Parution : 4 octobre 2013
Roms : condamnés à l’errance
Par Golias

Depuis 2010, la France multiplie les discours stigmatisants à l’égard des Roms migrants. Le traitement particulier réservé à ces citoyens européens, les évacuations répétées des bidonvilles, l’instabilité qui leur est imposée aggravent la précarisation de leurs conditions de vie et cassent tout processus d’intégration. Trop souvent la cible de violences à caractère raciste, ils sont, à six mois des élections municipales,
les boucs émissaires d’une politique sécuritaire.

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Contrôles musclés, insalubrité, expulsions à répétition... Il ne fait pas bon d’être Rom en France. Mais pour reprendre les propos du ministre de l’Intérieur, les Roms représenteraient une population inassimilable, condamnée à une vie d’errance et de détresse, marqués en quelque sorte par le sceau de la fatalité. Ce retour vers une politique qui s’était signalée sous le gouvernement précédent, et de façon un peu plus lointaine au siècle dernier, renoue avec des heures sombres de notre histoire. Des associations, des collectifs, des hommes et des femmes engagés relèvent cependant l’honneur de la France.

Mais des bidonvilles continuent à être évacués par la force, sans solutions pérennes, malgré la circulaire d’août 2012, non contraignante et respectée de façon pour le moins inégale. La France n’aurait pas les moyens d’accueillir dignement quelque 16 000 Roms, l’équivalent d’un petit village de province, et pourrait se lancer dans des guerres lointaines ? Précarisation, rupture de scolarité et du parcours de soin aggravent la situation des Roms et font obstacle à un parcours d’intégration. Sans doute pour justifier une politique de rejet, au mépris des leçons du passé, et occulter les vrais problèmes qui se posent pour la majorité des Français. Partout en Europe, les nationalismes refont surface, en même temps que les politiques ultralibérales. S’en prendre aux Roms, à l’approche des municipales de 2014, ne peut que diviser et affaiblir au lieu de rassembler. Le discours sécuritaire fait les beaux jours de l’extrême droite, et il ne fera certainement avancer la mobilisation citoyenne face à la dictature des marchés et aux destructions d’emplois.

En Europe, les Roms sont entre 10 et 12 millions. « Leur intégration est dans l’intérêt des Etats membres. Ils représentent une proportion croissante de la population d’âge scolaire et une future force de travail », note la commission européenne dans son rapport du 26 juin 2013. Lesdits Etats membres ont accepté des plans nationaux d’intégration, assortis d’un soutien de 20 % du Fonds social européen pour la période 2014-2020. Sous réserve que les pays bénéficiaires aient mis en place une « stratégie appropriée d’intégration ». Manifestement, d’autres priorités peu avouables les animent. [lire l’intégralité de notre dossier dans Golias Hebdo n°305]

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Roms : condamnés à l’errance 21 octobre 2013 20:50, par Nathalie

Bonsoir,

Je me permets de signaler une émission particulièrement intéressante au sujet de la pluralité des peuples Roms.

http://www.franceculture.fr/emission-culturesmonde-tziganes-roms-ces-indesirables-que-l%E2%80%99europe-ne-veut-pas-voir-14-de-la-plurali

L’émission de ce jour sera compléter par trois autres au cours de la semaine.
La définition du cadre historique, politique et sociale qui a fait l’objet de l’émission de ce jour est extrêmement éclairante et permet de regarder d’un autre oeil à la fois ces populations, mais aussi le cheminement politique qui a amené au traitement qui leur est aujourd’hui appliqué.

Synopsis de l’émission de ce lundi :

"Nous ouvrons aujourd’hui une semaine spéciale sur les « roms, ces indésirables que l’Europe ne veut pas voir » dans Culturesmonde. De Bucarest à Berlin, de Madrid à Paris, des Balkans aux Pyrénées, les roms suscitent la crainte, sont souvent victimes d’idées reçues tenaces sur leur mode de vie et leur volonté supposée de ne pas s’intégrer aux sociétés européennes, alors que simultanément une certaine fascination perdure pour leur culture, leur musique, leurs traditions…

Un grand écart entre rejet et fascination que nous allons essayer de mieux comprendre tout au long de cette semaine. Et pour commencer par le commencement, les questions d’histoire, d’origines et de terminologie vont nous occuper aujourd’hui : Roms, tsiganes, gitans, ou gens du voyage… Une variété d’appellations pour désigner les populations tsiganes présentes en Europe depuis des siècles. Les instances européennes utilisent aujourd’hui le terme « rom », parle de « peuples roms ». Pourquoi ? Y a-t-il vraiment entre toutes les communautés que nous venons d’évoquer une réelle identité de langue (le romani), de mode de vie (le « nomadisme ») ?

Dit autrement : au-delà de certaines similitudes, est-il possible de désigner d’un seul terme des peuples qui partagent une origine commune mais vivent aujourd’hui des réalités forts diverses ?

Pour y voir plus clair tant sur ces questions d’origines que de modes de vie, et surtout pour comprendre les longs processus historiques qui ont mené à la constitution des communautés tsiganes en Europe aujourd’hui, nous recevons Henriette Asséo, spécialiste des tsiganes.

Au cœur de ces questions d’identité, la religion figure en bonne place. Bien souvent les communautés adoptent la religion majoritaire du pays où ils vivent : christianisme catholique, orthodoxe ou protestant, ou islam. Depuis quelques décennies les communautés roms sont particulièrement touchées par les transformations du champ religieux et l’apparition des nouvelles communautés (pentecôtistes, ou dans le cas du catholicisme, le renouveau charismatique…). Cette question religieuse est très sensible car dans des groupes où la notion de lien est primordiale, ces transformations affectent le cœur-même des communautés… On en parlera avec Alain Reyniers, directeur scientifique de la revue Etudes Tsiganes.

Enfin, nous donnerons la parole à Alexandre Romanès, fondateur et patron du cirque tsigane du même nom, qui nous donnera sa vision de l’identité et de l’histoire du / des peuple(s) rom(s) et tsigane(s) en Europe."

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Il est frappant de constater une similitude étrange entre la politique menée sous Sarkozy sur la question et la politique de l’actuel ministre de l’Intérieur pour créer une forme de convergence populaire d’autant plus évidente que si l’on prend toute l’histoire des Roms avec la France, l’enfermement et l’oppression de ces populations nomades par principe, a toujours été très bien acceptée par l’ensemble des Français à quelque époque que ce soit. Qu’on remonte à Louis XIV ou qu’on parle du régime de Vichy, la population française a toujours soutenu la répression vis à vis du nomadisme pour différentes raisons : insalubrité, manque d’hygiène, vols de poules (le fameux boumian de la crèche provençale), mendicité des enfants.

En tant de crise économique majeure, les pays européens ont toujours désigné un groupe fédérateur de haines populaires pour détourner le regard de véritables problèmes économiques, sociaux, politiques. Mais il était aussi très utile de désigner un objet de haine populaire facile pour promouvoir un retour des nationalismes et du fascisme qui s’accompagne d’une perte de droits fondamentaux humains pour tous les citoyens de nos pays européens.

Après les juifs, les immigrés de religion musulmane, le nouvel objet fédérateur de haines choisi par nos politiques, se sont les Roms.
On change d’objet mais l’objectif politique reste le même : donner un os à ronger pour que les peuples de plus en plus pauvres et précaires puissent rallier une politique fasciste des plus odieuses.

Aujourd’hui que se passe-t-il ? L’Europe est dans une impasse politiquement et économiquement. Pas de politique européenne pour éradiquer les évasions fiscales ni les paradis fiscaux, ni imposer une régulation des marchés financiers, ni une taxation des banques, ni des grands groupes qui continuent à exploiter sans vergogne un nombre croissant de populations de plus en plus en plus pauvres y compris chez nous. Signe inquiétant : de plus en plus d’européens ont perdu leurs logements, vivent de plus en plus sous le seuil de pauvreté et les enfants à partir de 7 ans sont déscolarisés dans de plus en plus de pays européens pour travailler (alors même que les législations l’interdisent) pour faire vivre leurs familles.

Et ce n’est pas la faute des Roms. C’est seulement dû à l’avidité des grands groupes financiers et industriels voulant exploiter toujours plus pour faire toujours plus de profits sur notre dos sans aucune redistribution sociale des bénéfices du travail. Le chômage d’une majorité d’adultes ramène la nécessité du travail des enfants, travail au noir bien sûr, au détriment des lois internationales signées d’abandon du travail des enfants. Et au mépris des droits fondamentaux à l’éducation et à la sécurité des enfants. Et bien sûr au détriment des droits humains fondamentaux à vivre décemment et à pouvoir disposer des moyens de pouvoir travailler, se loger, se nourrir et s’éduquer, se soigner.

Pourquoi taper sur les Roms quand l’objectif politique et économique actuel européen est d’empêcher une majorité de citoyens de vivre décemment pour continuer d’engraisser la minorité la plus riche ? (groupes financiers, industriels, marché des armes et grandes familles).
Faudra-t-il organiser des marches populaires de la faim pour que nos états cessent de brandir des écrans de fumée aussi énormes ?

Que cherche Manuel Valls par cette politique ?
Masquer la véritable faillite économique et politique certes mais aussi plus personnellement, s’assurer une prochaine place de ministre dans un futur gouvernement de droite dure ou d’extrême droite. N’oublions pas que nous sommes en période électorale pour les municipales. Il lui faut donc donner une marque d’allégeance aux idéologies xénophobes des partis qu’il souhaite intégrer par la suite dans une future gouvernance. On ne fait jamais autant de profit financier et politique personnel qu’en mangeant à tous les râteliers du pouvoir. Kouchner et d’autres l’ont déjà démontré avant lui.

Les Roms n’incarnant aucune masse électorale puisque nomades, Valls se dit qu’il peut se défouler à bon compte sur ces populations sans craindre une révolte populaire, et qu’en plus, son action politique lui permet de donner un hochet de bonne foi et d’allégeance au FN, histoire de montrer qu’il pourrait continuer à être ministre de l’intérieur dans une gouvernance nationale d’extrême droite.

Procédé lamentable et odieux s’il en est, qui ne devrait illusionner personne.

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Roms : condamnés à l’errance 7 octobre 2013 22:09, par yves

Je suis assez effaré non seulement du traitement, mais aussi du discours tenus par plusieurs ministres de France, socialistes (?) comme UMP, réservé aux "Roms". La France est pourtant loin d’être le pays où ils sont les plus nombreux.

Déjà, en son temps, Benoît XVI, peu connu pour être un gauchiste échevelé, avait réagi face aux violences du gouvernement Fillon.
François (le pape...) parlera-il pour les roms ? Quoi qu’il dise, je crains que peu de choses ne changent si le regard des Français ne se converti pas.

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Roms : condamnés à l’errance 6 octobre 2013 14:50, par sisinio orsin

Avec un peu de recul,ce fait d’actualité n’est pour moi que la face visible de l’iceberg ;décentrer les vrais sujets d’escrocs en col blanc ;
ces (nouveau)"rom",européens en dehors de l’espace Sheingen viennent pour la plupart travailler à l’occasion des cueillettes automnale...
Si leur mode de vie irrite les riverains, très souvent embourgeoisés,conformistes à outrance,le pouvoir n’a jamais aimé leurs tradition nomades,car incontrôlables et trop indépendants !
Aujourd’hui,je pense sincèrement qu’ils n’est pas besoin d’être "roms"pour comprendre la situation de rupture sociale de l’ensemble de la société pourrit par le fric.
Vous dites Golias, bouc-émmissaire ?mais de quoi ?d’un sentiment d’insécurité ?Des voleurs de poules ?C’est vrai, il y
a eu des infractions constatées...résultantes d’un manque ou voire d’un refus de dialogue,d’une moindre relation équitable :"on ne discute pas avec l’étranger,on ne se mélange pas !"
J’ai pu rencontré il y a 15 ans dans l’Aisne, un curé aumonier des gens du voyage,un homme qui avait la main sur le coeur...mais peu soutenu,fatigué et âgé...
Côté cathos "des gens bien à première vue",il m’ont dégouté,"des gnas,gnas,gnas" de 1ere classe,à la limite de la fine fleur d’une vrai racaille d’indécrottable.

Voulant toujours espérer, la réponse du renard(connu pour dérober les poules) au Petit Prince (de St Exupéry)qui aspire à une amitié sincère et contruite me convient parfaitement.

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