Parution : 18 juin 2013
Australie : le mur du silence se brise

Il y a quelques semaines, nous évoquions la mise en place par le gouvernement de l’État de Victoria en Australie d’une enquête sur les abus sexuels perpétrés par les institutions religieuses dans le pays. Les audiences ont démarré.

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Le cardinal George Pell, archevêque de Sidney, a ainsi reconnu que « la motivation première aura été de protéger la réputation de l’Église », « il y avait la peur du scandale  ». Une peur du scandale qui a réduit sous silence au moins 620 enfants victimes depuis 1930 dans ce seul état. En parallèle, une enquête publique nationale est ouverte depuis le mois d’avril et doit auditionner 5000 victimes d’institutions catholiques et laïques.

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Australie : le mur du silence se brise 20 juin 2013 12:17, par Françoise

C’est une bonne chose que la loi du silence cesse sur ces questions en Australie. Et qu’un cardinal se penche sur la question en avouant les motivations de ce silence clérical est à marquer d’une pierre blanche. Même s’il tente une pseudo défense (j’ai lu ça sur d’autres articles sur le même sujet).

Mais il faudrait aussi que justice soit rendue aux victimes françaises du Bon Pasteur et d’autres institutions de type bagnes religieux pour enfants et ados où il y a eu là aussi des violences inacceptables durant des siècles qui plus est. Récemment en Irlande, il y a eu excuse publique du gouvernement et des institutions concernées (couvents-prisons Madeleine). A quand la même chose en France ? Avec ouverture des archives de ces institutions bien sûr...les anciens pensionnaires qui ont tant souffert dans ces prisons jusque dans les années 70, ont bien le droit de savoir... et de pouvoir obtenir réparation, même si c’est aussi tard dans leur vie. (certaines victimes parmi les plus traumatisées et violentées ont entre 70 et 85 ans).

Déjà en 1902, Zola dénonçait les violences des instituts français du Bon Pasteur dans un livre : la Vérité.

Extrait :

"Là, au bord de la route, s’élevait un grand bâtiment carré, une sorte d’usine, la succursale du Bon Pasteur de Beaumont, promise lors de la consécration de la commune au Sacré-Cœur, et qui fonctionnait depuis des années. Le beau monde clérical avait mené grand bruit de la prospérité qu’un tel établissement allait déterminer sans doute, toutes les filles des paysans placées, devenues d’habiles ouvrières ; une moralité plus grande, les paresseuses et les coureuses corrigées désormais ; un mouvement d’affaires pouvant, à la longue, doter le pays d’une industrie.
Le Bon Pasteur confectionnait spécialement, pour les grands magasins de Paris, des jupons, des pantalons et des chemises de femme, toute la lingerie fine de corps, la plus ornée et la plus délicate. Sous la direction d’une dizaine de sœurs, il y avait là deux cents ouvrières, qui, du matin au soir, se tuaient les yeux sur ces riches dessous mondains, destinés à d’étranges fêtes dont les pauvres filles rêvaient peut-être les secrètes et ardentes fièvres ; et ces deux cents petites lingères obscures n’étaient qu’une infime partie des tristes mercenaires exploitées, car l’ordre avait des maisons d’un bout à l’autre de la France, près de cinquante mille ouvrières travaillaient dans ses ateliers, lui rapportaient des millions, à peine payées, mal traitées et mal nourries. À Jonville surtout, le désenchantement venait d’être prompt, aucune des belles promesses ne s’était réalisée, l’établissement semblait un gouffre où disparaissaient les dernières énergies de la contrée. Des rafles enlevaient les travailleuses des fermes, les paysans ne gardaient plus leurs filles, séduites par le rêve d’être des demoiselles, de vivre assises, occupées à des travaux légers. Très vite d’ailleurs elles se repentaient, il n’y avait pas de corvées plus atroces, les longues heures d’immobilité, l’épuisement d’une application continue, l’estomac vide, la tête lourde, sans sommeil l’été, sans feu l’hiver. C’était un bagne, où, sous prétexte de charité, d’œuvre salutaire aux bonnes mœurs, se trouvait pratiquée la plus effroyable exploitation de la femme, la chair broyée, l’intelligence abêtie, des bêtes de somme dont on tirait le plus d’argent possible.
Et, à Jonville surtout, des scandales éclataient, une fille presque morte de froid et de faim, une autre devenue à moitié folle, une autre jetée dehors sans un sou, après des années d’écrasante besogne, et qui se révoltait enfin, menaçant d’intenter aux bonnes sœurs un procès retentissant.
Marc s’était arrêté sur la route, regardant la vaste usine, silencieuse comme une prison, morte comme un cloître, où tant de vies jeunes s’épuisaient, sans que rien chantât au dehors le travail heureux et fécond.
- C’est encore, dit-il, une force de l’Église, si simple, dans la pratique, à se plier aux exigences modernes, à nous emprunter nos armes pour nous battre. Elle se fait aujourd’hui fabricante, marchande, il n’y a pas un objet ou une denrée de consommation journalière qu’elle ne produise et qu’elle ne vende, depuis les vêtements jusqu’aux liqueurs de table. Des ordres nombreux sont de simples associations industrielles, travaillant au rabais, grâce à la main-d’œuvre presque gratuite, et faisant ainsi une concurrence déloyale aux petits producteurs de nos faubourgs, incapables de lutter. Les millions gagnés tombent dans les caisses noires, alimentent la guerre d’extermination qui nous est faite, élargissent les milliards que les congrégations possèdent déjà et qui peuvent les rendre si redoutables encore.
Geneviève et Mignot écoutaient. Il y eut un silence inquiet, dans la vaste paix du soir, tandis que le soleil couchant incendiait d’une grande lueur rose le bâtiment clos et morne du Bon Pasteur.
- Allons, voilà que j’ai l’air de désespérer, moi aussi reprit gaiement Marc. Ils sont encore très puissants, c’est vrai. Mais nous avons pour nous le livre, le petit livre d’enseignement primaire, qui apporte la vérité et qui finira par vaincre à jamais leur mensonge de tant de siècles... Toute notre force irrésistible est là, voyez-vous, Mignot. Ils ont eu beau accumuler les ruines ici, ramener les pauvres ignorants en arrière, détruire le peu de bien que nous avions fait : il va suffire que nous nous remettions à notre besogne de progrès par la connaissance, et nous regagnerons le terrain perdu, et nous avancerons sans fin, jusqu’à la Cité de solidarité et de paix.
Leur bagne du Bon Pasteur croulera comme tous les autres bagnes, leur Sacré-Cœur ira rejoindre le Phallus antique, les autres fétiches grossiers des religions mortes... Vous entendez, Mignot, chaque élève à qui vous apprenez une vérité est un citoyen de plus pour la justice. À l’œuvre, à l’œuvre ! la victoire est certaine, quelles que soient les difficultés et les souffrances de la route !"

Il a fallu attendre la fin des années 60 pour que le Bon Pasteur ne soit plus un lieu de souffrance, d’exploitation ouvrière et de douleur et le début des années 1980 pour que ces bagnes pour enfants et ados cessent. L’Etat français a largement alimenté l’exploitation et la souffrance des enfants en les plaçant dans ces institutions via des juges et tribunaux. Zola n’était peut-être pas forcément au courant de cette implication laïque. Sans doute pour cela qu’il fut si difficile et si long de fermer ces bagnes.

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