Parution : 25 février 2014
Isolement

Il ne faut pas le confondre avec la solitude, qui est une constante de la condition humaine, et qu’il faut respecter aussi bien pour soi que pour les autres (voir mon billet « Solitude », Golias Hebdo, n°151). Si celle-ci est inévitable et tout à fait constitutive de nous-mêmes, celui-là est catastrophique. Or jamais les moyens de communiquer avec autrui n’ont été aussi grands qu’aujourd’hui, et jamais sans doute l’isolement n’a été si important. C’est au point qu’au Japon on en vient à « louer des amis » : on n’hésite pas à dépenser plusieurs milliers de yens pour passer un moment, une journée parfois, en compagnie d’un acteur de circonstance à la recherche d’un revenu d’appoint. Beaucoup de sociétés de louage prospèrent sur l’isolement et la carence affective qu’il provoque. (Source : M le magazine du Monde, 10/01/2014).

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On connaissait les pleureuses de l’Antiquité, dont les endeuillés louaient les services pour qu’elles pleurent à leur place lors des funérailles. Mais il ne s’agissait là que d’un usage, assez cynique au demeurant, pour des circonstances exceptionnelles. Maintenant, cela semble s’étendre de façon préoccupante. Ce ne sont pas seulement les personnes âgées qui se sentent isolées, mais aussi les jeunes. Habitués à leurs appareils mobiles, smartphones, consoles de jeux, etc., qui les coupent de la vie réelle, écrans faisant écran, ils n’ont pas de vrais contacts. Aussi se rabattent-ils sur la location d’« amis ». Certes ils seront moins fictifs que sur Facebook, où le terme d’« ami » est totalement galvaudé (voir mon billet «  Amitié  », Golias Hebdo, n°146) Mais enfin que peut-on attendre de sérieux d’un contact tarifé, et donc par nature totalement éphémère ? Rien, sinon une plus grande amertume encore, une fois l’isolement revenu.
À cet égard, on pourrait préférer un animal de compagnie, dont les psychiatres reconnaissent l’utilité thérapeutique dans le cas de dépressions suite à l’isolement, ou encore un robot – dont la fabrication industrielle augmente de façon significative (souvenez-vous de la série suédoise Real Humans, passée sur Arte). Mais il est quand même dommage que le constat dressé par Ivan Illich dans les années 1970, sur la fin de la « convivialité », se réalise à un tel point !

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Isolement 1er mars 2015 15:05, par Françoise

Bonjour Michel

Vous soulevez un thème très actuel que je constate également régulièrement, surtout en ville mais beaucoup moins en milieu rural. Les villages étant moins équipés au plan nouvelles technologies, les logements également, la virtualité des échanges pèse de façon moins intense et la convivialité se maintient par des échanges quotidiens avec les voisins, les commerçants, le facteur mais aussi les animaux domestiques ou sauvages.

C’est en ville où l’isolement pèse le plus fort. Mais, je remarque depuis quelques années que reviennent peu à peu des fêtes de quartiers mais aussi des petites manifestations de types concours de boules, vides greniers, carnavals, lotos, repas de voisins, petits marchés artisanaux et bios, jardins communautaires, qui renouent sensiblement avec la convivialité et le partage, AMAP. Bien sûr, ça ne contrebalance pas suffisamment pour ouvrir l’humain aux autres mais se sont je trouve, de louables démarches qui s’ancrent plus que certains l’auraient imaginé dans nos villes. Et c’est un petit peu rassurant. Beaucoup d’animaux domestiques en ville également, de plus en plus. Je suis frappée de la diversité des animaux qu’on peut y trouver, allant des classiques, chiens, chats, oiseaux, poissons, à des reptiles, souris, cochons d’inde et lapins. Une façon sans doute plus simple de nouer un contact pour certains citadins plus que des liens humains (où beaucoup ont peur de la déception, de trahisons).

L’animal étant dépendant entièrement de l’humain, il le rassure plus car l’humain a un peu l’impression d’un contrôle sur l’animal (même si souvent, c’est pas toujours le cas mais l’inverse). Je pense que la machine (téléphone, ordinateur) avec ses échanges virtuels donne cette même illusion de contrôle sur les individus et les relations, donc créée un effet apaisant et rassurant. C’est aussi plus commode pour certain(e)s pour se défouler psychiquement. Comme il n’y a que des messages en face, pas de visage, pas de regard, les gens se lâchent plus facilement sur différents sujets qu’ils n’aborderaient pas avec des proches dont ils craignent le jugement.

C’est ce no-limite généré par la virtualité des échanges qui est à la fois un accélérateur d’isolement, mais aussi je pense, un outil pour du parler vrai, même si ça peut aussi hélas dégénérer en bagarres, échanges vifs et stériles. Vous remarquerez quand même que c’est aussi un moyen plus direct d’échanges intéressants sans être guindés ou circonscrits à des cercles intellectuels. Après, l’affectif ne relève pas du même domaine. Il faut du relationnel réel pour l’entretenir et le faire grandir.

Bon dimanche, Michel.
Amicalement
Françoise

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