Parution : 17 septembre 2013
Irresponsabilité

Elle est le fait de beaucoup d’intellectuels, qui par vertige suicidaire et par démagogie, scient en quelque sorte la branche où ils sont assis. Voici par exemple comment le philosophe et académicien Michel Serres raconte sa rencontre avec le personnage principal de son dernier livre Petite Poucette : « J’ai rencontré Petite Poucette il y a plusieurs années dans le RER. Cette jeune fille de 13/14 ans tapait à toute vitesse sur le clavier de son téléphone avec ses deux pouces. Elle parlait à ses amis et accédait au monde entier, sans limites d’espace ni de temps. À côté d’elle, je suis un illettré.  »

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En pied de l'article.

Je passe sur la comparaison hyperbolique de la dernière phrase, bien indigne d’un homme de culture, et qui vérifie bien le mot de Talleyrand, selon lequel « tout ce qui est excessif est insignifiant  ». Reste l’idée de fond : en quoi l’habileté de cette jeune fille à manipuler son clavier est-elle un gage quelconque de sa supériorité, par rapport par exemple à toute une vie d’étude et de réflexion ? Il est bien joli de « parler à ses amis et accéder au monde entier », mais pour dire quoi ? À voir l’infinie bêtise de la plupart des contenus échangés sur Internet, on peut douter qu’il y ait dans l’habileté à y surfer une quelconque preuve d’avance culturelle. Sauf à avoir une vision purement formaliste de la chose, et à dire crûment, comme le faisait Marshall McLuhan, qu’aujourd’hui « le message c’est le medium ». On communique, peu importe quoi, et le moyen de le faire se suffit à lui-même, constitue le contenu.
J’ai souvent réfléchi à ce vertige d’autodestruction qui saisit parfois nos penseurs : le poisson, dit-on, pourrit par la tête. Songent-ils que de telles réflexions compliquent singulièrement la tâche des éducateurs, qui essaient de faire réfléchir en profondeur sur les choses, et non de flotter à leur surface en papillonnant de çà de là – en quoi évidemment ils ne peuvent qu’être dépassés par ceux qu’ils ont la charge d’élever ? Méfions-nous à la fois de l’idolâtrie de la technique et du jeunisme. La vraie culture n’a que faire des gadgets à la mode. Ce ne sont que des tuyaux : l’important est ce qu’ils véhiculent, et beaucoup de discernement est nécessaire pour y faire le tri, ce qui est le sens propre et étymologique d’« intelligence ». Et cela est l’affaire de toute une vie.

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Poucette et les garçons 20 septembre 2013 09:29, par pierre mabire

Michel,

Une nouvelle fois, votre « papier » me surprend. Une publication telle que Golias se dit être « empêcheur de croire en rond », et vous nous renvoyez à des modèles anciens et aux schémas archaïques de la pensée. Dans votre article, le pauvre cerveau qui s’excite sur son smartphone ne pouvait évidemment n’être que fille, la chère Poucette dont le nom ramène à la légende d’Andersen et à cette pauvre gamine confrontée à un monde qui dépasse sa minuscule dimension. Elle ne pourra s’en tirer que par la grâce d’un prince charmant, bien évidemment.
En quoi la conversation de cette gamine sortie de votre imaginaire vous intéresse-t-elle, sinon pour dénoncer la vacuité de son propos. Vous voilà bien indiscret, l’ami. Peut-être d’ailleurs n’a-t-elle pas besoin de parler, mais de se rassurer en maintenant un lien permanent entre elle et le reste du monde ? Un monde qui isole, discrimine, segmente, cloisonne.
Et si, finalement, le smartphone de Poucette était ce fil d’Ariane qui permet à Thésée d’échapper aux griffes du Centaure qui garde le labyrinthe ?
Vous opposez le lien que votre Poucette entretient avec son inconnu à « la vraie culture ». Mais imaginez un instant que cette jeune adolescente soit une très brillante élève de lycée et soit un jour docteur de philo ou de théologie ? Qu’en savez-vous de cette enfant qui a entre les mains cet outil dont vous ne pensez pas que du bien, mais qui, pour beaucoup de sa génération est un instrument de reconnaissance, d’identification et d’affirmation sociale ?
Mais oui, les mots qui s’échangent par SMS peuvent être des raccourcis de mots qui n’entrent pas dans les critères académiques. Mais alors, pourquoi accabler cette virtuelle Poucette d’un cerveau quasi vide et d’une inculture abyssale ? Qu’est-ce d’ailleurs, selon-vous, la vraie culture ?
Pourquoi ne pas avoir également fait d’un garçon le porteur du smartphone. Mais peut-être les garçons disent-ils des choses plus intelligentes, parce qu’ils sont garçons ? Des princes charmants qui sauveront toutes les Poucette perdues dans la jungle d’un monde bien trop dangereux pour elles, les pauvres sottes qui n’ont que leurs pouces pour réfléchir.
De ce point de vue, c’est de nouveau « croire en rond » dans un modèle de pensée qui fait date maintenant.

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