Parution : 3 avril 2014
Du goût de vivre en citoyen - Le Royaume et la fatigue démocratique
Par Golias

Les élections municipales l’ont montré, si besoin était : le politique est en crise, et pas seulement la politique ou les hommes et femmes politiques. A tel point que certains ont fait campagne en se disant clairement a-politique… pour diriger la Cité (Polis) ! Pour Christoph Théobald, théologien jésuite, « Une réflexion sur la signification et la motivation humaine et chrétienne de l’exercice de notre citoyenneté s’impose ici de toute urgence » pour que nous puissions retrouver le « goût du vivre ensemble »
(Etudes, janvier 2012, 67-78).

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Dieu merci, la campagne pour les élections municipales est terminée. Alors qu’elle aurait pu être un temps de dialogue, conflictuel mais serein, elle fut plutôt celui des invectives souvent caricaturales, de la part des uns et des autres, sur fond de montée de l’extrême droite, les déclarations d’apolitisme de certains candidats étant le symptôme d’un affaiblissement du politique.

L’idée du « tous pourris » a fait son chemin alors que la corruption des élites, notamment politiques, est moins grande aujourd’hui qu’hier, mais plus connue et aussitôt dénoncée. Les citoyens se sentent démunis face à un monde de plus en plus complexe à gérer et les responsables de la Cité semblent incapables de trouver des remèdes, par exemple sur les dramatiques problèmes du chômage ou de l’écologie… La démission devant des expertises techniques et la tyrannie des marchés financiers sont un risque majeur de la communauté citoyenne. Rien ni personne ne devrait cependant nous dispenser du travail de penser le vivre-ensemble, dans la diversité des opinions, pour inventer un avenir commun.

Or, le Royaume prêché par Jésus n’engage-t-il pas à une fraternité qui dépasse les barrières habituellement établies, comme si, pour se poser il fallait s’opposer ? Sa pratique et la vie de la première communauté chrétienne témoignent d’un autre chemin. Jésus a fait l’éloge de la foi de païens. L’Esprit Saint a permis que chacun entende dans sa propre langue la Bonne Nouvelle. A la Pentecôte, anti Babel, il n’est pas dit que les uns et les autres se comprenaient mais que tous pouvaient entendre la même annonce de l’avènement du Royaume. Cette précision mérite d’être rappelée et l’Eglise a sans doute une grande responsabilité pour faire percevoir que la diversité des modes de vie et de pensée, dont les langues sont le symbole, n’empêche pas le vivre-ensemble.

D’abord, bien sûr en favorisant le débat à l’intérieur des communautés. Ce qui est loin d’être le cas, alors que les fidèles sont idéologiquement engagés de manières fort diverses. Dans certains domaines, comme la famille, les impératifs magistériels sont un frein à ce témoignage d’une fraternité qui dépasse les oppositions. Mais le jésuite Christoph Théobald ouvre une autre piste pour travailler à retrouver le « goût de vivre en citoyen ». Il évoque la notion de Royaume de Dieu qui ne s’identifie ni au Christ ni à l’Eglise mais qui émerge chaque fois que des hommes et des femmes croient, qu’elle que soit leur appartenance religieuse ou politique, qu’il est possible de vivre ensemble.

Saurons-nous voir germer ce Royaume dont Jésus a annoncé la proximité, sans nous laisser aller au pessimisme ambiant ? La foi, l’espérance et la fraternité demeurent les vertus théologales toujours à repenser… et à vivre ! Occasion de conversion… c’est encore le Carême !

[découvrez l’ensemble de notre dossier dans Golias Hebdo n°330]
http://golias-editions.fr/article52298.html

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Du goût de vivre en citoyen - Documentaire 8 avril 2014 20:12, par Nathalie

A noter, ce soir, sur Arte à 20h50, un documentaire intitulé "La menace populiste en Europe"
Rediffusion mercredi 16 avril à 8h55

http://www.arte.tv/guide/fr/050481-000/populisme-l-europe-en-danger

http://info.arte.tv/fr/populisme-leurope-en-danger

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Du goût de vivre en citoyen - Le Royaume et la fatigue démocratique 7 avril 2014 16:15, par Pierronne la Bretonne

Le Règne, le Royaume est déjà là, qui prend corps, consistance dans le coeur des saints ; c’est là que commence le règne du Christ. Attention aux idéologies et aux systèmes politiques sur lesquels nous avons tendance à nous reposer et dans lesquels nous avons tendance à nous empêtrer ! Le nationalisme, dangereuse tentation qui semble avoir le vent en poupe, en est un exemple actuel. Un chrétien ne peut être un nationaliste, contrairement à ce que veulent nous faire croire le FN ou les maurrassiens du Salon beige. Le Royaume n’est pas encore là, il est en devenir et nous pouvons contribuer à l’édifier par la promotion de la Personne et de la Justice, mais c’est le Maître qui posera la dernière pierre ! Voilà toute l’attitude du chrétien en politique. Refus des idéologies et refus des fondamentalismes, c’est par là que tout commence.

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Vous croyez,selon l’expression "tous pourris" qu’ils le sont moins aujourd’hui ? pas si sûr,plus malin sans doute :
- concernant Valls,il y a un soucis par rappport à l’attribution d’un marché public sur la ville qu’il dirigeait, lié à son ex-compagne...c’est le copain à Sarko,même profil !Il y a un trés déçu sur cette attribution de marché qui n’est pas content du tout,surtout qu’il était bien moins cher et compétent de surcroit !

- sur le plan collectivités territoriales,juste un autre exemple,ces fameux rond-point qui emploient des précaires via des grosses société du btp (faut arrêter d’emmenager ce type d’ouvrage, largement subventionné,c’est extrémement couteux pour la collectivité en temps de crise,certes il sont nécessaires dans certains cas), n’avez-vous pas lu sur des panneaux:coût des travaux,400 000,600 000 euros voire plus,"le Conseil Général travaille pour vous" par exemple ;c’est le coup de poker ! Des devis bien rond, le calcul est vite fait !Sincèrement ,je crois qu’ils pourraient coûter bien moins cher.A ce titre, un reportage d’Envoyé Spécial,courant novembre 2013 donne une idée de la "démocratie"lors des conseils des collectivités territoriales.

Je crois qu’une véritable économie tisse des liens sociaux qui renvoie et produit de nouveau une autre économie plus solidaire,favorisant premièrement les circuits courts, puis en second lieu des échanges internationnaux ;je ne vois pas en ce moment les décideurs politiques aller dans ce sens:ils auraient les mains liés !?

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Certains hellénistes et théologiens n’aiment pas le mot Royaume, à leur avis beaucoup trop matériel à leurs yeux. Ils préfèrent traduire le mot grec par Règne qui est plus immatériel, et se comprend mieux dans le ’’ déjà là , pas encore ’’

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« Or l’Eglise et la théologie risquent toujours d’identifier ce Royaume, trop rapidement, à son propre espace ecclésial ou au Christ »
Soyons clair-e-s : ce n’est pas un risque, c’est une certitude et un fait avéré. Et un royaume, basé sur une construction obligatoirement verticale, ne se conjugue pas avec la démocratie, qui a pour ambition de se construire sur les relations horizontales, transversales. On peut éventuellement jouer sur les mots et évoquer les monarchies constitutionnelles, certes. Mais l’Eglise n’est pas une monarchie constitutionnelle et sa vision religieuse du monde non plus.

Concernant les exorcismes… Si on peut noter un doublement de la pratique sur les cinq dernières années, et qu’effectivement on peut en déduire qu’il provient d’une société en perte de repères, dire que l’exorcisme permet une réintégration dans la société, me semble un peu limitatif…
On peut rappeler, par exemple, que John Paprocki, évêque de Springfield, le 20 novembre 2013, a appelé ses fidèles à assister à une prière d’exorcisme public visant à lutter contre « l’intrusion évidente du Malin dans la société : le mariage gay ». Inclusion donc pour les uns, exclusion radicale et parfaitement claire pour les autres. On peut partir du principe que la société connaît une crise qui délite ses liens sociaux, on peut aussi souligner que la crise et le délitement en question sont largement alimentés. L’exorcisme est également une arme qui discrimine et indique quel est l’ennemi, à savoir telle ou telle portion de la population accusée d’être l’émanation terrestre du Malin. On a pu voir aussi ce que ça donnait, grandeur nature, dans certains pays africains, il n’y a pas si longtemps. Et l’on peut se souvenir aussi, puisqu’on puise dans le passé (encore que… est-ce si lointain ?) de la désignation de victimes expiatoires que l’on sacrifie à la divinité pour s’attirer sa faveur. A quand les grandes processions avec flagellations publiques, etc ?

On peut se réjouir d’un tel retour des fidèles à des pratiques particulières, trouver extraordinaire que la peur, la souffrance sociale ramènent ou amènent des citoyens dans le giron de l’Eglise, on peut aussi juger que ce type d’adhésion est particulièrement douteux et qu’il n’y a pas grande gloire à les revendiquer, particulièrement dans la forme superstitieuse qu’elle revêt.
Bernard Podvin considère que « face à l’impasse existentielle resurgit l’hypothèse maléfique ». C’est beau comme l’Antique. Il s’agit bien du constat d’une attitude extrêmement archaïque, de peur face à l’inconnu. Ce qui explique sans doute la nécessité impérative que ressent Christoph Théobald, du retour à la Bible. Puiser aux sources de l’archaïsme qui est celui qui domine de plus en plus en ce début de XXIè siècle, la pensée contemporaine la plus tonitruante et la plus populiste, soutenue au demeurant par l’Eglise de France.

Or, cette prévalence croissante du recours à la croyance en une puissance maléfique a surtout l’intérêt de déresponsabiliser celles et ceux qui s’en disent les victimes. Ce qui représente la majorité de ces personnes. Une minorité étant réellement constituée de personnes souffrant de diverses pathologies psychiatriques.
Par ailleurs, la croyance en une puissance maléfique amène son corollaire, qui est la croyance en une puissance bénéfique susceptible de l’en délivrer. Ce qui explique le recours massif non seulement à des exorcistes, mais encore à des gourous de toute secte, des voyantes, etc.
Et que se passe-t-il quand le miracle ne se produit pas ?
Quand bien même les exorcistes peuvent se révéler plus cartésiens que les personnes qui y ont recours, il n’en demeure pas moins que cette pratique révèle avant tout un ancrage profond de la superstition, de la peur superstitieuse et du besoin irrationnel de miracles pour résoudre des situations bien humaines, sans parler de l’ancrage culturel sous-jacent du patriarcat, avec son homme providentiel, son bon papa qui doit tout résoudre et protéger son petit enfant. Ce qui est évidemment un terreau idéal pour les religions.
Mais c’est une attitude qui est bien loin de celle de citoyens adultes et matures. Ce qu’a d’ailleurs tendance à démontrer régulièrement l’actualité.

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Merci pour l’analyse :)

Voir en ligne : http://www.actualnet.fr/

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Oserais-je vous dire que dieu m’em...nuie !!!
Depuis quand dieu émerge-t-il quand des hommes et des femmes sans distinction de race, de religion, d’opinion... découvrent qu’ils peuvent vivre et travailler ensemble ? Ce qui émerge dans ce cas, hélas rare, c’est l’Humanité de l’homme et avec lui l’Humanisme c.à.d l’amour de l’homme et du monde... Si dieu en avait un peu nul doute qu’il aurait déjà remédié à bien de nos maux. Las "le silence des espaces infinis" me consterne plus qu’il m’effraye.

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Non à la "professionnalisation" de la politique @ Golias 3 avril 2014 22:11, par pierre mabire

S’il y a bien une pensée à combattre, c’est que « la politique » serait une profession. Au même titre que tourneur-fraiseur ou chirurgien. Il existe même des écoles pour apprendre le métier. Sciences-Po et l’ENA en sont les fleurons pour la formation des élites.
Que n’a t-on d’ailleurs pas entendu et lu dans les médias à propos du gouvernement Ayrault : « Couacs », « amateurisme »... le vocabulaire était assez riche pour moquer ceux qui avaient le pays en charge.

Les faits sont là, avec l’état d’une France en grande difficulté économique, pétrifiée dans une posture conservatrice, incapable de prévoir et s’adapter aux évolutions du monde, devenue une sorte de boulet au coeur d’une Europe où elle a perdu son leadership au bénéfice de l’Allemagne.
Pourtant, ce ne sont pas les « professionnels » qui ont manqué depuis un demi-siècle au plus haut sommet de l’Etat : Pompidou (normalien), Giscard d’Estaing (Polytechnique, ENA), Chirac (Sciences Po – ENA), Sarkozy (IEP Paris – Avocat), Hollande (HEC Paris, IEP Paris, ENA)... et Mitterrand (12 fois ministre ou secrétaire d’Etat de la 4è République). Tous ont piloté la France en la conduisant tout droit vers la situation que nous connaissons aujourd’hui, catastrophique. Quels piètres professionnels ont-ils été...
Eux, mais encore l’armée des ministres sortis des mêmes écoles, du même « sérail »...

Imaginons les bâtisseurs de cathédrales, les architectes, les compagnons du devoir construisant sans se soucier du résultat final, ne cherchant que gloire personnelle là où il faut sublimer l’oeuvre et non pas le maître et ses ouvriers. Il est certain que le résultat ne peut être que mauvais et l’oeuvre promise à la corruption et une déchéance rapide et profonde.

Non, « la politique » n’est pas affaire de professionnels. « La politique », c’est affaire d’utopie, et de rêves projetés sur le long terme. Ce n’est pas affaire de carrière. C’est principalement l’affaire du peuple auquel il est demandé de choisir l’un d’entre eux pour diriger l’Etat, et d’autres pour gouverner et légiférer.

L’appropriation de la sphère politique par les chefs de clans archi-diplômés est certainement le plus grand mal dont souffre notre démocratie. Les citoyens ne peuvent s’identifier à eux, n’adhèrent plus à la validité de discours enjôleurs qui ne se vérifient pas dans l’action et les résultats.

La promesse de "réduction de la Fracture sociale" formulée par Chirac, « le changement c’est maintenant » de Hollande, « Travailler plus pour gagner plus » de Sarkozy, « la force tranquille » de Mitterrand furent a chaque fois ressentis par les électeurs comme des leurres et une trahison. D’où le désenchantement démocratique. Mais plus grave encore, l’adhésion au discours du « tous pourris » qui continue de faire les choux gras de l’extrême-droite.

Mais alors, que faire, avec qui gouverner si les élites sont « incapables » ?

Réponse : il y a assez de talents et d’intelligences hors les murs des grandes écoles. Sachons les repérer et les promouvoir.
D’autres solutions existent : limiter le nombre de mandats dans une même fonction, interdire le cumul, obliger les parlementaires à siéger – les absences répétitives devant être sanctionnées par un constat de carence et la démission automatique, sans cas d’exception. Et encore : donner un statut aux élus (nationaux ou européens) pour qu’ils soient à égalité de traitement en fin de mandat – ce qui n’est pas le cas selon qu’ils sont issus du secteur public ou du secteur privé.

Et puisqu’il faut mettre l’électeur face à ses devoirs : qu’on instaure le vote obligatoire sous peine d’amende en cas de désertion des urnes. A l’exemple de la parité obligatoire dont le principe est discutable, mais le résultat bénéfique au pays et à la démocratie, sous peine de très lourdes d’amendes pour les partis politiques qui ne la respecteraient pas.

Enfin, arrêtons de faire la guerre aux élus au motif qu’ils perçoivent des indemnités. Au contraire, rendons la charge attractive par une rémunération à l’égal des cadres et ingénieurs. Beaucoup, élus territoriaux, sacrifient leur carrière professionnelle pour se consacrer à leur mandat. Cela mérite une large compensation. Oui, la fonction de maire, surtout dans les petites communes, vaut emploi à temps complet ou quasi complet.

Dans les bourgs, il est demandé au maire de résoudre les questions d’ordre public (l’école, la cantine, l’état des trottoirs, etc.). Mais souvent aussi les problèmes privés ou de voisinage (la dispute au sein d’un couple à 2 heures du matin, le chien du voisin qui aboie, les branches d’arbres qui dépassent les limites de propriété, etc.).

Rien de cela ne s’apprend dans les hautes écoles. La vraie vie des élus de terrain est là, mais jugée par les élites et les médias comme anecdotique. ET pourtant, c’est là que se forge aussi le lien entre l’élu et les citoyens. Un lien de proximité qu’il faut à tout prix préserver.

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