Parution : 14 février 2014
« Genre » : comment « la Manif pour tous » a propagé la rumeur

Les rumeurs les plus folles circulent sur un projet du gouvernement accusé de détruire la famille, par une stratégie planifiée.On ne sait s’il faut en rire ou en pleurer. La désinformation rendue aisée par l’érosion considérable de la crédibilité du pouvoir en place prend des proportions rarement atteintes. De telle sorte qu’un président de la République pas véritablement déterminé a fini par reculer. Il n’est en tout cas pas difficile à la droite catholique et aux intégralistes catholiques de souffler sur les braises. Dans la confusion la plus totale, des amalgames se succèdent. Enquête et décryptage.

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Les cathos sont-ils devenus paranos ?
On se souvient avec plaisir de cet excellent film (2001) du regretté Francis Girod qui traitait avec réalisme et perspicacité des questions sensibles comme celles du transexualisme ou de la prostitution masculine. Il faut bien avouer qu’aux yeux des lobbies les plus conservateurs de la société, les réformes sociétales envisagées, dans le cadre de la famille, pourtant prudentes et équilibrées, semblent sorties du cerveau pervers et perfide de Lucifer auquel la gauche au pouvoir se serait vouée.
Aucune désinformation n’a donc été de trop, allant
jusqu’à l’ignoble : affirmer - mais comment croire une telle sornette ? - que le ministre de l’éducation entendait initier les enfants des maternelles à la masturbation. Qui veut tuer son chien l’accuse de la rage. Et dans le contexte actuel de l’influence de l’image immédiate, avec un esprit critique émoussé doublé d’un émotionnel qui prend la place du mental, alors que la précarité économique et financière continue à faire rage, comment s’étonner que la rumeur prenne feu comme de l’étoupe ? Le rôle des responsables catholiques ne saurait être minimisé. A l’évidence, l’analyse simpliste et la complaisance de nos évêques à l’endroit d’une droite ecclésiale qu’ils ne veulent pas perdre alors que le bateau prend l’eau et que l’équipage a déjà quitté le pont, se révèlent aussi pathétiques que déplorables. Mais tandis que les corps intermédiaires sont disloqués et les partis politiques moralement discrédités, il est tentant de faire nombre avec d’autres, exaspérés ou qui se sentent dupés.
Les recherches complexes et polymorphes au sujet du genre méritaient pourtant mieux. De toute façon, nos sociétés dissocient de plus en plus la sexualité et la transmission de la vie, l’identité personnelle et le sexe biologique. Que cela puisse plaire ou non à l’Eglise, qu’il y ait ou non des « effets de retour » (Michel Foucault) violents mais transitoires, n’y changera. Il s’agit d’une évolution de civilisation, mais pas forcément contre l’homme.

[téléchargez l’ensemble de notre article dans Golias Hebdo n°323 de cette semaine]

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Puisque cet article de Golias porte sur la manipulation, et bien que l’ensemble de cette réponse puisse sembler aride, fastidieuse, inappropriée peut-être, sans compter qu’elle contient certainement une part de colère intérieure face à l’ensemble des rumeurs, détournements de l’histoire et de propos, affirmations mensongères péremptoires que peu de gens prennent le temps de vérifier mais adoptent sans barguigner, je me permets de proposer tout ceci à la lecture.
Certes, il s’agit à la base d’une réponse à Loïc, si prompt à donner des leçons, même au clercs qui ne lui semblent pas assez cléricaux, sans compter aux divorcés qui ont l’outrecuidance de se remarier, mais au-delà de lui, elle s’adresse aussi à celles et ceux qui sont à l’origine de toute cette putreur qui se répand dans ce pays. Ainsi donc Loïc, ne prenez que la part qui vous incombe et n’y voyez pas une attaque en règle contre votre seule personne. Vous êtes ici mon interlocuteur, mais vous pouvez aussi porter cette démonstration à celles et ceux qui ont encore un peu de moralité et colportent bruits et rumeurs.

Afin que ceci puisse offrir à chacun-e matière à réflexion, je me permets d’exposer la démarche que j’ai suivie depuis votre post initial exposant que l’abolition de l’esclavage avait été le fait d’un édit de Louis XVI, datant de février 1776 et que la Convention avait rétabli l’esclavage et les premières réponses que j’y ai fournies sans entrer dans le détail.

La première de mes démarches a consisté à remonter à la source de votre affirmation. Laquelle était définitive, péremptoire et sans matière, de prime abord à discussion.
Les seules références qu’il m’ait été donné de trouver alors, consistaient en des sites royalistes, identitaires et cathos intégristes. Je vous avoue n’avoir pas poussé le vice jusqu’à noter les dates d’apparition de cette affirmation sur chacun d’entre eux, afin d’en déterminer la possible origine. Je me suis contentée de noter les similitudes de formulation et surtout l’absence totale de source originale à laquelle il m’aurait été possible de remonter pour vérifier la véracité du propos justifié en outre par un argument indépassable : on nous le cache et on nous ment, sous entendu, ça va continuer. Prudente, j’ai cependant laissé ouvert le débat lorsque je vous ai répondu une première fois. Je ne suis pas omnisciente et les découvertes de documents inédits sont encore tout à fait possibles sans que pour autant j’en sois prioritairement avisée évidemment.

Cela étant, j’ai axé mes recherches sur la possibilité la plus évidente qui s’offrait à moi, compte-tenu des chronologies proposées par les différents intervenants, à savoir « une idée qui était dans l’air depuis 1774 » et un édit de 1776.
Afin que mon propos ne puisse être entaché de soupçon de manipulation… je fournis à l’appui de cette démonstration des sources monarchistes et cléricales de l’époque. Certaines sont réimprimées, mais toujours à des époques de restauration de la monarchie ou sous la direction de monarchistes ou sympathisants. La manière des propos vous le prouvera d’ailleurs si vous vous donnez la peine de lire les sources auxquelles je vous renvoie.
Si vous et d’autres, vous donnez la peine de lire, vous pourrez constater qu’une fois de plus, le mensonge sert d’argument, repris à l’infini, mensonge que vous cautionnez vous-même sans la moindre hésitation parce que cela semble vous servir ce qui ici n’aura pas été forcément le cas.
Vous devriez, à la lumière de cet exemple, comme à celle de la fausse citation de Tocqueville, vous poser sérieusement la question de la validité des argumentaires auxquels vous vous référez pour défendre vos théories. Combien d’autres mensonges ? Combien d’arguments aussi fallacieux ont servi de mots d’ordre au troupeau bêlant qui a suivi et suit encore la Manif pour Tous, le Salon Beige et autres ?

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Rumeurs d’abolition de l’esclavage@Loïc 24 mars 2014 19:58, par Nathalie

LES PREMISCES ABOLITIONNISTES DE 1774

Pour n’importe quel historien, ces deux dates marquent une période bien spécifique, qui est celle de l’exercice des finances par Turgot. Une fois posé le cadre, qu’y a-t-il d’encore plus spécifique qui pourrait justifier que l’on prétende qu’il y ait eu « abolition de l’esclavage » ?
La première réponse se trouve dans la terminologie d’ancien régime. Lorsque l’on connaît un peu la teneur des cahiers de doléances, on sait que certains d’entre eux évoquent – je vous en ai cité trois exemples, mais des spécialistes du sujet évoquent la possibilité qu’il y ait eu au moins deux-cents cahiers et d’autres encore un cahier sur cinq – le sujet de l’esclavage, au sens où nous l’entendons. La preuve consistant dans les termes employés, lesquels sont sans équivoque : traite et Nègres.
Mais le plus grand nombre de ces cahiers utilisent le terme d’esclavage tout autrement, notamment au sujet des corvées et autres droits seigneuriaux, comme le droit de suite (moulins et fours) par exemple, évoquant à ce sujet, un vestige de l’époque féodale. Nous sommes donc là dans une terminologie franco-française métropolitaine, qui exprime ce que ressent un peuple qui dénonce alors ce qu’il considère comme une oppression, une manière d’esclavage.

Or, cette terminologie existe déjà depuis plusieurs années et particulièrement depuis l738, date à laquelle Orry, alors contrôleur général des finances, généralise la corvée royale des grands chemins pour construire et entretenir des routes, faute de finances suffisantes à ce faire. C’est donc à Louis XV que le royaume doit cette mesure.
Turgot est particulièrement au fait de celle-ci puisqu’en tant qu’Intendant de la généralité de Limoges, il crée les cantons, c’est-à-dire les divisions de routes de village à village, lesquelles sont confiées sous bail à des « cantonniers » et non, comme auparavant, à des entrepreneurs ambulants.

La corvée est durement ressentie par ceux qui y sont soumis, évidemment, et paraît d’autant plus injuste que deux ordres y échappent totalement, qui pourtant fréquentent pas mal les routes, à savoir le clergé et la noblesse. Sans compter le nombre d’exempts assez impressionnant parmi la bourgeoisie des villes.

Pour vous replacer dans le contexte des débats, je vous invite à lire « Œuvre de Turgot et documents le concernant » avec biographie et notes par Gustave SCHELLE, Paris, Librairie Félix Alcan, 1913-1923, en six volumes, dont j’ai vérifié les références qui vont nous intéresser ici.
http://gallica.bnf.fr/Search?adva=1&adv=1&tri=&t_relation=cb315054193&q=Oeuvres+de+Turgot+et+documents+le+concernant

Tome IV, p. 86 : En août 1774, Condorcet écrit à Turgot : « on commence à savoir dans le monde que le clergé ne paie point les corvées et on en est un peu indigné. On vous accuse de faiblesse, ce qui n’est pas juste. Vous pourriez, pour réparer cela, faire imposer à la taille les fermiers d’Eglise, proportionnellement au prix de leur bail et à la somme que la généralité où ils sont, paient pour les chemins, et remettre au peuple une quantité de tailles égales. Cela ne serait pas injuste envers ces fermiers que vous exemptez de la corvée. Vous auriez par là les déclarations des biens d’Eglise et vous soulageriez le peuple.

P. 234 : En 1774 toujours, une autre lettre de Condorcet est adressée à Turgot, concernant la corvée des chemins. Cette année là verra le premier projet de suppression.
Lettre de Condorcet à Turgot, du 23 septembre (Œuvres, I, 252) « j’attends avec bien de l’impatience un édit ou un arrêt sur les corvées ; c’est peut-être le seul bien général, prompt, sensible, que vous puissiez faire en ce moment. Toutes les provinces attendent de vous le même bien que vous avez fait au Limousin. Leurs transports éclateront de manière à vous faire plaisir et peut-être l’effet que ce bien produira ne sera-t-il pas inutile à la réussite du reste. Ce mot de bien revient sans cesse, mais c’est votre faute. »
p. 235 « dans le même temps (fin 1774), Trudaine de Montigny commençait une lettre pour Turgot » dans laquelle il détaille le principe de la corvée et ce qu’il en connaît.
Ce passage se complète ainsi :
« Dans le journal de Véri on lit « Le 27 décembre, dans le Conseil royal de finance, ont été jetés les fondements de la réforme des corvées.
« Il ne s’agit encore que d’un projet de circulaire aux Intendants des provinces pour leur demander leurs observations. Lorsqu’elles seront arrivées, on fera un tableau des avantages et des inconvénients de toutes les méthodes pour en faire le rapport au Conseil.
« Le Roi a voulu lire à tête reposée le projet de lettre. Il a senti la dureté, l’injustice de la perte de travail qui résultait de l’usage des corvées ».
« La Gazette de Leyde annonça, en effet, à la date du 6 janvier 1775 qu’une lettre allait être adressée aux Intendants pour les inviter à chercher les moyens de subvenir aux dépenses des routes, autrement que par la corvée.
Enfin dans le Mémoire de Turgot de 1776 sur les six projets d’édits on lit : « Lorsque j’ai eu l’honneur de lire à V. M., il y a plus d’un an, dans son Conseil, un premier Mémoire (non retrouvé), sur la suppression des corvées, son cœur parut la décider sur-le-champ et sa résolution devint aussitôt publique ; le bruit s’en répandit dans les provinces. De ce moment, il est devenu impossible de ne pas supprimer les corvées. »

Or le journal de l’abbé Véri a été publié et donne des références plus larges sur le climat de l’époque. Je vous invite à suivre le lien suivant et vous reporter aux pages 225-228 (240-243 du pdf) et 391 à 397 (406 à 412). Véri, rédige ses mémoires entre 1757 et 1799 (Journal de l’abbé de Véri, publié avec une introduction et des notes par le baron Jehan de Witte ; préf. de Pierre de Nolhac, de l’académie française. T. I, Paris, Ed. Jules Tallandier, 1928) : http://gallica.bnf.fr/ark:/12148/bpt6k119184g.r=journal+de+V%C3%A9ri+.langFR

Enfin, pour avoir épluché la gazette de Leyde, également en ligne et conservée en Belgique, j’avoue n’avoir pas trouvé la référence signalée pour le 6 janvier 1775. En revanche, le n° 11 du 7 février 1775 mentionne bien en page 6 la volonté de mettre un terme à la corvée (bas de page, deuxième paragraphe en remontant) http://www.gazettes18e.fr/gazette-leyde/annee/1775/page/86/zoom/0.5

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Rumeurs d’abolition de l’esclavage@Loïc 24 mars 2014 19:57, par Nathalie

L’ABOLITION DE FEVRIER 1776

Et c’est en février 1776, précisément, qu’un édit royal va supprimer la corvée. Débattu en janvier, le texte est connu le 3 février et présenté le 7 pour les uns ou le 9 pour les autres, en Parlement. Ce texte fait partie de six édits, dont l’un pourra rappeler d’ailleurs d’autres débats sur ce forum, qui concerne la suppression des jurandes et le pourquoi de celle-ci.
Ce qui nous amène donc au T. V de l’Œuvre de Turgot, p. 5 à 9 (14-18 du pdf) :

« D’importance très inégale, les édits avaient pour objet :
1° La suppression de la corvée, dont un an auparavant Louis XVI avait adopté le principe et qui, en fait, était à peu près réalisée mais qu’il fallait, pour se procurer régulièrement des ressources en argent, faire ratifier par le Parlement. Turgot proposait d’établir des taxes locales et territoriales, auxquelles tous les propriétaires auraient été assujettis
2° La suppression de la police des grains à Paris, en complément des lettres patentes du 2 novembre 1774, et la suppression de tous les droits locaux perçus sur les grains, comme suite aux édits qui avaient déjà fait disparaître nombre d’entraves au commerce des céréales
3° La fixation d’un délai pour le remboursement des offices des quais, halles et ports de Paris, supprimés par acte antérieur
4° La suppression des Jurandes et communautés de métiers qui, dans l’opinion du Contrôleur général était, « après la liberté du commerce des grains, un des plus grands pas que pût faire l’administration vers l’amélioration ou plutôt vers la régénération du Royaume »
5° La suppression de la Caisse de Poissy qui, sous prétexte de favoriser le commerce de la viande, la faisait enchérir ;
6° Un changement dans l’assiette du droit sur le suif, conséquence de la suppression de la communauté des chandeliers.
Le projet d’édit relatif à la corvée avait fait, au préalable, l’objet d’une discussion approfondie entre le garde des sceaux et le contrôleur général. Miromesnil, profondément attaché aux vieilles doctrines de la monarchie absolue, considérait les privilèges de la noblesse et du Clergé comme les fondements du gouvernement.
Les observations qu’il formula et les réponses de Turgot constituent un document historique de premier ordre. Il fait sentir, plus qu’aucun autre, la portée de l’œuvre réformatrice de Turgot. La lutte qu’il engageait était bien la même que celle qui, treize ans plus tard, provoqua la Révolution. »

Là encore nous disposons d’autres sources de confirmation, comme Th. Ravinet - Code des Ponts et Chaussées et des Mines, tome IV, Paris, impr. de Fain et Thunot, 1847, table (p. 313, vue 323).
http://gallica.bnf.fr/Search?adva=1&adv=1&tri=&t_relation=cb33464276g&q=-+Code+des+Ponts+et+Chauss%C3%A9es+et+des+Mines

Mais aussi la Gazette de Leyde, n° 15, du 20 février 1776, p. 1 :
http://www.gazettes18e.fr/gazette-leyde/annee/1776/page/945
La lecture de cette gazette sur le mois et une partie du mois suivant, vous permettra aussi de suivre les aventures d’une publication jugée assez révolutionnaire pour être brûlée.
Sur la période 1774-1776, vous pouvez suivre en presque direct l’émancipation des colonies anglaises des Amériques et pour 1775, la restauration du Parlement de Bretagne.

Enfin, Turgot sera renvoyé sous la pression des tenants du conservatisme et l’édit abrogé le 11 août 1776 http://gallica.bnf.fr/ark:/12148/btv1b8615134h.r=d%C3%A9claration+du+roi%2C+qui+r%C3%A9tablit+par+provision%2C+l%27ancien+usage+observ%C3%A9+pour+les+r%C3%A9parations+des+grands+chemins.langFR

Vous pouvez encore jeter un œil sur Demonville – Vertus, esprit et grandeur du bon roi Louis XVI, Paris, Demonville impr., 1816( http://gallica.bnf.fr/ark:/12148/bpt6k62144470), notamment pages p. 186-187 sur la question de la corvée.

Aucun de ces documents, je dis bien aucun, ne mentionne un seul instant un édit d’abolition de l’esclavage. Il serait plus que douteux qu’au moins la Gazette de Leyde ne s’en soit pas fait l’écho. Elle est en ligne, tout le monde peut vérifier. http://www.gazettes18e.fr/gazette-leyde

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Rumeurs d’abolition de l’esclavage@Loïc 24 mars 2014 19:56, par Nathalie

LA CONVENTION & L’ESCLAVAGE

Reste enfin l’affirmation de ce que la Convention serait revenue sur une abolition qui n’aurait donc pas eu lieu.
La Convention n’est jamais revenue sur l’abolition de l’esclavage. Elle a entériné la poursuite de cette pratique. Ce qui est une grosse nuance. Certes peu glorieuse.
L’histoire de l’esclavage nous montre que la traite française va prendre son essor après le traité d’Utrecht, en 1713. Les années 1736-1743 marquent ensuite un point culminant avec un transfert estimé à 16 000 esclaves par an en direction des Antilles.
Si la guerre de sept ans arrête la traite, celle-ci redémarre vivement entre 1763 et 1777, à raison de 20 000 esclaves par an.
En 1787, le trafic des Noirs occupe 92 bâtiments dans 13 villes françaises et la vente de 30 389 esclaves produit 41 912 000 livres annuelles soit un profit de 233 livres par tête.
Si bien qu’en 1789, la balance commerciale du royaume dépend du commerce colonial et de l’esclavage.

Dans le même temps, et particulièrement après 1780, le mouvement abolitionniste français va se développer et se structurer. L’influence de la victoire des insurgés américains n’est évidemment pas étrangère à l’accélération des réflexions. Les révoltes de 1751 & 1757 avaient en outre déjà provoqué une prise de conscience des coloniaux, de la fragilité de leur position.
Au nombre des abolitionnistes, et même si sa vision des choses est loin d’être tranchée, on compte Condorcet, personnage emblématique de la deuxième génération des philosophes du siècle des Lumières, disciple de Voltaire et de d’Alembert. Quel Condorcet est déjà intervenu en faveur de l’abolition de la corvée… Condorcet, en tant qu’électeur des députés nobles de Mantes, parvient à insérer dans leurs cahiers de doléances, une recommandation portant sur la destruction de la traite et l’abolition de l’esclavage.
Je vous incite d’ailleurs vivement à lire sur le sujet un petit ouvrage intitulé « Condorcet : réflexions sur l’esclavage des Nègres et autres textes abolitionnistes », paru chez L’Harmattan en 2002 et présenté par David Williams.

Point culminant de l’abolition, la Révolution de 1789 et surtout la Déclaration des droits de l’Homme » qui donne lieu à la rédaction d’un seul projet d’abolition au demeurant.
Jacques Thibau nous apprend que « Sur l’ensemble du territoire, les baillages principaux ont produit 482 cahiers : la noblesse 150, le clergé 155, le Tiers Etat 164. Une douzaine ont été rédigés par les trois ordres ensemble.
Dans les cahiers du Tiers Etat, une douzaine demandent l’abolition de la traite et pour quatre d’entre eux de l’esclavage, 8 utilisent une formule de réprobation mais avec circonspection.
Sur les 150 cahiers de la noblesse, 3 réclament l’abolition de la traite et pour 2 d’entre eux de l’esclavage, 7 émettent un souhait imprécis, 130 sont silencieux.
Sur les 155 cahiers du clergé, 8 se prononcent pour l’abolition de la traite, et pour 4 d’entre eux, de l’esclavage, 4 abordent la question avec prudence, 132 sont silencieux. » (Jacques Thibau, « Le temps de Saint-Domingue l’esclavage et la révolution française » p. 118-125)

Face au parti de l’abolition (divisé quant aux méthodes pour y parvenir), on trouve notamment un fort lobby des propriétaires, agrégé autour du Marquis de Massiac, dit « Club de Massiac ». Ce lobby va évidemment user d’arguments économiques et faire pression. A quoi s’ajoutent les armateurs, dont le fameux Mosneron de l’Aunay que j’ai déjà eu l’occasion d’évoquer dans mes précédents posts du 16 mars dernier. Mais aussi les planteurs de Saint-Domingue, qui réclament un nombre plus élevé de députés et n’envisagent absolument pas que la liberté, évidemment, puisse s’étendre à leurs esclaves, lesquels font partie de leurs biens inaliénables.
Si bien qu’en 1790, et malgré la demande pressante des abolitionnistes, la Convention va enterrer le projet d’abolition. En effet, Barnave, avocat du Club de Massiac, parvient, le 28 mars 1790, à faire voter un décret qui écarte les colonies du droit métropolitain et crée des assemblées coloniales ouvertes aux propriétaires. Sans l’exprimer, la Constituante confirme ainsi l’esclavage. Condorcet s’exclame alors : « Ajoutons un mot à l’article premier de la Déclaration des droit : Tous les hommes « blancs » naissent libres et égaux en droits ! »

Les révoltes dans les colonies permettent que le sujet revienne à l’ordre du jour des discussions dès 1791. Usant d’un argument massue anti-abolitionnisme, dont finalement la modernité n’échappera à personne au regard de ce que nous entendons régulièrement sur les ondes aujourd’hui, le duc de la Rochefoucauld-Liancourt fait valoir que « la ruine du commerce colonial atteindrait quatre millions d’individus ».
Malgré l’épouvantail ainsi agité, le 4 avril 1792, l’Assemblée législative adopte un décret statuant sur l’égalité en droits des citoyens libres de couleur et des Blancs pour réprimer l’insurrection des esclaves noirs commencée à Saint-Domingue depuis près d’un an et, enfin, le 16 pluviôse an II, la convention vote enfin l’abolition de l’esclavage.

Je crois, Loïc, que nous avons fait le tour, désormais, des points litigieux de l’affirmation qui traîne sur certains forums concernant l’esclavage ?

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Esclavage@Loïc 24 mars 2014 19:55, par Nathalie

CADEAU D’UNE BASSE EXTRACTION

Concernant maintenant la vérité d’une ordonnance royale, ramenant toute servitude à franchise :
Vous me permettrez Loïc, malgré mon statut de descendante de pécores, pêcheurs, bonniches, etc, de m’étonner qu’un homme qui se retranche derrière les valeurs intrinsèques que confèrerait la noblesse (dans votre cas si je ne m’abuse ancienne et moyenne ou bien vos ancêtres disposaient-ils de la haute justice ?) la foi catholique qui est la promotion de la vérité avec un grand vé, mais aussi de juriste (docteur avec mention en droit public je crois ?) vous ayez préféré user d’arguments frauduleux, plutôt que de la simple et belle vérité.

Que n’eussiez vous privilégié la citation de la magnifique plaidoirie de Pierre-Paul Nicolas, baron de Henrion de Pansey, publiée chez Hérissant en 1770, intitulée « Mémoire pour le nommé Roc, Nègre, contre le sieur Poupet, négociant », cause en l’Amirauté de France :

http://gallica.bnf.fr/ark:/12148/bpt6k9325n.r=La+R%C3%A9volution+fran%C3%A7aise+et+l%27abolition+de+l%27esclavage%2C+textes+et+documents.langFR

Si vous vous donnez la peine de lire cette plaidoirie (lien), vous y trouverez le rappel du naufrage d’une galère espagnole sur les côtes du royaume. Quelle galère était chargée d’esclaves. Contre l’avis de l’ambassadeur d’Espagne, le roi Henri II va déclarer libre les trois-cents esclaves et même les faire reconduire dans leur patrie. (p. 16)
Plaidoirie qui professe que les Francs n’ont jamais eu d’esclaves ce qui explique leur attachement à la liberté (note 1, p. 4), que Louis XIII a par contrainte accepté l’esclavage dans les colonies (p. 6)…
Mais surtout, cette même plaidoirie rappelle que Louis X déjà avait consacré la maxime selon laquelle nul n’est esclave en France par une ordonnance formelle : « Nous, considérant que notre royaume est dit & nommé le royaume des Francs & voulant que la chose soit de la vérité accordante au nom… avons ordonné que toute servitude soit ramenée à franchise » (p. 16-17). (texte détaillé p. 110 de Galeries historiques du palais de Versailles, Volume 1, 1839 par Charles Gavard :
http://gallica.bnf.fr/ark:/12148/bpt6k292948.r=Galeries+historiques+du+palais+de+Versailles.langFR)

Afin d’étayer son propos, Henrion de Pansey invite à lire les exemples cités dans un autre ouvrage, celui de M. Bodin, intitulé « Les six livres de la République ».
(Les six livres de la république de I. Bodin, à Mgr du Faur, seigneur de Pibrac, conseiller du Roy en son conseil privé & président en la cour de parlement de Paris. Revue corrigée et augmentée de nouveau ; IVè édition, Paris, chez Jacques Du Puys, libraire iuré à la Samaritaine, 1579, avec privilège du Roy)

Effectivement, si vous le lisez, vous découvrirez, p. 60 du livre 1, qu’un arrêt du Parlement de Toulouse, en 1558, tranche que même l’esclave d’un étranger est franc et libre sitôt qu’il a mis le pied en France, comme il fut jugé par un ancien arrêt de la cour contre un ambassadeur Genevois, contraint d’affranchir un esclave acheté en Espagne.
(http://gallica.bnf.fr/ark:/12148/bpt6k6488438p.r=Les+Six+Livres+de+la+R%C3%A9publique+de+J+Bodin.langFR)
D’autres exemples sont évoqués qu’il faudrait lire prudemment en gardant en tête qu’il s’agit parfois d’un mélange entre servage et esclavage, dès la p. 59 du même ouvrage.
Cela étant, vous trouverez, toujours dans cet ouvrage une définition de l’esclave au chapitre V p. 45 (79 du pdf) ainsi que, p. 47 (81) cette considération : « Les arrest du parlement de Paris, souvent ont cassé les contrats des serviteurs qui s’obligent, sous peine, à servir certaines années : lesquelles néantmoins sont receus en Angleterre & en Escosse : où les maistres après le terme du service expiré, s’en vont devant les juges des lieux, émanciper leurs serviteurs, & leur donner puissance de porter bonnet, qui estoit l’ancienne marque de l’esclave nouvellement affranchi, pour cacher sa teste pelée jusques à ce que les cheveux luy soient revenus »
Sans oublier, p. 59 (93) : « Car quant à ce que nous lisons en nos histoires, que Louys Hutin qui vint à la couronne l’an mil trois cens treze, au temps mesme que Bartol vivoit, afranchit tous les esclaves qui voulurent à prix d’argent, pour fournir aux frais de la guerre : cela se doit entendre des mains mortes, que nous voyons encores à present afranchir par lettres royaux. »
(là encore, une grille de lecture pour différencier les conditions est évidemment nécessaire).

Henrion de Pansey, mentionne l’existence d’une dérogation potentielle : une exception introduite par un édit du mois d’octobre 1716, interprété par une déclaration du 15 décembre 1738, permettant aux habitants des colonies d’amener des esclaves en France, en observant certaines formalités. Si les formalités sont accomplies, les esclaves ne pourront se prétendre libre au prétexte qu’ils ont pris pied dans le royaume.
« Or, édit comme déclaration n’ont jamais été enregistrés au Parlement. En revanche on en trouve trace dans un recueil de règlement imprimé en 1745 à Paris, chez les Libraires associés, de ce que la déclaration a été enregistrée au Parlement de Paris. Or il n’en est rien ».
La loi n’ayant pas été enregistrée, il suffit toujours d’être en France pour être libre.
D’autant que la loi multiplie à ce point les obstacles, que la plus légère omission permet l’affranchissement de fait de l’esclave.
Voilà ce qu’en juriste, vous pourrez apprécier, je pense ?

Tout ceci n’aura évidemment pas dissuadé le royaume de France de verser dans la traite et l’esclavage, puisque c’est ainsi que vont être gérées les colonies. Belle hypocrisie au demeurant. Et il est intéressant de noter ici la dissociation mentale qui se fait entre le territoire de la France et ses colonies (territoire ou pas de la France ?), afin de se poser la question de l’attitude que notre pays a pu adopter envers ses colonies du XIXè siècle.

Voilà les arguments qu’un homme si attaché à la qualité de son état et de son extraction, à la vérité et si hostile au péché, aurait dû employer, au lieu de se vautrer dans la fange de tous ces lamentables réseaux qui ne serviront jamais que l’infect, le nauséabond et la médiocrité pour ne pas dire moins encore.
Cadeau d’une basse extraction !

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L’esclavage justifié par Pie IX en 1866 11 mars 2014 10:35, par Martin

Sur l’esclavage : je lis dans "le Déni" d’Amandier et Chablis, page 194, que Pie IX a justifié le maintien de l’esclavage en s’appuyant sur la "loi naturelle : "Il n’est pas contraire à la loi naturelle et divine de vendre, d’acheter ou d’échanger un esclave" (Pie IX, Instruction du Saint-Office, 20 juin 1866).

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Une bonne analyse sur ce sujet de la part de Virginie Despentes, toujours aussi juste et percutante : merci à elle.

http://www.troiscouleurs.fr/2014/02/virginie-despentes-tombo/

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Aller au fond des choses@SIGNO 26 février 2014 22:33, par Nathalie

Et comme vous avez des tas d’occupations, et moi aussi d’ailleurs, je vais vous laisser de quoi méditer avec ceci :

« On a vu des temps où l’homme, en égorgeant l’homme dont les croyances différaient des siennes, se persuadait d’offrir un sacrifice agréable à Dieu Ayez en abomination ces meurtres exécrables. Comment le meurtre de l’homme pourrait-il plaire à Dieu qui a dit à l’homme « tu ne tueras point » ? Lorsque le sang de l’homme coule à terre comme une offrande à Dieu, les démons accourent pour le boire et entrent dans celui qui l’a versé.

On ne commence de persécuter que quand on désespère de convaincre, et qui désespère de convaincre, ou blasphème en lui-même la puissance de la vérité, ou manque de confiance dans la vérité des doctrines qu’il annonce.

Quoi de plus insensé que de dire aux hommes « croyez ou mourez ! »

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Aller au fond des choses@SIGNO 26 février 2014 22:32, par Nathalie

LES HIERARCHIES SOCIALES

Vous êtes également gentil de vous préoccuper de la superficialité de mes lectures et je sens bien qu’en vous rappelant la superficialité avec laquelle vous avez absorbé sans recul ni vérification les affirmations de Madame Sigaut je vais paraître mesquine ; Mais ! Bah ! Allez, je vous le rappelle quand même.

Concernant Pie X, dont les propos sont ceux d’un fervent adepte du capitalisme libéral alors un peu en proie à une contestation ouvrière… vous avez tout à fait le droit d’y souscrire.
Je trouve pour ma part outrecuidant de la part d’un pape, d’attribuer à dieu les propos qui bercent les réunions des milieux capitalistes de tous les pays. En même temps, il y a plus d’argent dans la poche d’un riche que dans celle d’un pauvre. Alors, en flattant le riche… c’est un pari sur l’avenir en définitive.
Toujours est-il que cette vision de dieu est tellement réductrice quant à sa pensée, que je me demande soudain si dieu, en fait, n’était pas un pois chiche.
Il n’est absolument pas question d’intelligence ou pas dans le texte de Pie X. Il est question de hiérarchie sociale, sachant qu’au sommet, bien évidemment, le cher homme voit l’Eglise, car toute hiérarchie humaine est obligatoirement subordonnée à dieu, les princes tirant leur pouvoir de celui-ci.
En outre, votre propos quant à une hiérarchie naturelle nous ramène surtout à la loi du plus fort, ce que notre intelligence, précisément, fussions nous les courges du secteur, devrait nous inviter et même inciter à dépasser. Et je verrais d’ailleurs plus dans cette démarche, une vague idée divine, que dans les affirmations de Pie X figurez-vous. La tension d’une société vers l’égalité et la tolérance des différences, voilà qui me fait penser à de la civilisation haut de gamme.
Ces propos, de la part d’un homme qui vit dans un palais, se coiffe de la tiare, se pare de tissus précieux, d’une bague en or, d’un pectoral en or et dit représenter un homme né dans une étable, ayant vécu dans la pauvreté et prêché la simplicité, j’appelle cela de l’indécence. Tout simplement.
Oser prêter à dieu un ordre tel que celui que l’humanité a établi, est une injure à dieu.

Comme tout bon militant, dès que l’on aborde la doctrine sociale de l’Eglise, vous évoquez les dérives soviétiques et des pouvoirs totalitaires, sans compter la barbarie.
Comme si la barbarie avait besoin d’excuses pour exister.
Mais combien de massacre a provoqué l’ordre social défendu par Pie X ? Restons dans la période contemporaine pour changer. Puisque le socialisme est à ce point haïssable, parlons du capitalisme. Alors en vrac : la paupérisation des populations, la poursuite de la traite négrière et de l’esclavagisme au début du XIXè siècle, la colonisation, la destruction de la planète pour de simples considérations financières (la planète, œuvre de dieu, je vous le rappelle… donc on peut considérer que sa destruction méthodique est un blasphème). Ajoutons là-dessus deux guerres mondiales, et même la guerre d’Espagne. Evoquons toujours rapidement l’exploitation des populations des pays dits du Tiers Monde et émergents, et un petit salut aux laborieuses bengladaises dont les cadavres ont finit de pourrir sous leur atelier écroulé (mais ce n’est pas grave, elles n’étaient pas chrétiennes), la création du quart monde, etc. etc. Vous croyez sincèrement qu’un système est inférieur à l’autre en matière de dégâts humains ? Alors certes, je veux bien vous concéder que les expériences communistes ne sont pas particulièrement éprises de christianisme. Mais si le but est une course aux cadavres, pour l’instant le communisme a du retard, car il est plus récent. Et en plus il disparaît.

Sortons de France un peu, de Zola, d’Hugo, de Balzac… Penons Dickens qui, dans « Les temps difficiles », décrit une humanité que Manchester, ville symbole jusqu’à nos jours, de la misère ouvrière, inspire. Selon lui, tout ce que la machine pouvait accomplir s’accompagnait d’un coût humain terrifiant. Lorsque Jeanette Winterson en parle elle invite le lecteur à imaginer « les gigantesques usines qui fonctionnaient à la vapeur, éclairées a gaz et jetées entre elles, les rangées de maisons ouvrières adossées les unes aux autres. La crasse, la fumée et la puanteur de la teinture et de l’ammoniaque, du soufre et du charbon. L’argent, le travail qui continue de nuit comme de jour, le bruit assourdissant des filatures, des trains, des trams ; des chariots sur les pavés, de l’activité humaine, grouillante, incessante, un enfer du Nibelheim » […] « hommes et femmes, mal fagotés, épuisés, ivres et malades, travaillaient par tranches de douze heures, six jours par semaine, devenaient sourds, s’abîmaient les poumons, ne voyaient pas la lumière du jour, envoyaient leurs enfants ramper dans le vacarme terrible des filatures pour ramasser les peluches, balayer, perdre des mains, des bras, des jambes, des petits enfants, des enfants faibles, sans instruction et qui souvent n’étaient pas désirés, des femmes qui, en plus de travailler aussi dur que les hommes, portaient le fardeau de la maison à entretenir ».

Et Friedriech Engels, qui s’intéressa avec Marx à la classe ouvrière, écrivait de cette ville, en 1844 « Les rues inégales, tout en bosses, en partie sans pavés et sans caniveaux ; partout, une quantité considérable d’immondices, de détritus et de noue nauséabonde entre les flaques stagnantes ; l’atmosphère est empestée par leurs émanations, assombrie et alourdie par les fumées d’une douzaine de cheminées d’usines ; une foule d’enfants et de femmes en haillons rôdent en ces lieux, aussi sales que des porcs qui se prélassent sur des tas de cendres et dans les flaques » (La situation de la classe laborieuse en Angleterre)

En 1848, Marx publiait le « Manifeste du parti communiste » dont une grande partie lui avait été inspirée par son séjour à Manchester avec Engels. Le premier congrès des syndicats se tenait vingt ans plus tard dans cette ville. Ce qui était attendu, c’était un changement immédiat et non un débat sur le changement.

Pie X, par ses propos, renouvelant l’encyclique de son prédécesseur, sacralisait cet état des choses en le décrivant comme le dessein divin pour l’humanité. De la même façon que ses prédécesseurs avaient toujours appelé les esclaves à ne pas se révolter contre leurs maîtres, Pie X condamnait les damnés de la terre qui osaient se révolter contre les leur. Tout ceci en un temps ou le paternalisme capitalistique emprisonne un peu plus les ouvriers dans une sorte de maillage inextricable avant de les envoyer se faire massacrer sur le front en 1914.

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Aller au fond des choses@SIGNO 26 février 2014 22:30, par Nathalie

DE LA CIVILISATION...

Eh bien nous allons donc en rester à un désaccord quant à l’esclavage. Mes sources ne sont pas les vôtres et réciproquement.

Vous faites l’impasse totale sur les invasions dites barbares et l’apport de ces civilisations, qu’il s’agisse de technique ou d’économie. Vous faites l’impasse sur la pacification, la sédentarisation. Vous oubliez un peu vite que même les Romains avaient pour le travail de la terre un véritable respect. Ce n’est d’ailleurs pas pour rien que Romulus se saisit d’un soc de charrue pour tracer les contours de sa ville. Et Romulus n’était pas chrétien.
Et à vous lire, j’ai envie de dire « heureux les Grecs et les Romains » qui travaillaient pour autre chose que par culpabilité héritée d’un péché imaginaire. Sachant que travail et torture ont en plus la même racine. En outre, ils avaient eu la sagesse de ne pas inventer un péché originel destiné à rabaisser l’humanité pour on ne sait d’ailleurs quelle raison mortifère. Créer au préalable la source d’un abaissement pour ensuite créer l’occasion de s’en relever, c’est à mon sens un fonctionnement pervers. Mais, le péché originel a ceci d’intéressant qu’il est un moyen de culpabilisation et, par extension, de domination. On domine toujours plus facilement quelqu’un qui se sent coupable car cette culpabilité place en situation de faiblesse.
Vous considérez que c’est la disparition de l’esclavage qui va stimuler les innovations techniques ? Mais toute l’économie capitaliste nous démontre que les innovations techniques permettent de meilleurs rendements. Pourquoi voudriez-vous qu’à l’époque les gens se soient privés d’innovations qui, d’une part, pouvaient soulager leur travail et, d’autre part, rentabiliser un peu plus la main d’œuvre ? C’est parce que les grands mouvements migratoires cessent, que les sociétés se fixent, qu’elles se ruralisent, que l’appel à une main d’œuvre servile n’est plus un impératif. Et je vous rappelle que les esclaves, très souvent, disposaient d’un pécule. Ne confondez pas commerce triangulaire et esclavage antique ou du haut Moyen Age.

Vous considérez que les monastères sont essentiels dans la formation de la civilisation. Mais vous imaginez que la civilisation a attendu les monastères pour exister ? Ainsi, nous parlerions à tort de civilisation grecque, latine, égyptienne, etc. ? Peut-on considérer que la Chine n’a pas accédé encore à la civilisation ? Non plus que le Japon ? Car après tout, voilà deux pays non chrétiens. Vous avez une conception très étriquée de la civilisation.
Au sens premier, un être civilisé est un citoyen, un être sociable également. Certes, les Gaulois se tapent dessus au cours de banquets, parfois avec du poisson pas frais, ligotent leurs bardes et les accrochent aux arbres et adorent attaquer des camps romains, mais vous croyez vraiment qu’ils n’avaient rien de civilisé ? Redescendez un peu sur terre.

Quant au repos après le travail, l’Eglise tenait surtout au jour du culte. A quoi se sont ajoutés par la suite à peu près toutes les fêtes qu’il a été possible d’inventer. A tel point qu’est venu le temps où il y avait moins de jours ouvrés que de jours fériés. Ce qui a contraint l’Eglise à reculer, car l’économie commençait à sérieusement s’en ressentir et les gens à manquer d’argent pour vivre…

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il n’y a pas de genre, j’en ais assez des cathos integro, apres il vont prendre l’eucharistie, avec la haine dans leur coeur
non mais quelle supercherie

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Il faut, je crois cher Christian Terras, replacer la stratégie là d’où elle vient.
La Manif pour Tous qui orchestre l’opération de désinformation concernant les études de genre s’appelle Alliance Vita. Cette organisation est une sorte de satellite de la Fondation Lejeune, elle même étant une émanation catho intégriste bien connue en Espagne. Quand vous savez tout ça, et que vous savez qu’en plus depuis octobre 2012, ce groupe a perdu son lobbie principal à l’Assemblée Nationale, à savoir la Fondation de Service Politique, en plus d’une bonne partie de ses soutiens à Bercy, à la Cour des Comptes et dans différents ministères du fait des changements présidentiels et de majorité...vous comprenez pourquoi un tel déluge de manifs depuis un an et pourquoi un tel remue-ménage.
De plus, comme tout groupe catho intégriste et anti IVG, Alliance Vita-Fondation Lejeune oeuvre depuis de nombreuses années contre les droits des femmes.
Les études de genre leur posent un énorme problème puisqu’il s’agit de montrer aux enfants comment se construit le sexisme, la misogynie et comment en sortir. Alliance Vita comme la Fondation Lejeune (qui supervise Alliance Vita) comme l’autre association intégriste Civitas ont toutes en commun une vision patriarcale très prononcée qui fait que pour ces groupes, les femmes (hormis celles qui sont les figures emblématiques de ces groupes) sont d’éternelles petites filles mais aussi des êtres que les hommes doivent dominer. Les études de genre qui proposent de dénoncer les discriminations faites aux femmes et aux minorités sexuelles, sont donc considérées comme des idées à abattre absolument puisqu’elles mettent en cause le patriarcat, pilier de l’intégrisme religieux par excellence.
Ces groupes s’appuient sur des opérations médiatiques coups de poing. Le scandale séduisant les médias, ils sont toujours preneurs de démonstrations radicales. Et jusqu’à présent cette façon de communiquer des intégristes avait pas mal marché (cf les manifs anti mariage pour tous). Mais il semble que le public et les médias se lassent puisque la tentative de muselage d’Arte par Civitas a récemment provoqué l’effet inverse. Finalement, les gens ont voulu voir le film "Tomboy" dont Civitas voulait interdire la diffusion, ce qui certainement aura fait réfléchir, comme "Ma vie en rose" l’avait fait en 1997.
Par contre si l’on compare les deux époques, on peut voir que l’extrême droite catholique s’est franchement radicalisée puisqu’en 97, il n’y avait pas eu de ramdam intégriste lors de la sortie ni de la diffusion du film d’Alain Berliner. Alors que Ma vie en rose aborde la question du genre de façon assez décapante, sans compromis sous un dehors doux et kitsch, Tomboy fait plutôt figure de film classique, le genre y étant traité de façon moins crue.
La réaction de Civitas fait donc doucement sourire, sinon rire...

http://www.dailymotion.com/video/x8z6m4_ma-vie-en-rose-bande-annonce-fr_shortfilms

http://www.dailymotion.com/video/xhrr1u_tomboy-bande-annonce-vf_shortfilms

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« Genre » : comment « la Manif pour tous » a propagé la rumeur 20 février 2014 19:21, par un prêtre du diocèse de Lyon

Je viens de finir le roman de Édouard LOUIS, " En finir avec Eddy Bellegueulle. ", un livre d’une grande violence, voire d’une grande cruauté permettant de comprendre un peu la douleur d’un humain homosexuel. Cela donne beaucoup à réfléchir. Les clichés tombent.

Et dans le courant de cet après midi j’ai été amené à visionner ce court métrage d’une grande délicatesse où je découvrais un monde que je ne pouvais pas soupçonner... Là aussi une grande misère, une grande souffrance... Je vous laisse le lien :

http://www.youtube.com/watch?v=2HeDBDkocjw#t=2083

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En date du 16 avril 2010 la commission permanente de l’enseignement catholique produit un document de référence pour je cite : "L’éducation affective, relationnelle et sexuelle dans les établissements catholiques d’enseignement". page 14 "A titre d’exemple le pôle "Apprentissage du genre" propose les axes divers de réflexion : -De la mixité à l’égalité -Que fait maman ? Que fait papa ? -Sexisme. Discrimination. Fantasmes. Stéréotypes. Préjugés. Masculin,Féminin....Garçons ou filles tous égaux ? Quand je serai grande, quand je serai grand etc....

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Il y a six choses que hait l’Eternel Et même sept qu’il a en horreur : Les yeux hautains, la langue menteuse,
Les mains qui répandent le sang innocent, Le coeur qui médite des projets iniques, Les pieds qui se hâtent
de courir au mal, Le faux témoin qui dit des mensonges, Et celui qui excite des querelles entre frères.”
(Proverbes 6.16-19).
“Les lèvres fausses sont en horreur à l’Eternel, Mais ceux qui agissent avec vérité lui sont agréables.”
(Proverbes 12.22)

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@ Tai_gong_wang et Martin 17 février 2014 08:25, par claudine

Merci pour ce références,je comprends qu’il existe DES études de genre difficiles à résumer.
Une constante apparaît cependant : je nais homme ou femme, mais j’essaie de me construire indépendamment des stéréotypes fixés par la société.
Rien de très nouveau finalement, ce qui étonne c’est plutôt le nombre croissant d’hommes qui adhère à ces concepts.

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Sujet de méditation pour les opposants aux études de genre et à l’égalité.

La France, parmi ses mythes fondateurs, a représenté sa République par une femme, Marianne, que l’on retrouve drapeau en main, montant à l’assaut, dans ce tableau "La liberté guidant le peuple", de Delacroix, inspiré des Trois Glorieuses.

La statue de la Liberté est une femme. Elle tient la loi et la lumière qui doit guider la démocratie étasunienne. Pourtant, lors de son inauguration, les seuls invités étaient des hommes, qu’ils représentent l’Etat ou la religion. Il n’y avait ce jour là aucune femme, non plus qu’aucun noir. Alors que du pied la Liberté, foule les chaînes de l’esclavage et que, femme, elle tient haut levé la lumière qui doit guider les peuples.
Tout un symbole...

http://www.arte.tv/guide/fr/047575-000/la-statue-de-la-liberte
Rediffusions :
dim 16.02 à 15h25
sam 22.02 à 10h55
mer 05.03 à 8h55

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La philosophie des Lumières est une longue course d’endurance commencée au XVIIIe siècle sous les cris d’effroi de l’Eglise cléricale. Deux siècles plus tard, l’Eglise "vit une situation de mort" (Joseph Moingt). Et bien, laissons les morts enterrer les morts, voilà tout. Nous ne pourrons plus rien pour eux et nous avons encore du chemin à faire.

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Effectivement la rumeur s’est propagée de manière curieuse, pourquoi des personnes sensées se sont-elles senties obligées de la propager ?

Pour autant, cette rumeur a bien arrangé le gouvernement qui a pu ainsi promptement retirer sa loi et jouer les vierges effarouchées. FH n’avait aucune envie que sa gauche ne dépose des amendements en faveur de la PMA voire de la GPA. De tels amendements auraient causé la division dans son camp et un trouble beaucoup plus important que celui causé par ces bruits.

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Il serait fort intéressant que Golias nous explique clairement ce qu’est la théorie du genre. Y a t-il des sites fiables sur la question ?

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