Parution : 12 novembre 2013
Jugement

Comme beaucoup, je pense, j’ai été dernièrement me recueillir sur la tombe de mes proches, à l’occasion de la Fête des Morts. Ainsi, me promenant dans les allées du cimetière, j’ai vu un très grand nombre d’inscriptions sur plaques de marbre portant un : « Priez pour lui », souvent abrévié en acronyme PPL. Y réfléchissant, je trouve la formule bien singulière. Si je dois prier pour un mort, cela implique que je dois, par ma prière, lui venir en aide, intercéder pour lui, devenir son avocat. Et à quelle occasion ? Évidemment lors du jugement qu’il va affronter. Me voici donc ramené au dogme du Jugement dernier, auquel ces inscriptions me somment de croire, en impliquant forcément son existence.

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Je sais bien que c’est un article de foi du Credo. Lors de sa nouvelle venue ou parousie, le Christ viendra juger vivants et morts. Des siècles de peur ont ainsi accompagné le croyant. Il suffit de voir le Dies irae : « Que dirai-je, malheureux que je suis / De qui invoquerai-je l’aide / Quand le juste même sera à peine en sécurité ? » Je sais bien aussi que toute une strate rédactionnelle eschatologique et effrayante de ce type caractérise les évangiles mêmes. Tout de même, ne peut-on concevoir un scénario de vie dont tout jugement soit absent, ou l’on se justifierait par exemple par la seule écoute attentive d’une parole ?
On le trouve dans l’évangile de Jean : « En vérité, en vérité, je vous le dis, celui qui écoute ma parole, et qui croit à celui qui m’a envoyé, a la vie éternelle et ne vient point en jugement, mais il est passé de la mort à la vie.  » (5/24) La gnose n’a pas dit autre chose : le « salut » et la résurrection, au sens de résilience dans cette vie-ci, peuvent être déjà connus hic et nunc, ici et maintenant, si l’on écoute et comprend bien la Parole.
Le dogme du Jugement dernier manque de mansuétude. Beaucoup de pécheurs sont déjà punis dès ici-bas par leurs péchés, qui ne sont que des erreurs de conduite, dont ils subissent les conséquences souvent très dommageables : faut-il qu’ils le soient encore plus tard pour leurs péchés ? Ce serait une double peine, qui révolte la raison. C’est pourquoi nous ne devons pas, il me semble, prier pour les morts, dont certains d’ailleurs, comme les victimes d’accidents, de meurtres, d’attentats, etc., sont bien innocents de toute faute. Il nous suffira de penser à eux.

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Jugement@frère Clément 19 novembre 2013 15:51, par Emanuel

Pour aider à votre réflexion au sujet des mal croyants... en rappel ce beau poème de Kipling que vous connaissez sans doute
La Loge-Mère
Il y avait Rundle, le chef de gare,
Beazelay, des voies et travaux,
Ackman, de l’intendance,
Donkin, de la prison,
Et Blake, le sergent instructeur,
Qui fut deux fois notre Vénérable,
Et aussi le vieux Franjee Eduljee,
Qui tenait le magasin "Aux Denrées Européennes".
Dehors, on se disait : « Sergent !, Monsieur !, Salut !, Salaam ! »,
Dedans, c’était « Mon Frère », et c’était très bien ainsi.
Nous nous rencontrions sur le Niveau et nous nous quittions sur l’Equerre,
Moi, j’étais Second Diacre dans ma Loge-Mère, là-bas !
Il y avait encore Bola Nath, le comptable,
Saül, le Juif d’Aden,
Din Mohammed, du bureau du cadastre,
Le sieur Chuckerbutty,
Amir Singh, le Sikh,
Et Castro, des ateliers de réparation,
Le Catholique romain !
Nos décors n’étaient pas riches,
Notre temple était vieux et dénudé,
Mais nous connaissions les anciens landmarks
Et les observions scrupuleusement.
Quand je jette un regard en arrière,
Cette pensée souvent me revient à l’esprit :
Au fond, il n’y a pas d’incrédules,
Si ce n’est peut-être nous-mêmes !
Car tous les mois, après la tenue,
Nous nous réunissions pour fumer
(Nous n’osions pas faire de banquets
de peur d’enfreindre la règle de caste de certains frères)
Et nous causions à coeur ouvert de religions
Et d’autres choses
Chacun de nous se rapportant
Au Dieu qu’il connaissait le mieux.
L’un après l’autre, les Frères prenaient la parole
Et aucun ne s’agitait.
Jusqu’à ce que l’aurore réveille les perroquets
Et le maudit oiseau porte-fièvre ;
Comme après tant de paroles,
Nous nous en revenions à cheval,
Mahomet, Dieu et Shiva
Jouaient étrangement à cache-cache dans nos têtes.
Bien souvent depuis lors,
Mes pas errants au service du gouvernement,
Ont porté le salut fraternel
De l’Orient à l’Occident
Comme cela nous est recommandé,
De Kohel à Singapour.
Mais comme je voudrais les revoir tous
Ceux de ma Loge-Mère, là-bas !
Comme je voudrais les revoir,
Mes Frères noirs ou bruns,
Et sentir le parfum des cigares indigènes
Pendant que circule l’allumeur,
Et que le vieux limonadier
Ronfle sur le plancher de l’office,
Et me fait retrouver Parfait Maçon
Une fois encore dans ma Loge d’autrefois.
Dehors, on se disait : « Sergent !, Monsieur !, Salut !, Salaam ! »
Dedans, c’était : « Mon Frère », et c’était très bien ainsi.
Nous nous rencontrions sur le Niveau et nous nous quittions sur l’Equerre,
Moi, j’étais Second Diacre dans ma Loge-Mère, là-bas !

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Emanuel@Frère Clément... mal-croyants... Jugement 19 novembre 2013 15:35, par Emanuel

votre message du 18/11 Frère Emanuel, je vous croyais moins prompt à la détente ( du pistolet ). Devrais-je prendre garde, même de mes amis ? Et je revendique le fait que l’on m’appelle « frère », car nous le sommes du fait de notre humanité commune. Sans parler de cette fraternité que nous fait vivre le Christ. Sans rancune et avec ma bénédiction... qui n’est pas un geste réservé au prêtre et que tout bon laïc peut et doit vivre, car bénir signifie souhaiter du bien et vouloir la vie pour celui que je bénis. Frère Clément
Mon message précédent ne met en cause rien de votre personne, de votre foi ni de vos engagements qui vous appartiennent et sont respectables. Rien sauf cette qualification de "mal-croyants" que je ne pensais pas trouver sous votre plume et qui m’a fait sauter au plafond. J’y ai vu en effet, et sans doute à votre esprit et votre corps défendant, ressurgir les catégorisations de la secte cléricale (romaine et autres) pour stigmatiser, déclarer anathème, impie... , tout ce qui ne pense pas comme elle et qu’il faut convertir à toute force, qui pense détenir seule la vérité, qui s’autorise à juger tous et de tout sans pouvoir être jugée elle-même., qui se déclare infaillible (même si cette infaillibilité est strictement encadrée), etc.... Or que représente cette secte au milieu de bientôt 7 milliards d’individus sur terre ?... A peine 500 millions qui suivent sans barguigner le magistère, la doctrine, les dogmes... avec au ventre la trouille de passer à côté du salut éternel. Le reste, ceux que vous avez appelé les "mal-croyants" croient autrement soit qu’ils ont pris des libertés avec les impositions romaines (le mariage et le divorce, la contraception, l’avortement, le mourir dans la dignité.... ou comme moi avec la Franc-Maçonnerie), soit ils sont orthodoxes, protestants, orientaux... ou musulmans, bouddhistes, animistes... ou adorateurs de l’oignon ou athées. Mal-croyants selon vous cela veut donc dire que seule votre croyance est la vraie qui doit s’imposer à tous par une "nouvelle évangélisation". Pourtant mon frère africain qui médite sous le baobab ou l’acacia et sait si bien nous parler du Principe transcendant qui habite l’arbre et lui révèle comment il se manifeste, s’incarne et parle à l’humanité entière en chacun de nous... Pourtant mon frère, chrétien devenu lama tibétain, qui nous traduit les plus sacrés des vieux textes des monastères en nous montrant comment ils s’accordent avec le message évangélique sur la rédemption, la résurrection des corps, sur la bonté infinie du père et le nécessaire sacrifice de nous-mêmes... Pourtant mon frère le soufi, mon frère rabbin, ou cet autre moine bénédictin ... et bien d’autres que je côtoie en loge(s). Ils sont millions de par le monde avec la foi chevillée au corps et au cœur. Votre "mal croyants" les insulte à tout le moins et il est porteur des pires maux de l’humanité : intolérance, stigmatisation, racisme.... Voilà pourquoi je vous ai fait un grand coup de rentre dedans puisqu’aussi bien la fraternité que nous partageons n’exclue pas la rigueur.
En souhaitant rien d’autre que voir disparaitre cette formule infamante... sincèrement et fraternellement.

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Jugement 15 novembre 2013 10:20, par Françoise

Je ne suis personnellement, cher Michel, guère adepte des visites au cimetière. Si j’y vais de temps en temps, ce n’est pas au moment de la Toussaint généralement mais plutôt quand je passe à proximité de lieux où ces proches sont enterrés. Ayant quitté depuis plus de 20 ans ma région d’origine, je n’ai pas de proches enterrés dans le secteur où je vis. Et en plus, j’ai bien conscience que ce n’est que les restes physiologiques qui sont sous la pierre tombale, plus du tout leur esprit, leur affection. Et je n’ai pas besoin de cette matérialité pour entériner l’idée de mort.

Pour autant, chaque jour, je pense à eux et me sens en communion quand je prie, travaille, vis, de tas de proches décédés. Je ne prie pas pour eux, mais je ressens leur présence, leur affection, leur soutien, leur écoute, parfois leurs conseils. Dans ma pratique spirituelle personnelle, ils sont très présents et parfois m’envoient des signes émouvants, aussi bien dans les périodes les plus difficiles que les plus heureuses. C’est quelque chose qui me touche profondément, qui m’aide énormément à avancer, à rester vaillante dans des situations compliquées. Pour moi, ces proches décédés sont des guides qui peuvent énormément m’aider maintenant qu’ils sont décédés, parce qu’ils voient les choses et les situations différemment, à la seule lumière de Dieu qui transfigure à la fois leur personne mais aussi leurs actions auprès de nous.

Pour avoir vécu à 19 ans un coma dépassé et une expérience de mort imminente, j’ai une perception de la mort et de ce qui s’y passe en terme d’effusion de lumière, d’étreinte de Dieu, de continuation de lien affectif aux vivants, très vive. Pour moi depuis cette expérience particulière, il n’y a pas de séparation autre que physiologique entre les vivants et les morts. Le lien d’affection et le lien spirituel continuent par delà la rupture temporelle et physiologique. Et je ne ressens pas non plus de jugement de Dieu sur les défunts. Pour moi, Dieu au moment de notre mort, c’est une effusion, une étreinte jusqu’au coeur de l’âme humaine qui comble chaque humain quand il meurt jusqu’à la zone la plus infime et secrète de son être et de son vécu. Par contre, cette effusion ne nous est jamais imposée mais proposée en toute liberté. Nous choisissons ou nous refusons cette étreinte de Dieu. C’est ainsi que je l’ai vécu dans mon coma dépassé et c’est ainsi que je le comprends pour chaque défunt.

Donc, à moins d’être particulièrement tourmentés au moment de leur décès, ce qui ne leur permet pas de s’abandonner pleinement à la lumière divine qui veut les étreindre, je ne vois pas l’utilité de prier pour les défunts. Se sont eux qui prient et intercèdent pour nous une fois morts. C’est comme ça que je le ressens.
Se sont eux qui veillent sur nous avec affection, bienveillance, intelligence, éclairés qu’ils le sont de façon permanente de l’Amour de Dieu.

Mais bien sûr, ce que je dis là n’est que ma seule perception de la chose au regard de l’expérience de mort imminente que j’ai eue et au regard de la façon dont je vis ma foi. Chacun suivant son rapport à Dieu, à la mort, à la foi, aura une perception particulière ou aura besoin de se raccrocher à une posture dogmatique religieuse.

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Jugement @Michel Théron 13 novembre 2013 18:30, par Emanuel

On le trouve dans l’évangile de Jean : « En vérité, en vérité, je vous le dis, celui qui écoute ma parole, et qui croit à celui qui m’a envoyé, a la vie éternelle et ne vient point en jugement, mais il est passé de la mort à la vie. » (5/24) La gnose n’a pas dit autre chose : le « salut » et la résurrection, au sens de résilience dans cette vie-ci, peuvent être déjà connus hic et nunc, ici et maintenant, si l’on écoute et comprend bien la Parole.

A noter ici que JC ne dit pas de croire en lui mais bien de croire à celui qui l’a envoyé (qui est au dessus et bien plus grand que lui) et d’écouter la parole. C’est bien ce qui démontre que cet évangile est parfaitement Gnostique. Et ce que vous écrivez à propos du salut et de la résurrection qui peuvent être connus ici et maintenant... ça s’appelle "l’initiation"... attention vous allez vous faire excommunier...

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Jugement 13 novembre 2013 13:22, par Deroëc

Michel,
Je n’ai jamais prié pour les morts. En revanche, je prie les morts que j’ai aimés et connus de venir en aide à mes proches encore vivants.
Bonne journée
Deroëc

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