Parution : 18 juin 2013
Istanbul : vers un printemps turc ?
Par Golias

Face aux dérives autoritaires de Recep Tayyip Erdogan et à sa volonté d’islamisation de la société, la contestation gagne les grandes villes. Le Premier ministre entend toutefois ne pas céder sur l’essentiel, au risque d’un embrasement généralisé et d’une perte d’influence du Parti pour la justice et le développement qu’il avait créé en 2002.

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Le soulèvement populaire partait le vendredi 31 mai depuis la place Taksim à Istanbul, où des projets d’urbanisation du quartier cristallisaient les rancœurs. Militants associatifs qui dénonçaient la destruction du parc Gezi pour laisser la place à un centre commercial, groupes opposés à la construction d’une mosquée, annonçaient un mouvement de grande ampleur dirigé contre la politique du Premier ministre Recep Tayyip Erdogan. Un des plus importants dirigé contre le gouvernement islamo-conservateur turc, depuis son arrivée au pouvoir en 2002.
Le samedi 1er juin dans la soirée, le gouvernement lâchait du lest et les forces de police se retiraient de la place Taksim. Aussitôt, des dizaines de milliers de personnes envahissaient les lieux et réclamaient la démission du Premier ministre. Le lendemain, lors d’une émission télévisée, Erdogan concédait qu’un centre commercial ne serait peut-être pas construit, mais maintenait sa volonté d’ériger une mosquée... en lieu et place du centre culturel Atatürk, dédié au fondateur de la Turquie républicaine qui devait imposer la laïcité. Au printemps 2012, le Premier ministre avait déjà annoncé une autre mosquée à Camlica sur les hauteurs d’Istanbul, qui serait “la plus grande du monde”, symbole à peine voilé de la reconquête islamique. La réplique d’une caserne militaire du XVIIIe siècle, rasée dans les années 1940, est également à l’ordre du jour. Représentative d’un néo-ottomanisme qui a le vent en poupe, elle est destinée à faire pièce à l’idéologie de Mustapha Kemal. Originaire du quartier pauvre de Kasim Pacha près de la Corne d’Or, Erdogan se laisse imprudemment mener par l’ivresse du pouvoir. Dans son désir de puissance et de grandeur, il a investi une partie de Dolmabahçe, résidence des sultans à partir de 1856 et jusqu’à l’abolition du califat en 1924. Une belle promotion en quelque sorte, gâtée par des manifestants qui n’avaient pas hésité à se faire entendre jusque sous les fenêtres de ses bureaux.

[découvrez l’ensemble de notre article dans Golias Hebdo 292]

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Début de détente au Tibet ? 1er juillet 2013 13:55, par pierre mabire

Début d’un revirement de Pékin sur la liberté du culte bouddhiste au Tibet ? On n’en est pas encore là, mais dans deux provinces de cette contrée, les moines seraient autorisés à posséder une effigie du Dalaï Lama, leur chef religieux. Ces deux provinces, le Qinghai et le Sichuan, concentrent la moitié de la population tibétaine, soit trois millions sur les six millions de Tibétains. Elle fut le cadre d’une série d’immolations – 120 environ depuis 2009 – de moines ou nonnes protestant de cette façon contre les mesures répressives de l’administration chinoise.
Cette ouverture à la la tolérance religieuse permettrait en outre aux autorités de Pékin de ne plus avoir à répondre d’accusations ou aux questionnement de diplomates étrangers, ou de chefs d’Etat en visiten sur la question tibétaine.
Le régime communiste a autorisé récemment la visite d’un diplomate américain au Tibet, ce qui n’était pas arrivé depuis 2010.

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Istanbul : vers un printemps turc ? 25 juin 2013 15:28, par njama

Le parti d’Erdogan, un parti clairement "islamiste" ...
L’AKP, ex-Refah Partisi

"C’est sous son long règne [1983 à 1993 - Turgut Örgal président du parti de la Mère Patrie - Anavatan Partisi ou ANAP] que se développe le parti "Refah" à la coloration fortement islamique [Refah Partisi, ou RP « Parti du bien-être », plus souvent traduit en français par "Parti de la prospérité", sur le site de la Cour européenne des droits de l’homme CEDH], ce qui est une nouveauté dans un pays qui se vante de son régime strictement laïque. Ce parti acquiert 158 sièges sur 550 à l’Assemblée législative en décembre 1995, ce qui en fait la parti disposant du plus grand nombre de sièges. Son chef, Necmettin Erbakan, devint premier ministre en janvier 1996. L’armée intervient cependant dès février 1997 et l’oblige à démissionner, cependant qu’en janvier 1998 la Cour constitutionnelle prononce la dissolution du parti "pour atteinte à la laïcité de l’Etat" [voir note **]. Ce dernier se reconstitue sous la dénomination de "Parti de la justice et du développement" [AKP, Adalet ve Kalkınma Partisi], et sous la direction de Recep Tayyip Erdogan. En novembre 2002, c’est un raz-de-marée électoral pour le parti, qui obtient la majorité absolue au parlement, avec 363 sièges. Erdogan, inéligible en 2002 à la suite d’une condamnation de 1998 pour "incitation à la haine religieuse" (il avait évoqué dans un discours public des symboles islamiques comme moyens de lutte politique), peut accéder aux fonctions de Premier ministre en mars 2003 - grâce à une réforme de la loi électorale qui lui permet de se présenter et d’être élu à une élection législative partielle. L’armée laisse faire et le nouveau Premier ministre s’impose sans difficulté comme un "modéré".

Histoire du Moyen-Orient De l’antiquité à nos jours. Page 127 / La Turquie et ses relations avec l’Union Européenne.
Auteur, Georges Corm, homme politique, historien, consultant économique, financier international et juriste libanais. Ancien ministre des Finances (1998–2000) de la République libanaise.

** voir détails dans l’Arrêt du CEDH 2003 AFFAIRE REFAH PARTISI
B. Procédure devant la Cour constitutionnelle
1. Réquisitoire du procureur général
http://mbarral.webs.ull.es/refah.html

Note : Georges Corm considère qu’en Turquie c’est l’armée turque qui est (la vraie) gardienne de l’héritage kémalien. Je crois qu’il dit "juste".

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Istanbul : vers un printemps turc ? 18 juin 2013 21:27, par Nathalie

Pas sûre que l’on puisse parler de printemps turc. En fait, si vous considérez les printemps qui se sont déroulés dans les autres pays arabes, vous voyez avant tout des crises sociales. Des revendications face à une situation économique intenable. A aucun moment il n’a été question, par exemple, de lutter contre un potentiel régime islamique. La laïcité n’était pas au coeur des revendications premières, d’autant que, par exemple en Tunisie, le statut des femmes n’était pas celui que leurs homologues Iraniennes ou même Egyptiennes. La lutte contre des régimes dictatoriaux et corrompus était au coeur même du mouvement, immédiatement avant les revendications économiques.
En Turquie, même si la croissance c’est un peu ralentie, la situation ne saurait être comparable. En ce sens, la révolte des jeunes Turcs est bien une révolte contre le grignottage progressif des libertés et de la laïcité. Ce qui est très différent et donc ne saurait constituer un "printemps" si l’on considère la genèse des "printemps" arabes. Et sans doute la nouvelle Tunisie doit-elle regarder attentivement ce qui se passe à Istanbul, car ce qui s’y passe pourrait bien donner des idées à une jeunesse tunisienne qui ne se retrouve pas autant que prévu dans le programme proposé.

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