Parution : 5 février 2014
Quand l’Eglise de France, affirme venir en aide à celles et ceux qui l’ont quittée

Le plus souvent prêtres et religieux ont du mal à percevoir les réalités vécues par leurs confrères partis. Aujourd’hui encore une sourde réprobation accompagne ceux qui ont « quitté », « abandonné », et cette réprobation vise aussi leur conjoint…

Au-delà de ce que l’on croit savoir, à quelle réalité matérielle se trouvent confrontés ces « partis » que l’Eglise de France affirme « aider » en leur assurant un minimum de revenus ? Selon ses dires celui-ci serait égal à la situation de ceux qui sont restés ? Pour le découvrir nous allons exposer les données chiffrées relatives à celui que par discrétion nous appellerons Vincent et aux conséquences pour son épouse que nous appellerons Anne Marie.

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La vie de Vincent

Vincent est entré chez les Fils de la Charité en 1959. Il écrit : « en 1996 (à 56 ans) j’ai choisi, pour être vrai avec moi-même et ceux qui me connaissaient, de rejoindre la vie ‘de tout le monde’. J’ai rejoint ceux qui ont pris le risque de quitter le sacerdoce ou la vie religieuse presque toujours par souci de vérité et pour ne pas vivre dans l’hypocrisie. Je considère avoir servi l’Eglise pendant 37 ans (période d’apprentissage incluse). Puis 10 ans d’emploi salarié (avec un petit passage par les ASSEDIC) et retraite à 65 ans : âge obligé pour percevoir la retraite de la CAVIMAC ».

Sur la période de noviciat, que l’Eglise de France considérait à tort jusqu’en 2006 comme ne relevant pas de la vie religieuse, et donc sans cotisations pour la vieillesse, un confrère de Vincent témoigne : « J’étais moi-même depuis l’année précédente dans cette maison des Fils de la Charité où se déroulaient les étapes de vie communautaire que sont le postulat et le noviciat. Vincent rejoignait un groupe qui allait vivre là 2 années avant le service militaire, pour recevoir la formation spécifique dispensée par les Fils de la Charité, tout en participant activement à la vie matérielle de la maison, et tout cela dans une ambiance quasi monacale : observances religieuses, silence, prière. Parmi les tâches que j’ai partagées avec Vincent, je tiens à citer la garde et la toilette de la mère du Supérieur du séminaire (le Père Duchêne), hébergée dans les locaux du séminaire et atteinte de la maladie d’Alzheimer ».

Les médias relaient plus ou moins depuis 2005, les combats menés par d’anciens prêtres et religieux pour faire reconnaitre les années de noviciat et séminaire comme périodes religieuses. Depuis deux ans des prêtres toujours en ministère ont également saisi les tribunaux pour faire reconnaitre leurs années de vie religieuse avant le diaconat soit de quatre à six années : malgré la jurisprudence l’Eglise de France continue à refuser de réparer les erreurs commises en matière de cotisations sociales qu’elle devait et doit à la Sécurité sociale des cultesi.

Mais revenons à la situation de Vincent devenu retraité : « Pour les 37 années de ma vie au service de l’Eglise, la CAVIMAC me sert à ce jour une pension mensuelle de 410 €. Evidemment l’Eglise n’a jamais cotisé pour une retraite complémentaire contrairement à l’engagement qu’elle avait pris ! ».

Jusqu’à son mariage avec Anne Marie, Vincent pouvait prétendre à un minimum de retraite égal à 85% du SMIC net, par le biais d’une « Allocation complémentaire aux partis » (ACP devenue ACR « allocation complémentaire de ressources »). Cette allocation tient compte des 410 euros au titre de sa période religieuse, des retraites qu’il perçoit par ailleurs au titre de ses 10 années d’emploi salarié. Ces montants étant inférieurs à 85% du SMIC net, la CAVIMAC sur des fonds reçus non pas des diocèses, ni des congrégations… mais de la solidarité nationale verse un différentiel pour lui assurer un revenu net mensuel de 949,68 euros.

Vincent conclut à l’adresse de ses amis « restés » et de l’Eglise de France : « je fais état de ma situation personnelle mais sachez qu’il en est de bien plus difficiles. Je dois aux membres de ma famille (par le sang) de m’avoir aidé à retomber sur les pieds quand j’ai quitté la sécurité de la vie sacerdotale. En parlant de “sécurité” je ne prétends pas que religieuses et prêtres de France vivent dans l’opulence. Cette vie je l’ai connue pendant plusieurs dizaines d’année ! Je prétends seulement que c’est une vie sécurisée et, quant aux réalités de la vie auxquelles chacune et chacun d’entre vous doit faire face c’est une vie d’inconscience et d’irresponsabilité »ii.

Tels sont donc les faits jusqu’au moment où il s’est marié : l’Eglise de France ou plutôt la solidarité nationale au travers des aides sociales de la Caisse de Sécurité sociale réservée aux prêtres et religieux, lui garantissait une retraite égale à 85% du SMIC net, il va désormais être tenu compte non de ses ressources propres mais de celle du foyer pour ne pas dépasser un nouveau plafond.

Les conséquences de son mariage avec Anne Marie

Après leur mariage Anne Marie et Vincent informent la CAVIMAC de leur nouvelle situation et transmettent leur avis d’imposition en tant que couple. Ils reçoivent alors une demande de restitution de « prestations réglés à tort » de 1723, 26 € avec ce motif : « votre changement de situation matrimoniale fait que vos ressources dépassent le plafond d’attribution de l’allocation ».

Vincent témoigne « Inutile de te dire que c’est pour nous une fort mauvaise nouvelle… Cette lettre reçue ce matin va pourrir notre week-end. » Certes le plafond de l’allocation tient compte désormais des revenus du ménage et s’établit à 1543 euros par mois soit 771, pour chacun des conjoints. Si Vincent est choqué, c’est qu’il dépend à présent de son épouse pour des obligations qui incombent à l’Eglise, au titre de cotisations retraites que sa congrégation n’a pas assumées quand il était dans le ministère. Il est ainsi piquant de constater que dans ce cas-là, l’épouse - dont on ne craint pas de suggérer par ailleurs qu’elle a "détourné" un prêtre de la bonne voie ! - présente un réel intérêt pour l’institution. Celle-ci, en effet, s’empresse de prendre en considération l’épouse (ou du moins ses ressources !) pour décider de l’attribution ou de la non-attribution d’une allocation à l’ancien prêtre ou religieux.

Comment ne pas imaginer les sources de conflits qu’une telle situation crée pour tous les ex-prêtres et religieuses religieux qui se trouvent ainsi privés de droits légitimes et mis sous la dépendance de leur conjoint ?

Amer Vincent constate : « l’Eglise qui se dit « experte en humanité » a refusé (à la différence de l’Eglise Réformée et du culte Israelite) de se joindre à la solidarité nationale lorsqu’au sortir de la guerre 39/45 notre pays s’est doté d’une protection sociale. Ce refus elle l’a renouvelé encore quand le Président Giscard d’Estaing en 1974 a voulu étendre la Sécurité Sociale à l’ensemble des Français : Elle a réussi à se faire aménager un régime particulier du Régime Général nommé aujourd’hui CAVIMAC (Caisse Vieillesse et Maladie des Cultes). Cette caisse est dominée par l’Episcopat catholique et les Supérieurs Majeurs des Ordres religieux sans que les ayants droit y soient représentés. Précisons encore que l’Eglise ne cotise pas pour les prestations familiales au prétexte que son personnel est célibataire ! ».

Alors qu’au moment de la mise en place de cette Caisse, les évêques et supérieurs religieux s’étaient engagés à cotiser de manière à assurer à leurs ressortissantsiii, une retraite de base égale au minimum vieillesse et à cotiser à une retraite complémentaire, la retraite de prêtres religieux et religieuses se trouve aujourd’hui calculée sur des bases allant de 382,83 et 550 euros suivant les années de liquidation pour une carrière pleine, sans retraite complémentaire.

L’Eglise de France assure à ses prêtres et religieux restés un revenu net qui est de l’ordre de 1200 euros en tenant compte des avantages en nature, notamment du logement avec tout ce qu’il implique : loyer, taxe foncière, taxe d’habitation…. Mais comme le dit Vincent les « restés » bénéficient surtout d’une sécurité en toutes circonstances : malades, invalides, ils sont pris en charge quoiqu’il arrive, alors que dans la vie civile il faut pouvoir se payer une maison de retraite… Or ceux qui ont un parent âgé, savent que le coût mensuel d’un séjour en maison de retraite atteint et dépasse aujourd’hui les 2000 euros par mois…

Qu’on se comprenne bien : ceux qui sont partis, ne réclament pas une situation financière au-delà du temps qu’ils ont servi dans la vie religieuse : ils demandent en réalité que la retraite des cultes soit au moins égale pour tous à 85% du smic net. Et sur ces 85% ils ne demandent que le pourcentage correspondant à leur service dans l’Eglise : ils ne demandent pas la charité, ils demandent une retraite des cultes conforme aux engagements que l’Eglise de France avait pris.

Ce ne sont ni les conjoints, ni les prestations issues des emplois dans la vie civile qui doivent venir combler les carences d’une retraite des cultes, la plus basse de toutes les autres Caisses de Sécurité sociale. Précisons donc pour lever toute ambiguïté, que Vincent ne réclame pas que la retraite des cultes soit pour lui (compte tenu du Smic net qui est 1120,43, 85% ) = 952,36. Mais au titre de sa période religieuse qui est de 148 trimestres sur 160, le « prorata temporis » soit dans son cas 880,93. Telle est la justice demandée : que la retraite des cultes aussi bien pour les partis que pour les restés soit au moins égal aux 85% du SMIC au prorata du temps passé dans le ministère ou la vie religieuse. Ce qui est garanti aux restés au-delà même du Smic net, ne l’est pas du tout pour les partis, telle est l’injustice dénoncée.

Jean Doussal, le 2 février 2014

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Pourquoi on entre dans la vie religieuse ou sacerdotale ? Est-ce pour attendre une récompense quelconque ? Une retraite ? Quand on quitte librement la vie religieuse ou sacerdotale, a-t-on raison que l’Institut ou le diocèse vous prenne encore en charge et paie votre retraite ? Pourquoi certains disent qu’ils ont quitté la vie religieuse ou sacerdotale par souci de vérité ? De quelle vérité parle-t-on ? N’est-ce pas que Jésus qui est la vérité ?(Jean14,6). Pourquoi justifie-t-on sa faiblesse à partir de celle d’une institution comme l’Église ou la congrégation ? On n’est plus au Moyen-Age où il n’y avait que le catholicisme. Nous sommes au 21e siècle, il y a plusieurs confessions chrétiennes, pourquoi ne pas choisir celle où vous devez exprimer votre foi sans accuser telle ou telle autre ? Au nom de la liberté des enfants de Dieu (Romains8,21), pourquoi rester là où l’on se sent aigri et frustré ? Je suis prêtre catholique : si j’ai envie de me marier, je dois librement dire à mon évêque de me recommander à une confession chrétienne qui autorise le mariage des prêtres, plutôt que d’accuser l’Église catholique : c’est cela être prêtre, c’est être sincère avec soi-même, avec les autres, avec l’Église et avec Dieu. En Afrique, nous n’avons aucune retraite ni aucune maison de retraite pour s’abriter à l’âge des cheveux blancs. Il y a des prêtres qui rentrent dans leurs villages pour aller attendre la mort dans la misère totale. On quitte le séminaire ou le noviciat sans aucune revendication, sauf si la congrégation a prévu dans ses constitutions une aide substantielle pour les candidats réorientés, sinon on rentre chez ses parents recommencer la vie autrement. On est surpris qu’en Occident, les prêtres ont un traitement mensuel, sont internés dans des maisons de retraite médicalisées, ils perçoivent une retraite et on apprend même que le Vatican a des banques ! Pourtant, les prêtres des pays pauvres sont dans la misère criante ? Que fait le Vatican de son argent ? Au service de qui ou de quoi met-il son argent dont on parle ? Franchement, ce que vous écrivez est une remise en question de la première évangélisation, car ce sont les premiers missionnaires qui nous ont dit en Afrique que, les "prêtres n’ont pas droit à l’argent. Leur bonheur est après la mort !". Les prêtres africains n’ont pas de comptes bancaires, il y a un seul compte pour chaque diocèse, géré par l’évêque lui-même. Si on apprend qu’un prêtre a un compte bancaire, il doit être immédiatement suspendu...c’est pourquoi nombreux sont les prêtres africains en Occident sans ministère après leurs études, car ils ne veulent plus rentrer dans la misère et dans le mépris de la part de leurs propres évêques...nombreux se sont mariés en Europe car ils ont vu autres choses...On espère que le pape François, venu d’un pays pauvre, pourra mettre les banques du Vatican au service du clergé...En union de prière.

Voir en ligne : http://yahoo.fr

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Averti de cet article par "Vincent", je ne l’ai pas retrouvé dans l’édition papier de Golias (n°322/6-12 février 2014) : pourquoi ?

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Bonjour,

J’aurais peut-être préféré que le titre soit : Quand l’Eglise de France affirme venir en aide à ceux ou celles qui l’ont servie...

Je voudrais simplement témoigner de mon expérience :
- séminariste d’un institut religieux de septembre 1967 à juin 1969
- étudiant à l’Institut Catholique de septembre 1969 à juillet 1972
- novice de septembre 1974 à juin 1975
- membre de cette Société de juin 1975 au 1/01/ 1976

Pour ce temps la CAMIVAC m’accorde 2 trimestres de validation ! à charge pour moi si je veux de racheter les autres trimestres !

L’Eglise de France et ses instituts ne tiennent aucun compte de ces années et manifeste un mépris total comme au moment où j’ai changé d’orientation.

Comment peut-on faire pour l’amener à prendre ses responsabilités

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C’est vraiment un problème non urgent par rapport aux retraites des petits agriculteurs et particulièrement des femmes (veuves)

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Bonjour ! 6 février 2014 11:04, par Agnès Gouinguenet

- 
Allons bon ! "Précisons encore que l’Eglise ne cotise pas pour les prestations familiales au prétexte que son personnel est célibataire ! »" ? ? ?
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Ah mais alors, je vais demander le même privilège puisque je n’ai pas eu d’enfants. Egalité, égalité !
- 
Il me semble que tout est fait pour empêcher les prêtres "qui n’ont plus 20 ans" de défroquer. Ils sont pieds et poings liés. C’est sordide.
- 
Qu’en est-il en Alsace-Moselle ? Car mes impôts servent à payer le salaire "peinard" des curés misogynes ... Un comble !
- 
Agnès G.

Voir en ligne : http://blogs.mediapart.fr/blog/agne...

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Devant le titre j’ai cru un instant qu’il s’agissait de ceux qui étaient sortis de la pratique religieuse, et, comme on disait autrefois, de la vrai foi.

Me sautait à la figure ce diagnostic de quadragesimo anno, qui pourrait avoir pour titre "accusés, levez-vous" : "La déchristianisation de la vie sociale et économique et sa conséquence, l’apostasie des masses laborieuses, résultent des affections désordonnées de l’âme, triste suite du péché originel qui, ayant détruit l’harmonieux équilibre des facultés, dispose les hommes à l’entraînement facile des passions mauvaises et les incite violemment à mettre les biens périssables de ce monde au-dessus des biens durables de l’ordre surnaturel."

Ce pape n’est pas le seul à exempter l’église de toute responsabilité. "Le pape a regretté que "beaucoup soient partis", rappelle Stéphanie Le Bars 27 juillet 2013, qui ajoute : "Mais dans cet éloignement de la transcendance, il a aussi mis en cause la "mondialisation" et ses effets dévastateurs : "la perte du sens de la vie, la solitude, la violence, la fracture des familles, la drogue, l’alcool, le sexe", autant de "prisons supplémentaires"". Regardez comme le monde est mauvais, coupable, et combien moi, mère de tous les peuples, je suis exempté de toute responsabilité, et comme je suis à plaindre. Un manque de compassion ou d’humanité ou de mise en cause de la part de la hiérarchie de l’église ? Mais qui êtes vous pour parler ?
.
Quand j’ai vu qu’il était question des "ex" clercs. J’ai d’abord été choqué. Puis j’ai été ému en voyant la signature. Moi, je n’ai rien réclamé de l’église, sauf plusieurs demandes de "réduction" à l’état laïc demeurées sans réponse. J’accepte trop. J’espère que tu continueras à crier à temps et à contre temps. A chaque fois que je t’ai lu, j’ai été ému de ton action pour que l’église institutionnelle apprenne, (une fois n’est pas coutume), à se mettre en cause. Se reconnaitre comme elle est, pusillanime, inhumaine. Apprendre un peu l’humilité et faire au moins ce qu’on a à faire, ce qui lui permettrait un peu d’humanité.

Tu es quand même gonflé avec ton appel à ce qu’elle se bouge. Moi elle me décourage. Faut que je me bouge !

Marcel M. 

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