Parution : 29 janvier 2014
Le retour de Nicolas Ewing

Ah ! Ces journalistes ! Rien ne les arrête ! Toujours à chercher la petite bête ! Toujours à enquêter ! Toujours à révéler tel ou tel scandale, à jeter la suspicion sur l’homme ou la femme politique ! Et bien sûr, toujours à lapider l’homme ou la femme politique qui n’en est plus un ou une ! Et là, je vous le donne en mille : c’est encore Nicolas Sarkozy qui est dans la ligne de mire !

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Cet ancien président de la République, aujourd’hui retraité, qui n’embête personne, qui ne bouge pas le petit doigt et qui pousse même le courage à se farcir tous les concerts de son épouse Carla Bruni, le voilà de nouveau au centre des média. Car la justice enquête sur le financement d’un de ses meetings tenu en 2011 à Toulon (http://www.lemonde.fr/politique/article/2014/01/27/la-justice-s-interroge-sur-le-financement-d-un-meeting-de-nicolas-sarkozy-en-2011_4355234_823448.html). C’est cette réunion qui aurait permis au Conseil constitutionnel de rejeter ses comptes de campagne.

Chacun sait le rapport particulier que l’ex-chef de l’Etat entretient avec l’argent. « Je ferai du fric », affirmait-il à ses amis grands patrons, quand il évoquait devant eux son avenir une fois quitté l’Elysée. « Un jour, je gagnerai plus d’argent que vous ». Ces phrases multi-rapportées avec gourmandise par les journalistes sont dans les têtes de tout le monde. C’est le côté American boy de Nicolas Sarkozy : cette absence de complexe vis-à-vis de la réussite et de l’argent, cet étalage de luxe – les belles montres, les belles femmes, les beaux boutons de manchette, les Ray-Ban…

C’est aussi cela qui l’a en partie fait perdre en 2012. De peu, certes. Mais ce fut tout de même un échec. Quoi qu’en pense la droite aujourd’hui. Non François Hollande n’a pas mal gagné, n’a pas pris le pouvoir par effraction, n’a pas été mal élu : Nicolas Sarkozy a perdu. Les faits et les chiffres sont têtus. Il a perdu près de cinq points en cinq ans : de 53 % des suffrages en 2007, il est passé à 48 % en 2012. La droite a tout perdu et son ex-général aussi : toutes les élections intermédiaires (hormis les européennes de 2009 mais je mettrais ces élections à part) et le Sénat ! Un exploit !

Et la droite ne s’en rend pas compte. Elle refuse de faire son examen de conscience, d’exercer ce droit d’inventaire salutaire pour elle. Elle attend le retour de Nicolas Sarkozy, sans faire le moindre travail sur elle-même, sans se repenser, sans se projeter dans l’avenir. Non, elle attend, fébrile, les lèvres tremblantes, comme anesthésiée par ce retour éternel : chaque mois, plusieurs articles relatent les confidences, les apparitions, les petites phrases savamment distillées par l’ancien maire de Neuilly-sur-Seine sur ses concurrents et adversaires. Dixit Brice Hortefeux : « Ce sont des cartes postales envoyées aux Français » (http://www.huffingtonpost.fr/2013/11/28/nicolas-sarkozy-2014-retour-accelere-selon-hortefeux_n_4354311.html). Bonjour les vacances !

La droite attend comme moi j’attends la saison 4 de « Game of Thrones » ou la prochaine saison d’« American Horror Story ». Le retour de Nicolas Sarkozy, ce sera la série 2012-2017, avec ses saisons, ses héros, ses seconds rôles et ses figurants… D’ailleurs, Gérard Larcher, ancien président du Sénat, ne dit pas autre chose dans Le JDD : « Il faut arrêter le feuilleton Sarkozy » (http://www.lejdd.fr/Politique/Videos/Larcher-Il-faut-arreter-le-feuilleton-Sarkozy-649922).

Au fond, l’UMP, ça devient « Dallas » et la famille Ewing : un univers impitoyable, dans lequel François Ewing, Jean-François Ewing, Alain Ewing, Xavier Ewing… veulent la peau du frère aîné Nicolas Ewing, prendre sa place de chef de famille et diriger les affaires car elles seraient tellement mieux gérées par eux-mêmes que par ce perdant de Nicolas ! Un beau scénario ! « Avec du sang sur les murs », « des crocs de boucher » pour reprendre ces petites phrases sarkozystes et pour donner du suspens et faire monter l’audience !

Trêve de fadaises. Pourra-t-il revenir ? Ce serait assez invraisemblable. Mise-t-on sur un vieux cheval ? « A vin nouveau, outres neuves », nous enseigne Marc 2, 22. N’est pas Napoléon Ier ou De Gaulle qui veut ! Pour ces deux héros de notre histoire national, le retour était espéré, attendu, rêvé ! Mais dans le cas de Nicolas Sarkozy, ressent-on dans la population française cette espérance ? Des tréfonds du peuple, entend-on cet appel ? Nous disons-nous in petto : « C’était tellement mieux quand Nicolas Sarkozy présidait aux destinées de notre pays ? » Que nenni ! A part à droite – et encore, ce sont des sondages –, qui souhaite cela ? Pas les UMP qui veulent devenir président de la République, cela est certain.

Les retours – quand ils sont suscités – ne fonctionnent que rarement. Pour ne pas dire jamais. Dans le cas de Nicolas Sarkozy, revenir sans la primaire, c’est la meilleure façon de perdre 2017. Et ce ne sont pas les institutions de la Vème République (comme l’affirme l’ineffable Henri Guaino) qui empêchent l’Ex de se soumettre à la primaire, c’est le quinquennat qui a profondément modifié la façon de vivre la politique et de la faire. Mais il ne l’a toujours pas compris.

Et puis nous sommes en 2014… D’ici trois ans, il s’en passera encore d’autres et sans doute des étonnantes. Après tout, jusqu’en mai 2011, pratiquement tous les Français (et tous les sondages) croyaient que le prochain président de la République serait l’ancien Directeur général du FMI, Dominique Strauss-Kahn… La meilleure façon de revenir, pour Nicolas Sarkozy, c’est de cesser de faire parler de lui et de s’agiter un peu partout en affirmant qu’il reviendra. En est-il capable ?

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Aboyer avec la meute ? Allo Golias ? 3 février 2014 14:25, par pierre mabire

Le retour de Sarkozy sur la scène politique, il est déjà médiatiquement fait à partir du moment où la presse ne cesse d’en faire l’hypothèse. Ca alimente les chroniques, ça fait jaser dans les salons parisiens. Et ça permet - réaction ô combien machiste et misogyne - d’épingler méchamment son artiste de femme, chanteuse, compositrice, histoire de jeter la suspicion sur ses talents de musicienne et chanteuse sans avoir un seul jours assisté à ses concerts ou entendu ses créations. Car, lorsqu’on est épouse ou ami(e) de Sarkozy, c’est déjà un délit de mauvais goût.
Je ne me suis pas abonné à Golias Hebdo pour lire de tels propos, franchement réactionnaires, anti féministes, et pour l’heure, je ne pense pas renouveler mon abonnement... Voilà qui est dit. Il est très possible de s’affirmer "de gauche", sans entonner toutes les redites, sans devoir aboyer avec la meute. Laissons Sarko là où il est, à la retraite présidentielle. Occupons-nous de la vraie vie : celle des gens qui se lèvent tous les matins pour construire leur vie et celle de leur famille, faire que le pays tourne un peu plus à l’endroit.
Là, la revue nous offre du journalisme de salon, désincarné. Enquête = zéro pointé. On attend autre chose d’une publication qui se veut à la pointe d’un christianisme de progrès. Ce progressisme là ne se trouve pas dans les salles de rédaction ou sur le clavier de l’ordinateur, mais dans les ateliers, les quartiers, les villages, les familles, les rues... Faudrait peut-être aussi le montrer et non pas se complaire dans une facilité éditoriale du commentaire en troisième et quatrième main qui réduit à rien le débat d’idées et oublie l’existence d’un lectorat qui attend tout autre chose que les notes d’un moulin à musique qui égrène sans cesse la même rengaine, à Golias et ailleurs.

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