Parution : 12 février 2013
Démission de Benoît XVI :
une page se tourne

L’annonce a fait l’effet d’une bombe. A l’évidence, une page se tourne. La démission de Benoît XVI brise en effet un tabou au moins de plusieurs siècles.

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En pied de l'article.

Plus humble sans doute que Jean-Paul II, ce professeur devenu pape estimait que dans les circonstances actuelles, alors que les urgences de l’heure présente demandent un Pontife en bonne santé physiologique et doté d’un fort tonus psychologique, en conscience, il devait se retirer. Et que vouloir "rester sur la croix" comme le clame l’ancien secrétaire de Karol Wojtyla, le cardinal Stanislas Dziwisz, serait aussi héroïque qu’incertain. Il faut un homme neuf pour affronter les nouvelles tempêtes. A l’évidence, amaigri, Joseph Ratzinger accusait non seulement la fatigue et le poids des ans mais une lassitude morale grandissante au fur et à mesure des déconvenues et des épreuves. Cela n’empêchera pas certains esprits de supputer des explications plus complexes et plus secrètes à cette décision, comme des menaces exercées de divulguer sur le net ou ailleurs d’autres scandales, pouvant même impliquer la personne même de Benoît XVI.

A vrai dire, nous pencherions en faveur d’une autre explication, à la lecture de l’excellent essai de Jean-Claude Barreau à paraître ces jours-ci " l’Église va-t-elle disparaître ". Plus lucide que son prédécesseur, Benoît XVI se rendait compte de la gravité accrue d’une crise de l’Église face à laquelle il se sentait impuissant. Mais son logiciel conservateur personnel et plus encore sans doute le sentiment de n’avoir plus les forces souhaitables pour entreprendre de vastes réformes (en plus redoutées par lui) ont été décisifs dans la décision prise de lâcher le gouvernail.

Toujours est-il qu’une page se tourne. Celle d’un pontificat respectable, mais inaccompli et décalé. De sorte qu’on peut légitimement se demander ce qui demeurera de ces années Ratzinger. A l’évidence, le dessein constant de restauration d’une Église assurée d’elle-même n’aura pas porté les fruits attendus sinon en ce sens que les courants de progrès ont été inquiétés, et quelquefois découragés. Pour autant, la réconciliation espérée avec les Lefebvristes n’est pas advenue. Et la majorité des catholiques sont de plus en plus perplexes et désorientés.

Élégant et cultivé, affable et brillant, doté d’une réelle prestance mais manquant de présence médiatique, le Pape Benoît quitte la scène du pouvoir ecclésiastique. Avec lui s’achève une période dominée par le débat autour de l’interprétation de Vatican II. Joseph Ratzinger était l’un des derniers survivants de cette époque. En effet, il participa au Concile comme expert théologien du cardinal Joseph Frings, alors archevêque de Cologne. D’autres débats, brûlants, sont à ouvrir. Nous y reviendrons.

Il est difficile dans l’état actuel des choses de se risquer à un pronostic sur son successeur. Les noms circulent des grands favoris : les cardinaux Angelo Scola, Angelo Bagnasco, Mauro Piacenza, Marc Ouellet, Leonardo Sandri, Pedro Odilio Scherer, Joao Braz de Aviz, Gianfranco Ravasi, Timothy Dolan, Donald Wuerl, Luis Tagle, Peter Turkson, Joseph Policarpo, Ennio Antonelli, Dionigi Tettamanzi, Christoph Schönborn Un autre nom est cité, celui du cardinal nigérian Francis Arinze, bien qu’il soit né en 1932. Et qu’il ne fasse donc plus partie des électeurs du Conclave tout en restant éligible, bien entendu, puisqu’il n’y a pas de limite d’âge. D’aucuns, parmi les plus conservateurs, pourraient pencher en faveur du nouveau Patriarche de Venise, Francesco Moraglia, bien qu’il n’ait pas encore été créé cardinal. On cite aussi des outsiders comme l’archevêque de Boston, le cardinal Sean O’Malley. Mais il faut se souvenir d’un proverbe romain : qui entre Pape au Conclave en sort..cardinal !

Golias suivra avec attention la préparation et la tenue du conclave. En dressant le bilan du pontificat passé. En envisageant surtout les défis à relever par le successeur. En cernant mieux la personnalité des papabili et en envisageant des scénarios crédibles. Même si le Pape Benoît a conditionné l’avenir en nommant surtout des conservateurs, tout reste possible. Y compris l’élection d’un Africain ou d’un Américain, d’un Pape d’ouverture aussi.

Les prophéties de Malachie, ou du moins une édition postérieure de quatre siècles à leur rédaction effective, évoquent le successeur de Benoît XVI, comme étant le dernier Pape, "Petrus Romanus", assistant à la destruction de Rome. il s’agit d’un bluff évident, d’un apocryphe d’un texte lui-même hasardeux de prophéties. Mais sans le savoir, il dit peut-être quelque chose de vrai. De toute évidence, le geste même de la démission mais aussi l’échec d’un pontificat de restauration semblent témoigner de quelque chose de cassé. Qu’on le veuille ou non, l’histoire de la papauté se trouve à un tournant. Et on peut penser que Benoît XVI aura été le dernier Pape d’un certain absolutisme du magistère romain trop sûr de lui.

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Bonjour golias Ce n’est pas un commentaire mais une info que sans doute vous avez entendue, lue Interressant cette analyse non ? Et surtout , comme dans une multinationale , la prochaine fois, c’est la CA de la multinationale église, qui peut le démissionner !! comme une "vulgaire" pdg !!

Pape "jusqu’à la mort"
Dans cette période inédite, où chaque mot est pesé, Mgr Roland Minnerath, évêque
de Dijon, est l’un des rares à avoir choisi d’énoncer clairement les
interrogations suscitées par le geste historique de Benoît XVI. Avant lui, le
cardinal Stanislaw Dziwisz, secrétaire personnel de Jean Paul II, avait, en
creux, émis une critique :« Wojtyla est resté, il avait compris que l’on ne
descend pas de la croix ».

Dans une longue intervention sur les ondes de la radio chrétienne, RCF, jeudi 14
février, l’évêque français admet que « Benoît XVI a suivi sa conscience » mais
il affirme « comprendre le désarroi de nombre de fidèles » qui se demandent
pourquoi « il n’est pas resté jusqu’au bout ». « Jean Paul II nous avait donné
un exemple de ce qu’est la fidélité à l’appel [reçu] », explique l’évêque.
« 
Quand on est pape, on assume jusqu’à la mort. Cela a toujours été comme cela et
l’Eglise s’en est bien tirée de cette manière. Si on introduit un critère
d’efficacité, c’est un critère tout à fait valable dans le gouvernement des
choses temporelles mais l’exercice du pontife c’est autre chose. C’est d’être un
témoin, à tous les âges, quand on est en bon état et quand on est fatigué ». Mgr
Minnerath s’est dit aussi « toujours un peu hésitant face aux changements
introduits, comme ça, à la hâte sans qu’on mesure toutes les conséquences ».
A Rome, un jésuite tempère : « Beaucoup des religieux ou des fidèles qui se
sentent aujourd’hui abandonnés ont besoin d’un père ; ils en retrouveront
rapidement un avec le prochain pape ».
Stéphanie Le Bars

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Démission de Benoît XVI : une page se tourne 14 février 2013 06:28, par Agnès Gouinguenet

Bonjour Golias !
- 
Va bene ?
- 
Attendons la suite.
- 
Belle journée.
- 
Agnès Gouinguenet.
- 
http://gouinguenetagnes.blogspot.fr/
- 
Ou bien :

http://blogs.mediapart.fr/blog/agnes-gouinguenet

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Démission de Benoît XVI : une page se tourne 12 février 2013 19:58, par PrNIC

1-l’exemple venant d’en haut , certains mitrés pourraient se demander s’il ne leur serait pas profitable d’apprécier une retraite bien méritée !

2- Il est vrai qu’un Timothy Radcliffe aurait du panache comme Pape .....Mais les électeurs auront-ils la sagesse de l’Esprit pour voir au dehors de leur conclave ?

Ceci dit rien ne nous empêche de le promouvoir .....peuple de Pretres , pourquoi attendrions nous une carte d’électeurs démocratique ?

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Démission de Benoît XVI : une page se tourne 12 février 2013 19:21, par Iconoclaste

Complètement d’accord avec vous ! Surtout sur ces fameuses prédictions.

Tout chrétien qui s’intéresse à la papauté s’interroge sur ces "prophéties". Mais en effet, le successeur du pape Ratzinger ne pourra plus "gérer" l’Eglise comme ce fut le cas auparavant.

Autre élément troublant, il ne reste plus qu’une seule place à Saint-Paul-hors-les-Murs (si ma mémoire est bonne) pour un seul pape. "Après il n’y en aura plus", affirmait en riant mon vieux prêtre, un an plus âgé que Benoît XVI...

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Démission de Benoît XVI : une page se tourne 12 février 2013 15:52, par ROCHIAS M

Aujourd’hui une liste de « papabiles » s’ouvre et je pense à un article du 15 Juin 2012 de La Vie : « Plongeon dans le mystère du baptême » et à votre présentation de Timothy Radcliffe … « Depuis qu’il a laissé sa charge de Maître de l’Ordre en 2001, Timothy Radcliffe est devenu un frère itinérant, prêchant et donnant des conférences dans le monde entier. Sa notoriété, il la doit notamment à l’édition de ses livres empreints d’une grande sensibilité à la culture du temps présent, tout en étant profondément enracinés dans la tradition de l’Église. Exprimer les convictions catholiques, aussi antiques soient-elles, avec des mots audibles par les esprits contemporains et un soupçon d’humour british, voilà le talent de T. Radcliffe. »
Le nom de Timothy Radcliffe ne circule pas parmi les vaticanistes et les observateurs des milieux catholiques comme un successeur potentiel du pape Benoit XVI.
Les critères théologiques comptent on doit l’espérer plus que les critères géographiques qui sont soulevés dans tous les médias, la personnalité de Timothy Radcliffe dont la finesse des analyses et la simplicité des propos ont contribué à faire de lui une personnalité catholique de tout premier plan, c’est un prêcheur infatigable… alors si Timothy Radcliffe pouvait être un « papabile outsider » ce serait un signe pour les catholiques du monde entier, un signe pour le renouveau de la foi, pour franchir une nouvelle porte, suivre un nouveau chemin.. Timothy Radcliffe pourrait être le candidat de tous les baptisés…
Avant le conclave le nom de Timothy Radcliffe viendra t’il se joindre à ceux des cardinaux Peter Erdo, Oscar Andres Rodriguez Maradiaga, Marc Ouellet, Angelo Scola, Peter Turkson…
Pour moi la question doit se poser.. Quel est votre avis ?
Dans l’attente de connaître « vos espérances » pour Clui qui donnera un nouvel élan à l’Eglise.

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