Parution : 27 novembre 2013
Amoralité

Il faut bien la distinguer de l’immoralité, qui suppose que soient connues normes et valeurs pour être transgressées. L’amoralité, elle, en est une parfaite ignorance. Je suppose que s’est trouvé dans ce cas ce couple chinois qui a vendu sur Internet sa fillette pour s’acheter un IPhone, de coûteuses chaussures de sport ainsi que d’autres articles (Source : A.F.P., 18/10/2013).

4 commentaires
En pied de l'article.

Les œuvres d’art, dont au premier chef le cinéma, préfigurent très souvent ce qui se passe et se vérifie après leur parution. Elles sont à la fois miroir de la vie contemporaine, et prémonitoires de ce qui peut arriver. Ainsi la vente d’un enfant faisait le sujet du film des frères Dardenne, L’Enfant (2005) : le jeune père n’y avait pas l’air très affecté, et de comprendre même la réalité de ce qu’il faisait en vendant son enfant. À sa compagne il allait jusqu’à dire qu’elle pourrait en avoir un autre ! Je pense aussi à L’Appât, de Bertrand Tavernier (1995), où la jeune fille à la fin, après l’affreux assassinat dont elle a été complice, demande aux policiers si elle pourra être rentrée chez elle pour Noël ! Ou enfin à Benny’s Video, de Michaël Haneke (1993), où le jeune homme, rendu parfaitement insensible par l’omniprésence des écrans devant lesquels il passe son temps, en vient, à force de confondre le virtuel et le réel, à commettre un meurtre, et à la fin à dénoncer à la police ses parents qui pour lui venir en aide ont voulu dissimuler son forfait.
Le vertige nous prend, et une sorte de sidération, à voir ces sortes d’œuvres, et surtout à constater ensuite que la réalité peut parfaitement les vérifier. On peut faire effectivement argent et mépris de tout, y compris d’une vie humaine. Je ne sais si c’est l’ambiance générale qui y pousse, ou l’absence absolue dans certains cas d’éducation, de transmission de valeurs pourtant élémentaires. En tout cas il y a dans de tels cas une totale régression à l’état de nature, qui, elle, est parfaitement amorale, ignorant toutes normes et valeurs. Raison de plus pour bien écouter les artistes qui tels des médiums captent l’air du temps et la direction catastrophique où peut s’engager une société. Ce ne sont pas des amuseurs, et il faut les prendre au sérieux.

4 commentaires
Amoralité 3 décembre 2013 10:35, par Françoise

Bonjour Michel

Je ne suis pas sûre que l’amoralité d’aujourd’hui que vous décrivez soit circonstanciée à de l’ignorance ou à un manque d’éducation.
Notre société française est beaucoup plus éduquée, instruite comparativement aux besoins professionnels.
Une tendance qui ne cesse de se confirmer depuis le début des années 80.

Je crois surtout que l’amoralité procède d’une pression constante sociale, économique, culturelle et politique sur nous tous individus, de plus en plus objetisés, pressurés, mis en concurrence et donc niés, marchandisés.
Nous vivons depuis une bonne quarantaine d’années, un processus de réféodalisation de l’ensemble des populations mondiales par les classes dirigeantes qui avaient dû au sortir de la seconde guerre mondiale, rabattre un peu leurs dominations.
La déconstruction forcenée depuis les années 80 de toute avancée sociale, juridique, sanitaire, éducative, syndicale, alimentée par des messages et images publicitaires qui font du matraquage sous couvert de toujours plus de liberté alors qu’en réalité, c’est le détricotage des libertés du plus grand nombre au service des libertés absolues d’une classe dominante minoritaire qui est vanté, confine l’individu qui prétend s’insérer socialement à lui-même s’autodétruire.
C’est peut-être la plus grande réussite du néo-libéralisme : persuader l’individu de s’autodétruire lui-même s’il veut être reconnu et accepté socialement et professionnellement.
C’est une posture perverse mais qui fonctionne à plein régime à tous les niveaux de la société.
Et sur les jeunes générations, principales cibles de la publicité et des médias, c’est une pression d’autant plus forte et qui, sur des personnalités non encore pleinement construites, va provoquer des comportements autodestructeurs sans même une conscience de l’autodestruction.
On pourrait parler d’abus de faiblesse généralisé et mondialisé.

repondre message

- Dans la rubrique: Le blog du Sacristain

Le dernier livre de Michel Théron, Sur les chemins de la sagesse, est disponible sur commande en librairie, ou directement sur le site de son éditeur BoD https://www.bod.fr/livre/michel-theron/sur-les-chemins-de-la-sagesse/9782322080823.html (248 pages, 9,99 euros)

Michel Théron
Parution : 21 novembre 2017
Parution : 15 novembre 2017
Parution : 8 novembre 2017
Parution : 24 octobre 2017
Parution : 18 octobre 2017
Parution : 11 octobre 2017
Parution : 6 octobre 2017
Parution : 2 octobre 2017
Le site de l'auteur : le blog de Michel Théron
| © Le site officiel de GOLIAS pour les informations d’actualité 2009-2017 | Fait avec : SPIP et Thélia plugin thelia |

| Courriel à la Rédaction | RSS RSS | Adresses Postale et bancaire | Mentions légales | à propos de Golias |

article jeune