Parution : 19 mars 2014
Polythéisme

On raille l’idolâtrie à laquelle il paraît conduire, et aussi la naïveté qu’il y a à faire éventuellement s’opposer des dieux dans des luttes qui n’ont rien, à nos yeux, de majestueux. Voyez comment la mythologie antique est traitée bien familièrement par Offenbach, par exemple : on rit de toutes ces divines disputes, qui ressemblent fort parfois à des scènes de ménage. De toute façon, l’Histoire, pensons-nous, a tout balayé, et aussi bien la Grèce que Rome ont répudié leur passé « païen », pour n’adopter que le Dieu unique.

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Je ferai toutefois remarquer que le polythéisme tel qu’il existait autrefois en Grèce existe bel et bien encore en Inde, qui nous en donne une idée vivante : je veux parler de l’hindouisme, que l’islam est loin d’avoir supprimé. Méfions-nous donc d’un naïf ethnocentrisme, qui nous fait croire universels les choix et les refus que nous avons faits.
Pour le fond de la question, je dirai le regret que j’en éprouve. Chateaubriand a écrit un Génie du christianisme. Qui en écrira un du polythéisme ? Les dieux multiples et divers représentaient en effet les différentes postures et valeurs que nous pouvons voir incarnées dans nos vies, et qui sont loin de toutes s’accorder facilement. Dans l’Iliade, les dieux sont partagés en deux camps : certains soutiennent les Grecs, et d’autres les Troyens. Admirable image symbolique d’une division des valeurs, ou comme on dit savamment d’un « partage axiologique », dont nous faisons constamment l’expérience.
La Tragédie grecque le montre aussi, et c’est là son profond génie : Antigone a raison, mais Créon n’a pas tort. Cette complexité essentielle ne condamne certes pas au nihilisme, l’ambivalence n’étant pas l’équivalence : Sophocle n’est pas Anouilh. Mais elle insuffle dans l’esprit une salutaire prudence quant à l’abord des conflits, et la nécessité d’une patiente recherche quant à la possibilité de leur résolution.
À l’inverse, le monothéisme peut mener à ce que j’ai appelé à propos de la méthode Coué le « monoïdéisme » (voir : Positivité). Du « Dieu jaloux » (Exode 20/5), on peut aller au « zèle pour sa maison » (Psaume 69/9 ; Jean 2/17), c’est-à-dire littéralement au fanatisme. Plus pur sans doute dans son principe, le monothéisme me semble plus dangereux dans son application. À nous donc de faire qu’il échappe à ce péril !

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Polythéisme 20 mars 2014 13:01, par Françoise

Bonjour Michel

Je ne suis pas sûre que le polythéisme protège du fanatisme. Et encore moins en Inde. Entre les partisans de Shiva et ceux de Kali ou ceux de Vishnu par exemple vous avez régulièrement des conflits ultra violents. La violence religieuse en Inde est d’ailleurs connue depuis belle lurette et n’a rien à voir avec l’islam.

Je crois malheureusement que le fanatisme concerne tout le monde qu’on soit croyant ou pas. Monothéiste ou polythéiste. Le fanatisme a de mon point de vue plus rapport avec le besoin d’investir une personnalité existante ou imaginaire de toutes les qualités et tous les pouvoirs que l’on voudrait détenir sans oser les construire en soi et pour soi. Et ce genre de comportement est le lot de tout un chacun au moins momentanément dans notre vie.
Vous prenez l’adolescent qui va suivre un sportif ou un groupe musical ou un acteur de façon continue et obsessionnelle, collectionnant tout ce qui concerne son idole du moment, c’est du fanatisme.
Vous prenez le croyant dogmatique qu’il soit monothéiste ou polythéiste, il va potentiellement basculer dans le fanatisme également.
Vous prenez la personne complexée, mal dans sa peau qui va totalement investir un proche pour tout acte quotidien comme si c’était sa bouée de sauvetage, là encore c’est une forme de fanatisme.

Et derrière ce type de comportement se cache la dépendance psycho-affective poussée à son maximum par manque d’estime et de confiance en soi.

Bien sûr je comprends votre raisonnement voulant exposer que le polythéisme proposant un éventail plus large de modèles symbolisant autant de profils, valeurs qu’elles soient positives ou négatives, il y a en apparence plus d’équilibre et moins de chaos que dans les religions monothéistes. Mais si vous creusez un peu, vous vous apercevez que les problèmes sont les mêmes en réalité. Parce que l’humain reste l’humain, donc bien imparfait et confronté en permanence à des contradictions, à une complexité qu’il n’a pas trop d’une vie pour ne serait-ce qu’apprivoiser et dans le meilleur des cas accepter.

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