien là d’un coup de com, de la réponse du berger pontifical à la bergère contestatrice. Assez habile,
car venant en différé. Indirectement, de la part de Benoît XVI, il s’agit d’un correctif apporté en fait au consistoire trop européen de janvier dernier. Donc presque d’une démarche, sinon de repentance, du moins de reconnaissance tacite mais néanmoins suggestive et transparente des « limites » d’une politique passée.
La question qui se pose aussi est de savoir si cette promotion modifiera ou non l’équilibre des forces au sein du Conclave. Le petit nombre des nouveaux tend à nuancer cette idée. Mais un homme d’ouverture comme Luis Tagle aura certainement du poids, même si son élection dans le contexte actuel, en raison de son âge très « jeune » et de ses propres options représente une probabilité faible. Quant au nouveau cardinal Harvey, dont le réseau de relations est immense, il pourrait jouer un rôle non négligeable au cours du futur conclave. Oeuvrant dans le sens de la modération (il est notoirement opposé à la ligne du cardinal Burke).
D’aucuns supputent la conviction du Pape de la fin prochaine de son pontificat. Ce pressentiment, fondé ou non, expliquerait son scrupule à étoffer les rangs des cardinaux.Cela nous semble relever d’une spéculation pour le moins hasardeuse. Ceci dit il a considérablement vieilli ces derniers mois et cela devient de plus en plus visible…
Une dernière observation peut être faite. De toute évidence, cette initiative pontificale traduit la prise de conscience par Rome de la nécessité d’actes de gouvernement plus rapprochés, plus réactifs, plus significatifs, en réponse aux attentes. Un souhait qui était déjà celui de … Pie XI qui avait décidé de procéder à des créations de nouveaux cardinaux tous les ans.
Reste à savoir si des initiatives isolées de ce type auront quelque impact profond. Les réformes à mener seraient d’une toute autre ampleur.

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Renoncement de B16 11 février 2013 15:00, par diane

Votre article revêt un nouvel intérêt.
"D’aucuns supputent la conviction du Pape de la fin prochaine de son pontificat. Ceci dit il a considérablement vieilli ces derniers mois et cela devient de plus en plus visible…"
..
"Reste à savoir si des initiatives isolées de ce type auront quelque impact profond. Les réformes à mener seraient d’une toute autre ampleur."
..
Mais B16 ne cherche-t-il pas à peser sur cette succession ? Jusqu’où ?. C’est déjà partiellement fait par les choix des cardinaux

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L’entreprise est un peu reculer pour mieux sauter...
Je doute aussi que ces nouvelles nominations puissent avoir suffisamment de poids pour faire bouger les choses. C’est peut-être plus pour se donner bonne conscience que B16 a procédé à ces nominations (une façon de se rattraper médiatiquement après les rapprochements d’avec les plus intégristes et conservateurs). Peut-être aussi n’a-t-il pas vraiment d’autre marge de manoeuvre dans le contexte actuel de luttes intérieures intestines, qui sans doute ont renforcé chez les plus opposés à toute réforme intérieure vaticane, le désir d’abattre ou d’empêcher tout clerc qui pourrait avoir le désir de réformer la Curie.
Peut-être aussi B16 craint-il qu’en allant plus loin, il ne finisse comme JP1 ? Ceci n’est qu’une hypothèse bien sûr...mais dans le contexte actuel de luttes de pouvoir et d’influence au sein de la Curie, le pape lui-même n’est pas à l’abri...

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Euh... ça intéresse encore quelqu’un à bord ?
Ou : De l’Espérance, vertu théologale de façade en trompe l’œil.

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