Parution : 19 novembre 2013
Prostitution

Contre une proposition de loi qui prévoit, pour éradiquer la prostitution, de pénaliser le client, un manifeste des « 343 salauds » vient de paraître. Il s’inspire évidemment du « Manifeste des 343 salopes », signé en 1971 par des femmes ayant avorté, alors que l’IVG était encore passible de poursuites (Source : A.F.P., 30/10/2013).

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J’admire l’assurance des promoteurs de cette loi, qui ne se sont pas rendu compte de l’extrême complexité de la question. D’abord il eût fallu bien distinguer les prostituées contraintes, et pour cela pourchasser impitoyablement les réseaux qui les exploitent, des prostituées volontaires. Il est évident que dans ce dernier cas la loi est un obstacle à leur liberté. En outre, comment repérer qu’un couple appréhendé a des relations tarifées ? Il pourra toujours le nier, et comment prouvera-t-on le contraire ? Se pose ici le même problème que celui de l’incrimination pour « devoir conjugal » non accompli, dont j’ai traité dans mon billet « Obligation » (Golias Hebdo, n°215). Pourquoi la justice, en-dehors évidemment des cas de violence hautement punissables, devrait-elle toujours se mêler de la vie privée ? Le même problème d’immixtion s’était posé déjà à propos d’un projet de loi voulant interdire de donner une fessée aux enfants (voir mon billet «  Angélisme », dans le n°111 de Golias Hebdo).
Bien sûr, on va produire des arguments moraux : il est déshonorant de vendre son corps. Mais l’est-il plus que de vendre son temps, sa substance, physique ou intellectuelle, dans un travail salarié que l’on subit, et dont on ne tire aucune gratification pour son âme ? Où est la supériorité de ce dernier cas, par rapport à celui de rapports sexuels contractuels entre deux adultes consentants ?
De ce point de vue, on peut comprendre qu’une prostituée puisse venger, en faisant ce choix, toutes ses sœurs miséreuses et exploitées, qui n’ont pu comme elle « sortir du ruisseau » : voyez là-dessus Nana, de Zola.
Et aussi, que penser de certaines femmes dites honnêtes ? Les vraies prostituées, dit Brel dans L’Air de la Bêtise, sont celles qui se font payer pas avant mais après. Et enfin, que savons-nous des destins, pour ainsi les juger ? Telle prostituée eût pu être notre mère, comme dit Brassens dans sa Complainte des filles de joie
Toute initiative pour protéger les prostituées, leur sécurité et leur condition sanitaire par exemple, est évidemment bienvenue. Mais la judiciarisation systématique des conduites à laquelle on assiste aujourd’hui pèche par son systématisme, son traitement simpliste de questions autrement plus compliquées.

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Désoeuvrement... 8 décembre 2013 17:48, par pierre mabire

Je ne sais pas si dans les pays où existe la loi de pénalisation des clients de prostituées a une réelle efficacité. N’existe-t-il pas en effet une prostitution clandestine, plus dangereuse encore finalement pour les femmes ? J’ai lu des déclarations affirmant que la prostitution reculerait dans ces pays. Si les statistiques ne comptent que le « visible » et ignorent les données de la clandestinité, elles ne valent rien.
Quoi qu’il en soit, je reste persuadé que la volonté politique d’éradiquer véritablement les réseaux de proxénétisme et de traite des femmes n’existe pas. Je rends hommage à la ministre d’avoir mis en place cette loi de pénalisation. Mais cette loi me paraît ô combien insuffisante.
On le constate pour ce qui concerne les lois contre la détention et l’usage de drogue (cannabis et autres substances) qui n’ont pas freiné la consommation et les trafics, au contraire. Ces trafics ne cessent de prospérer, en ville comme dans les campagnes. Là encore, les lois pénales (je ne parle pas des magistrats qui ne font qu’appliquer les lois), sont très douces pour les trafiquants.
J’assistais récemment à un procès important. Les chefs de réseau, récidivistes, risquaient 20 ans avec la peine plancher. Ils ont en ont eu pour 7 ans « seulement », bien qu’ayant mis sur le marché des substances létales comme l’héroïne, et mis sous dépendance plus de 200 jeunes garçons et filles qui auront bien du mal à s’en tirer et ont pu devenir braqueurs de boulangeries pour acheter les doses dont ils ont absolument besoin.
Le trafic de drogue est une mise sur le marché de substances mortelles. L’acte intentionnel ne peut être contesté. Cela devrait être systématiquement criminalisé et non considéré comme "délit", avec jugement en cour d’assise et pas moins de 10 à 15 ans minimum. C’est trop grave.
Idem pour le proxénétisme. C’est un crime contre l’humanité. Tous les mécanismes de ce trafic sont connus. Les filles viennent de l’étranger avec promesse d’une situation mirobolante.
Arrivées sur place, elles sont séquestrées, violées, mises sous drogue, puis sur le trottoir. Celles que se révoltent risquent leur vie. Comme beaucoup sont clandestines (sans papier) elles peuvent disparaître sans que cela mette en branle une enquête criminelle.
C’est bien le proxénétisme qu’il faut frapper très fort, avec des peines échelonnées entre 20 ans et perpétuité, pas en dessous. Avec une classification de crime contre l’humanité non prescriptible.
Maintenant, rien ne pourra empêcher des hommes et des femmes de monnayer leurs prestations sexuelles. Il sera bien impossible en effet de mettre des flics partout pour contrôler les fonds de culotte et les draps de lits pour faire des prélèvements d’ADN. Il reste toutefois que la meilleure lutte contre la prostitution c’est la lutte contre la pauvreté, et le chômage. La dignité et la reconnaissance sociale s’acquièrent par le travail – facteur universel d’intégration. Il est affolant de voir sur Internet le racolage qui se développe à grande vitesse, dans une période de grand désoeuvrement.

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Prostitution 22 novembre 2013 09:42, par Françoise

L’initiative des 343 salauds est, peut-être ne le savez-vous pas cher Michel, fortement soutenue par l’industrie du sexe. Industrie qui regroupe clubs et saunas pour adultes, agences d’escortes boys et girls, bars à entraîneuses, commerçants d’articles pornos, patrons et patronnes de presse érotique et X et pas mal de réalisateurs du monde du X. C’est à dire, tout ce qui englobe le commerce du sexe et qui ne marche qu’avec justement des clients. Des clients qui sont pour partie aussi clients des prostitués, hommes ou femmes. Il est donc important pour ces personnes que le client des prostituées ne soit pas pénalisé. Car cela nuirait à leur commerce.
Le principe qu’ils avancent de la prostitution volontaire est biaisé. Car nul homme comme femme ne se prostitue volontairement.
Si on vous donne à choisir entre être médecin, professeur et prostitué, je pense que votre choix n’ira pas vers la troisième proposition.
Et je pense qu’aucune intervenante femme ici ne choisirait non plus la prostitution si on lui propose d’autres possibilités.

Trois déterminisme de poids pèsent dans la démarche de prostitution hors réseaux proxénètes : viols et inceste dans l’enfance et l’adolescence qui ont dynamité leur estime de soi, leur intimité (livrées en pâture très tôt à des adultes manipulateurs) , pauvreté voire misère matérielle (qu’elle ait été vécue très tôt dans l’enfance ou bien découverte en fin d’adolescence par, décrochages scolaires, fugues, prises de drogues), et enfin objétisation sexuelle des individus et spécialement des femmes par la publicité, les médias en général. La dérive touche même depuis quelques années les petites filles via les concours de mini-miss et la mode du porno chic.

Alors comment peuvent-ils dans ce contexte parler de "prostitution volontaire" ? On se le demande.

La pénalisation des clients n’est sans doute pas le moyen le plus direct pour atteindre les proxénètes c’est évident et il faudrait axer la loi sur la poursuite des réseaux proxénètes, ce qui ne paraît pas du tout être le cas actuellement (parce que dans ces réseaux, il y a des soutiens massifs de clients politiques, grands financiers, grands entrepreneurs et commerce du sexe). Or dans une société ultra libérale qui vit uniquement pour le commerce, les intérêts financiers rassemblent, ce qui empêche en partie la lutte contre les réseaux qui comptent des clients fortunés et en vue dans le monde industriel, financier, grandes entreprises. D’ailleurs, c’est assez symptomatique notamment dans la chasse des réseaux de prostitution infantile, lorsqu’un politique ou un grand patron est quelque peu inquiété, les enquêtes tournent rapidement cours et le réseau peut continuer à fonctionner sans être vraiment inquiété.
Il devient donc nécessaire de pénaliser le client, pour pouvoir aussi faire pression sur les réseaux. Sachant aussi que les clients peuvent être aussi proxénètes.

Enfin, je voudrais vous laisser des témoignages, Michel. Qui vous feront comprendre ce que ressentent des prostitués soit disant "volontaires", qu’ils soient hommes ou femmes.
Je pense que ces témoignages vous intéresseront et alimenteront différemment votre réflexion sur le sujet :

http://www.prostitutionetsociete.fr/temoignages/t-etudiant-aucun-etudiant-sain-d

http://www.prostitutionetsociete.fr/temoignages/sonia-je-garde-en-moi-une

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