Parution : 20 février 2014
Ukraine : les enjeux d’une révolte
Par Golias

Il y a deux mois, le président Viktor Ianoukovitch refusait de signer un accord de libre-échange avec l’Union européenne, préférant un rapprochement économique avec Moscou. Véritable trahison pour une partie de la population, qui a entraîné une radicalisation du mouvement de contestation. Le schéma simpliste d’un choix entre Europe et Russie, démocratie et autocratie, occulte une crise sociale qui profite aux mouvements d’extrême-droite. Incapable jusque-là d’entreprendre des réformes, le gouvernement en place depuis 2004 risque d’être emporté, mais pour quel avenir ?

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Depuis un peu plus de deux mois, l’Ukraine retient l’attention des médias. En refusant un accord de libre échange avec l’Union européenne, le président Viktor Ianoukovitch provoque un mouvement de contestation qui, parti de la place Maïdan à Kiev, gagne tout le pays. Les Ukrainiens voudraient-ils, majoritairement et à tout prix, rejoindre l’Europe que ses dirigeants présentent comme un symbole de démocratie et de liberté ?

Y aurait-il les bons pro-européens et les vilains pro-russes autocrates, passéistes et nationalistes ? Rien n’est moins sûr, lorsque la mobilisation s’attaque plus largement au régime en place, à la corruption et aux pratiques mafieuses. Dans un contexte d’appauvrissement de la population, et d’enrichissement insensé d’une oligarchie financière toute puissante qui favorise la montée d’une extrême droite particulièrement virulente. Si les Russes réutilisent les mêmes moyens de pression sur la « province du sud », les défenseurs du « choix européen », à Bruxelles ou à Kiev, n’ont que faire des conséquences désastreuses de l’adhésion européenne pour les productions locales ou les emplois.
Sans doute, une bonne moitié de sa population aspire-t-elle à un rapprochement avec l’Union européenne, mais ne peut ni ne veut couper les ponts avec la Russie. Comment pourrait-on pousser les Ukrainiens à un choix impossible ? Au risque d’une fuite en avant, l’Europe fait mine d’ignorer la Russie et ses intérêts en Ukraine, et surtout préfère considérer Moscou comme un adversaire plutôt que d’en faire un possible partenaire. Le mouvement n’est pas terminé, le système politique est déstabilisé, le président est contesté dans son propre parti...

Depuis une vingtaine d’années, la stratégie étasunienne pour maîtriser l’Eurasie vise l’Ukraine comme maillon essentiel, soutenue par la National Endowment for Democracy : émanation de la CIA qui ne se contente pas d’intervenir en Amérique du Sud et rémunère des milliers de gens « pour faire progresser la démocratie ». Angela Merkel et l’Union européenne prennent le relais, aidés par des politiciens américains comme le sénateur républicain John McCain. Tout reste possible, y compris à terme un éclatement du pays, favorisé par des divisions linguistiques, culturelles et politiques issues de son histoire qui tendent à paralyser la construction d’une histoire nationale. [découvrez l’ensemble de notre dossier dans Golias Hebdo n°322]

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Ukraine : les enjeux d’une révolte 10 mars 2014 19:46, par professeur Tournesol

Merci pour cet article avec lequel je suis entierement d accord.
Auditeur de F Inter et F Infos, je ne supporte plus le parti pris systematique anti russe dans cette affaire. Nos journalistes se moquent de leurs confreres moscovites aux ordres de Poutine mais eux mêmes semblent craindre le bagne au cas où ils emettaient un doute sur la diplomatie gouvernementale. Du temps de l Ortf on aurait pas fait pire. Heureusement sur F Culture (comme ici !) on a un peu plus de diversité d opinion. Sur la plupart des medias les journaleux ne sont que des moutons de panurge.
Non, il n y a pas que les gentils democrates europeistes contre les mechants Russes et l affreux Poutine. Nos bien pensants qui ici denonce l extrême droite à tout bout de champ, ferme les yeux sur les neo nazis ukrainiens. Vu que la télé russe les denoncent c est qu ils n existent pas.
Le droit des peuples à disposer d eux même ? Valable au Timor oriental ou au Kosovo mais pas en Crimee. Certes le moment n est pas ideal pour un referendum, mais si l Ukraine ou la Lituanie ont pu quitter le giron sovieto russe, la Crimee à le droit de quitter l Ukraine. Ce n est peut être pas "legal" du point de vue des traités mais c est legitime.
Plutot que d obliger l Uktaine à choisir entre Occident et Russie, vu sa geographie et son histoire il vaudrait mieux qu elle serve de charniere entre les deux. Enfin qu on cesse d opposer Russie et Europe. La Russie et l Ukraine sont en Europe, pas sur la planete Mars.
Je crains aussi que la Pologne, qui a une lointaine epoque comprenait la moitié de l Ukraine , ne jette de l huile sur le feu.

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Ukraine : les enjeux d’une révolte 8 mars 2014 20:30, par Nathalie

A écouter également pour élargir le sujet, quatre émissions sur France Culture concernant l’Ukraine, dans l’émission « La Fabrique de l’histoire »

Lundi 3 mars : L’Ukraine, indépendance et soviétisation
http://www.franceculture.fr/emission-la-fabrique-de-l-histoire-ukraine-14-2014-03-03

Mardi 4 mars : La grande famine
http://www.franceculture.fr/emission-la-fabrique-de-l-histoire-ukraine-24-2014-03-04

Mercredi 5 mars : L’Ukraine dans la tourmente de la seconde guerre mondiale
http://www.franceculture.fr/emission-la-fabrique-de-l-histoire-ukraine-34-2014-03-05

Jeudi 6 mars : Post-soviétisme
http://www.franceculture.fr/emission-la-fabrique-de-l-histoire-ukraine-44-2014-03-06

Et dossier spécial dans courrier international n° 1217, du 17 février au 5 mars 2014
http://www.courrierinternational.com/dossier/2014/03/03/ukraine-la-revolution-ou-la-guerre
et sur numéro suivant en ligne ou à la médiathèque.

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Ukraine : les enjeux d’une révolte 7 mars 2014 08:54, par yves

N’oublions pas non plus la complexité religieuse de l’Ukraine. L’Eglise orthodoxe y est divisée entre les fidèles qui dépendent de Moscou (les russophones mais aussi des Ukrainiens), ceux qui dépendent du patriarche (non reconnu par les autres patriarches orthodoxes) de Kiev, ceux qui dépendent de l’église autocéphale....et, à l’ouest, il y a les catholiques (très majoritairement de rite byzantin). Il ne manquerait plus que ces différences religieuses soient instrumentalisées dans la crise actuelle....

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Ukraine : les enjeux d’une révolte 27 février 2014 16:00, par Exocet

Très juste. L’union européenne joue avec le feu en Ukraine. On chercherait une confrontation avec la Russie qu’on ne s’y prendrait pas autrement. C’est ce qui a failli se produire avec la Syrie. Il faut croire que les nostalgiques de la guerre froide sont nombreux.

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