Parution : 3 mars 2014
Jean François XXIV

Changer de nom, c’est toujours un symbole. Moi-même, j’ai choisi de prendre le prénom de grand-père – Gino – et de porter devant la Justice cette demande afin que ce prénom devienne pleinement le mien à l’état-civil. Aujourd’hui, 85 % de mes interlocuteurs m’appellent Gino.

Il en va de même pour Jorge-Maria Bergoglio, plus connu sous le nom de François. Il faut dire qu’il est pape de l’Eglise catholique latine, et que – comme successeur de Pierre et de Paul (anciennement appelés Simon et Saül) – il s’inscrit, comme ses 265 prédécesseurs dans une tradition. Celle de l’Eglise instituée par Jésus-Christ, prenant sa source dans l’Ancien Testament (cf. http://fr.wikipedia.org/wiki/Nom_de_r%C3%A8gne_des_papes). Jésus suis donc cette tradition.

Sauf qu’un article – voire un entrefilet – de l’hebdomadaire « La Vie » nous apprend que Bergoglio, en 2005, s’il avait été élu face à Josef Ratzinger, aurait choisi le nom de Jean, devenant Jean XXIV (http://www.lavie.fr/religion/catholicisme/s-il-avait-ete-elu-pape-en-2005-francois-se-serait-appele-jean-xxiv-13-02-2014-49869_16.php). Cette information en corrobore une autre : l’actuel pape était donc le challenger du futur Benoît XVI lors du conclave suivant la mort de Jean Paul II. Jusqu’à présent, cela n’était qu’une rumeur – invérifiable –, à présent, la rumeur est affirmée.

Souhaite-t-on devenir pape ? Je ne sais. Je n’ai jamais été confronté à cette situation. Accepte-t-on ou refuse-t-on aussi facilement cette mission ? On peut s’interroger. Le pape Roncalli en 1958 aurait été élu – selon la rumeur sédévacantiste, après la renonciation du cardinal Siri, archevêque de Gênes (anti-communiste notoire), suite aux menaces de l’URSS. L’élu avait déjà choisi son nom de règne : Grégoire XVII. Ce qui préfigurait une Eglise catholique romaine aux antipodes de Vatican II…

Qu’importe ces supputations. L’histoire officielle nous apprend que Jean XXIII fut élu en raison de son âge : 77 ans. Le nouveau pape serait un pape de transition. Il le fut : son pontificat dura quatre ans et demi. Mais ces courtes années furent « révolutionnaires » : l’élu – trois mois après son élection – convoqua un concile œcuménique, concile qui rompit – selon les historiens et théologiens de renom – avec l’Eglise de Constantin ! 1500 ans – à la louche – traversés en à peine cinq années !

Ma grand-mère connut l’Eglise ancienne, où l’on ne comprenait rien à la messe en latin si l’on ne possédait pas un missel bilingue – ce qui n’était pas le cas de mon aïeule issue d’une famille pauvre. Elle suivait la messe du dimanche à 10h (7h pour les agriculteurs, 10h pour le commun, 11h, grand-messe chantée pour les plus riches) ; catéchisme – appris par cœur – le mardi et le vendredi à 7h30 avant la classe avec « M. le Doyen » qui – dans ma paroisse – était chanoine… L’Eglise vécue comme une corvée…

Et je ne parle pas des processions, rogations, adorations, lundis de communion… vécus non par foi mais par observance d’une religion somme toute plus païenne que chrétienne, si éloignée des préceptes évangéliques, institués par Jésus-Christ (comme on peut le comprendre dans Matthieu 5, 38-48 de ce dimanche 23 février).

Bref, après cette digression, François se serait appelé Jean s’il avait été élu plus tôt. Une bonne nouvelle en soi. Le « bon pape Jean » est une figure lumineuse de l’Eglise. Il noua de chaudes relations avec nos frères orthodoxes pendant dix ans (jusqu’en 1935) comme visiteur apostolique en Bulgarie ; il sauva des Juifs lorsqu’il exerçait comme délégué apostolique en Turquie et en Grèce pendant la Seconde Guerre mondiale (jusqu’au 1er janvier 1945) ; il permit à 95 % des évêques français de se dédouaner de leur collaboration plus ou moins passive avec le gouvernement de Vichy jusqu’en 1953 comme nonce apostolique en France.

Le pape François l’apprécie tellement qu’il le canonisera au printemps prochain, en même temps que le Polonais – Roncalli n’a pas de chance : il fut béatifié en même temps que Pie IX, son antithèse, et sera canonisé avec le pape qui freinera le plus sa volonté de réformes après lui ! Mieux ! Il va créer cardinal son secrétaire, l’archevêque Loris Capovilla, âgé de 99 ans, comme signe de sa reconnaissance pour ce que Jean XXIII apporta à l’Eglise !... Il n’y aura pas besoin de second miracle pour l’enfant de Sotto il Monte : son parcours plaide pour lui et je m’en réjouis : c’est le plus grand pape du XXème siècle, à mon sens.

Il ne faut pourtant pas attendre un Vatican III de François. Son « C8 » et sa volonté profonde d’en finir avec le vieux système curial n’en font pas un pape réformateur. Certes, il a l’intention de tout axer sur la pastorale et moins sur la dogmatique, pendant son pontificat – qui ne durera pas vingt ans (il a été élu au même âge à peu de choses près que Jean XXIII). Mais déjà, la rumeur bruisse qu’il n’y aura pas ou peu de changement pour nos frères divorcés-remariés, pas de changement pour nos frères gays, pas de changement pour nos frères partisans de l’euthanasie, pas de changement sur la condition de nos frères prêtres condamnés à rester célibataires, pas d’évolutions pour nos frères laïcs pouvant assumer le rôle de presbytres dans nos paroisses… La forme plus que le fond, jetée en pâture aux fidèles, comme on jette un os au chien pour qu’il le ronge, afin de le calmer…

Bref, François ne sera hélas pas Jean XXIV. Signe des temps, le secrétaire du pape Jean XXIII ne viendra recevoir à Rome sa barrette de cardinal, « [ses] forces [étant] grandement diminuées, et [se sentant] mal à l’aise de rencontrer tant de gens » (cf. « La Stampa », http://www.lastampa.it/2014/02/19/esteri/vatican-insider/it/capovilla-non-viene-roma-ricever-la-berretta-a-sotto-il-monte-ISxCgFGKd4nsrc9pmeemxM/pagina.html). Don Loris aurait-il le nez fin, du haut de son grand âge, ou ne souhaiterait-il pas cautionner ce pontificat qui veut faire paraître ce qu’il n’est pas réellement ? N’est pas Jean qui veut. Et Bergoglio, même s’il est François, n’est pas – à ce jour – Jean XXIV. Encore moins Jean François.

- Dans la rubrique: L’Humeur de GINO
Gino Hoel
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