Parution : 23 avril 2013
Relique

« Une relique contenant un fragment d’étoffe en lin ‘taché du sang de Louis XVI’, conservée dans un cercueil miniature en acajou et ébène sculpté, a été adjugée mercredi 18.738 euros à l’Hôtel Drouot à Paris.  » (Source : AFP, 03/04/2013) Le royal acquéreur ici a incarné une pulsion bien humaine, que je peux appeler « scopique » (désir de voir), et « haptique » (désir de toucher), celle même qui habita Thomas. Pour garantir sa foi dans la résurrection de Jésus, il voulut voir ses plaies et y mettre le doigt, s’attirant la phrase bien connue : «  Parce que tu m’as vu, tu as cru. Heureux ceux qui n’ont pas vu, et qui ont cru ! » (Jean 20-29) À quoi bon en effet voir et toucher, si la certitude est intérieure ? Comme dit l’Apôtre : « Nous marchons par la foi, non par la vue.  » (2 Corinthiens 5/7)

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Mais quel besoin avait notre nouveau dévot de conforter ce que tout le monde sait par l’acquisition au demeurant fort onéreuse d’une preuve visible et tangible ? Bien hasardeuse aussi, puisqu’au dire d’un expert, selon la même source, pour être sûr que le sang est bien celui du roi il faudrait en faire une analyse ADN, ce qui n’a pas été fait.
L’Église a condamné pour avoir fait trafic des choses sacrées Simon le Magicien : d’où le péché de simonie. Mais elle n’a pas pratiqué elle-même ce qu’elle a dit, et n’a pas obéi à la parole précitée de Jésus. Elle a opéré sans vergogne un trafic généralisé de reliques, qui se sont multipliées de façon exorbitante et à l’arrivée totalement cocasse, comme Calvin l’a montré dans son Traité des reliques, chef-d’œuvre d’ironie mordante. Évidemment c’est la Réforme qui a raison : la foi dans toute sa pureté n’a que faire de preuves tirées du monde visible, car elles ruinent toute espérance : « Car c’est en espérance que nous sommes sauvés. Or, l’espérance qu’on voit n’est plus espérance : ce qu’on voit, peut-on l’espérer encore ?  » (Romains, 8/24)
Mais cette rigueur est difficile à pratiquer humainement. Qui de nous n’a pas, dans son reliquaire personnel, gardé de l’être aimé mèche de cheveux, vieille lettre, photographie jaunie, etc. ? Au fond, libre à certains, s’ils y trouvent plaisir, de dépenser des fortunes pour une relique même bien aléatoire, et même de se laisser gruger par ceux qui en font trafic… Comme dit très profondément Valéry : « L’esprit n’est pas si pur que jamais idolâtre. »

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Relique 26 avril 2013 15:53, par Deroëc

Qu’en est-il du suaire de Turin ?
Deroëc

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Relique 24 avril 2013 22:09, par Barst

http://www.lavenir.net/article/detail.aspx?articleid=DMF20130412_010 :
La relique de saint Martin, du pur porc
Analysée à l’université de Groningue, la relique découverte dans le socle de l’autel de l’église de Villers-sur-Semois (Étalle) en 1897 est en fait… un os de porc.
Le jour où il est entré dans l’église de Villers-sur-Semois (Étalle), un joli édifice du XVe ? siècle à la tour carrée surmontée d’un clocher à bulbe, Joël Ziburis ne se doutait pas qu’il allait tomber sur un os.
La découverte de cet os, dès la fin du XIXe ? siècle, puis son analyse, à l’université de Groningue (Groningen, en néerlandais), aux Pays-Bas, plus d’un siècle plus tard, et enfin l’enquête menée par Joël Ziburis lui-même, pourraient remettre en cause bien des croyances liées à son histoire.
Parce que cet os-là découvert en 1897 dans une boîte de plomb cachée dans une cavité de la pierre d’autel de l’église, est une relique. Et pas n’importe laquelle : une relique de saint Martin !
À Groningue, le verdict tombe rapidement : les fragments ne sont pas humains. Ce sont des os de cochon domestique qui, comme le confirmera leur datation au carbone 14, remonteraient… à l’âge de fer, dans une fourchette qui va de 740 à 370 avant Jésus-Christ.

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Historicité et foi @ Michel Théron 24 avril 2013 21:37, par pierre mabire

Cette seconde partie du Nouveau testament n’est par de l’ordre de l’historicité, mais du domaine de la spiritualité et de la symbolique mystique. Il eut fallu que Jésus soit ressuscité dans son corps, réincarné, pour que Thomas voit les plaies et y porte ses doigts. Thomas est appelé « le didyme », le jumeau. Est-ce un frère jumeau, ou n’est-il pas une sorte de Janus aux deux visages, celui qui personnalise l’être humain dans sa complexité, avec sa part d’ombre et de lumière ?
Je crois que c’est ce qu’on voulu dire, à mots voilés, les scribes ayant retranscrit la nouvelle tradition née à partir du récit des apôtres, un siècle environ, voire plus, après la mort de Jésus.
N’oublions pas que la révélation de la résurrection est décrite comme venant des femmes lorsqu’elle se sont rendues au sépulcre. Elles sont les premières à traduire la pensée de Jésus lorsque celui-ci annonçait à ceux qui venait l’entendre que le royaume du Père était parmi eux. C’est là toute la force de leur message que les hommes, habitués à dire la loi de Moïse, ne comprennent pas. Tous sont dans le doute et ne viendront que progressivement à l’idée que la mort peut être vaincue par l’esprit. C’est l’histoire des Compagnons d’Emmaüs, lorsque les fidèles de Jésus s’aperçoivent que l’homme ayant fait un bout de chemin avec eux était aussi habité par le souffle de la Création.
Ces pages du Nouveau Testament sont de l’ordre de la Révélation. N’oublions pas le contexte historique : la Palestine occupée par les Romains, un ordre religieux juif compromis avec « l’ennemi », un peuple exténué par le poids des impôts, pour Rome, pour la synagogue et pour le roi. Ce peuple aspire à une réelle libération. Les discours de Jésus pendant les dernières année de sa vie ont soulevé d’immenses espoirs : c’est en eux que se trouve les voies de cette libération. Spirituelle d’abord. La crainte de Dieu et les interdits sont levés. Une seule loi enseignée par Jésus domine : aimez-vous les uns les autres. Quelle révolution dans les coeurs et les esprits ! Thomas, comme ses compagnons, va devoir faire aussi sa révolution intérieure. Ce passage nous enseigne encore que la foi n’est pas de l’ordre du rationnel, du constat factuel, mais de l’ordre de l’esprit qui se transmet de génération en génération depuis le début des temps. C’est le récit majeur de la conversion qui se comprend à la lumière de la Genèse qui éclaire superbement l’histoire de Thomas le Didyme. Ce sont des passages fondamentaux des Ecritures.
Rien de comparable avec les gouttes de sang de Louis XVI, qui, si elles sont bien à celui-ci, sont alors du domaine de l’historicité et non de la foi.

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Relique 24 avril 2013 12:38, par Françoise

Bonjour Michel

La relique tient souvent du fétichisme commercial. Certains pays vivent de ces reliques et entretiennent un culte tout à fait glauque autour. Je pense à l’Espagne, l’Italie mais aussi à des pays d’Amérique du Sud...La véracité de la relique n’a finalement pas d’importance mais c’est surtout le culte qui en a parce qu’il rapporte de l’argent à l’Eglise. C’est un peu comme les apparitions finalement. On est en plein dans un système de veau d’or. Qui trouve son pendant dans des reliques non religieuses. Regardez à combien se montent certaines enchères pour avoir tel costume de scène de tel artiste décédé ? On nage en plein délire morbide...
Mais qui va avec notre société plus obsédée par l’avoir que l’être. Peut-être aussi finalement, notre société n’a pas tellement changé de ses croyances primitives qui voulaient qu’en possédant tel objet d’un défunt, on capte les pouvoirs qu’il avait de son vivant...Il y a plus je crois une dimension ésotérique et magique dans ces pratiques, ces cultes, ces achats de reliques qu’autre chose...

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