Parution : 2 juillet 2013
Éternité

Une entreprise états-unienne vient de mettre au point un dispositif qui permet à chacun de devenir éternel une fois mort, grâce à un code-barres collé sur la tombe, lisible par smartphone ou tablette. Il suffit à la famille d’envoyer par Internet photos, vidéo, textes, musique, etc. associés au défunt, qui sont organisés sur un site sécurisé. Elle reçoit une petite plaque de bronze contenant le code à coller sur la tombe, avec un adhésif qui résiste à toutes les intempéries. La consultation des données est protégeable par mot de passe. Le prix de cette éternité numérique (accès illimité à vie), est de 149,99 dollars. L’initiative rencontre un énorme succès (Source : AFP, 26/06/2013).

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Je pense d’abord qu’il est préférable d’aimer les gens quand ils sont vivants, que de leur élever un tel mémorial une fois morts. «  Il nous faut nous aimer sur terre, il nous faut nous aimer vivants  », disait Paul Fort. L’Évangile lui-même ne dit-il pas : « Laissez les morts enterrer les morts » (Matthieu 8/22, Luc 9/60) ?
D’autre part, on va sur une tombe pour se recueillir librement, écouter ce que dit son cœur, son imagination, sa rêverie même, et non pas pour prendre connaissance d’un dossier explicatif empêchant toute liberté, un peu analogue à ces légendes didactiques mises sous les œuvres dans un musée, qui empêchent d’y voir ce que l’on veut, et tyrannisent par leur directivité. Victor Hugo l’a bien dit : « Le vrai tombeau des morts c’est le cœur des vivants ». Et comme on sait que le cœur a ses raisons que la raison ne connaît pas, qui nous dit que nous serons d’accord ici avec ce qui nous est unilatéralement proposé ? Qui sait ce qu’on retient d’une personne ? Cela varie tellement, selon les subjectivités, les tempéraments individuels, la météorologie même de l’âme, si changeante au fil des jours !
La mémoire que nous gardons d’un être n’est pas factuelle, mais, comme l’a montré Proust, affective. Le surgissement des souvenirs, la direction vers laquelle ils orientent la méditation, n’est ni prévisible ni programmable. La précision même est meurtrière, car l’imaginaire se nourrit d’absence. Rêvons donc à « l’inflexion des voix chères qui se sont tues ». Car c’est pour s’être tues précisément qu’elles nous sont chères. À quoi sert de les réécouter, sauf à risquer de détruire l’image intérieure que nous en avons ?
Le dossier transmis par la famille sera non l’aliment d’une survie, mais, par le choix, la sélection opérés, le viol d’une vie, qui excède toute détermination. Et comme le défunt ne sera plus là pour se défendre, il sera manipulé post mortem. Finalement, cette éternité promise est un mirage, qui ne séduira que les analphabètes du cœur.

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Éternité 2 juillet 2013 19:56, par Françoise

Bonjour Michel

N’est-ce pas surtout un moyen pour les sociétés qui proposent cette pseudo éternité de faire de l’argent à bon compte mais aussi d’opérer une sorte de surveillance et de vision déterministe de telle ou telle famille sur plusieurs générations ? Je remarque que nos sociétés ultra sécuritaires ont de plus en plus besoin de surveiller, de posséder l’autre comme si sa liberté représentait un danger, une menace sociale. La mort étant l’échappée belle par excellence, le fait de code-barrer l’histoire et la vie d’un individu tend à l’objétiser et à en faire un objet de consommation dominé, une valeur marchande. Et je crois aussi qu’il y a derrière, la volonté pernicieuse de discriminer des générations sous couvert de protection mémorielle. Je pense certains humains suffisamment pervers pour faire cela et vendre ensuite la mémoire des gens répertoriés dans leur base de données à des états souhaitant discriminer telles ou telles catégories sociales ou telles populations.
Derrière cette entreprise, je vois plutôt la tentative de ficher et d’opprimer les individus plutôt que de leur assurer une éternité.

Même s’il est parfois utile d’explorer les raisons qui ont poussé tel ou tel ancêtre à faire ceci ou cela, ne serait-ce que pour comprendre certaines traditions familiales qui perdurent ou qui se retrouvent dans nos inconscients et dans nos propres désirs personnels, chacun s’approprie différemment comme vous le dites, la mémoire de nos anciens. Avec tout son pathos, son caractère, son approche personnelle. Qui ne sera jamais celle des autres, y compris de proches.
Nos souvenirs, nos perceptions de personnes décédées, tiennent compte en partie de notre histoire, de notre vécu du moment, de nos connaissances, de ce que nous avons pu saisir du vivant de la personne ou des récits qui nous ont été faits d’eux au plan familial. Mais aussi des non-dits (les fameux secrets de famille). Donc nos chers disparus ne peuvent être réduits à un code barre avec une traçabilité matérielle.

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