Parution : 2 octobre 2013
Doctrine

Lors de l’excellente émission Ombres sur le Saint-Siège, diffusée sur France 5 le 24 septembre dernier, un prélat brésilien a accusé les religieuses états-uniennes, dans leur fronde contre le pouvoir papal, de manquer de « doctrine ». En clair, il leur reprochait d’être simplement des féministes, voulant la parité avec les hommes, avec par exemple l’accès pour elles-mêmes à la prêtrise. De ce point de vue, ce prélat a oublié que Jésus lui-même n’a défendu jamais une doctrine quelconque. Celle-ci a été l’œuvre, au fil des siècles, des Institutions ecclésiastiques. Selon le mot de Loisy, qui l’a payé de son excommunication : « Jésus annonçait le Royaume et c’est l’Église qui est venue. » Tout le message du Maître reposait, pour chacun, sur l’écoute du fond de son cœur, sur l’authenticité du regard porté sur les êtres, des paroles qu’on leur adresse, qui peuvent tuer ou régénérer, selon leur nature : « Ce qui souille l’homme n’est pas ce qui entre en lui, mais ce qui sort de lui. » (Marc 7/15 et 20 ; Matthieu 15/11 et 18) Nulle « doctrine » par exemple, au sens d’un corpus de règles à observer, dans ce mot de saint Augustin à un disciple qui lui demandait ce qu’il devait faire : « Aime et fais ce que tu veux. » (Dilige et fac quod vis)

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Cependant, s’il faut évidemment comprendre les religieuses en question dans leurs revendications, je crois qu’un minimum de doctrine est empiriquement nécessaire pour prévenir les conduites de tous ceux qui s’autoproclament disciples du Maître en court-circuitant toute connaissance réfléchie et pondérée de questions théologiques depuis longtemps débattues. Je veux parler des évangéliques, dont l’émission montrait bien qu’ils s’installent sans vergogne et sans doute aucun sur les décombres d’une Église agonisante. Ceux-là me semblent aussi dangereux dans leur fanatisme actuel que celle-ci l’a été naguère dans ses certitudes assénées. Au fond, la « doctrine » est comme la langue d’Ésope : la pire et la meilleure des choses. La seule nécessité est, si on y a recours, de ne pas l’absolutiser, en s’abritant par exemple, comme ont fait les Conciles, derrière les injonctions du Saint-Esprit. Doctrine, soit, mais aussi nécessité de son examen constant. C’est pourquoi, à mon avis, l’Église devrait être comme disent les protestants, « toujours à réformer » (semper reformanda).

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De l’Evangile à l’Eglise, et inversement 6 octobre 2013 14:20, par pierre mabire

Jésus ne s’est guère embarrassé de doctrine durant son ministère. Lui qui fustigeait les scribes et les docteurs de la loi, s’est entouré des gens du peuples et de ses proches pour constituer sa garde rapprochée, le noyau dur de ses disciples. Simon le pêcheur ne savait ni lire, ni écrire. Il le mit au premier rang pour bâtir après lui.
Puis est venu Saül de Tarse, brillant érudit, parlant plusieurs langues, qui se proclama « apôtre » de Jésus-Christ tout en professant une doctrine sans référence au message évangélique. Sont arrivés à sa suite et au fil des siècles des savants toujours plus « sachant ». Ceux-ci disséquèrent les textes « selon les apôtres », dirent le droit et la loi, structurèrent, jugèrent, dictèrent ce qui était bon et ce qui était mauvais.
Des écoles ouvrirent, dispensèrent des titres et diplômes en théologie et autres choses savantes se rapportant à l’univers de Dieu.
Tellement sachant ces très grands experts, capables de voir l’hérétique à plusieurs centaines de lieues : ils en oublièrent que Jésus n’était pas venu pour les scribes et les docteurs de la loi, mais pour le peuple. Et les docteurs de la loi et les scribes étaient au pouvoir, étaient « le » pouvoir, comme ils le sont encore, s’arrogeant le nom du Saint-Esprit.
Mais au pouvoir d’un royaume où il n’y a plus qu’eux, car le peuple est aujourd’hui ailleurs, les laissant « théologiser » et scribouiller à leur guise.
L’Eglise de Paul, l’apôtre autoproclamé, devient de plus en plus, en France et en Europe, une coquille vide. Vide de ce qui fait sa chair et son esprit : le peuple des baptisés.
Où donc trouver le peuple de Jésus-Christ ? Certainement ni dans les universités catholiques, ni dans les séminaires, ni dans les temples. Les églises sont quasiment toutes fermées fautes de prêtres et de fidèles.
Cette Eglise catholique romaine est à mettre en parallèle avec la démocratie française, confisquée au peuple par les diplômés de Sciences Po et de l’ENA, les scribes et les docteurs de la loi de la République. En chassant le peuple du pouvoir, l’énarchie met aujourd’hui en grand péril la démocratie, tandis que les franges populaires, désabusées et révoltées, se jettent dans les bras des partis extrémistes qui continuent de promettre, ces démagogues ultras, le grand soir et des jours meilleurs.
La question qui se pose aujourd’hui est la suivante : de quoi le peuple a-t-il le plus besoin, d’Eglise ou d’Evangile ?
S’il s’agit d’Eglise, cela renvoie à la doctrine, à la cohorte des dogmes et des schismes. Au désert d’aujourd’hui.
Et s’il s’agit d’Evangile, c’est le rassemblement du plus grand nombre autour de la parole de Jésus-Christ. Ce n’est ni le même domaine, ni la même dimension. C’est peut-être cela que Jésus voulait signifier lorsqu’il parlait du royaume éternel ?

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Doctrine 5 octobre 2013 12:03, par Françoise

Malheureusement pour le prélat critique des religieuses américaines, ces dames sont extrêmement instruites au plan théologique et doctrinal. Elles sont d’ailleurs les religieuses les plus cultivées du catholicisme, disposant de diplômes supérieurs à leurs homologues masculins. Donc la critique du prélat parait dans le contexte, simplement motivée par un profond sexisme.

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